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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200426

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200426

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 janvier 2022 et le 14 octobre 2022, Mme B C épouse A, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision prise par le préfet de l'Hérault le 5 octobre 2021 portant refus de séjour, ensemble la décision du 30 novembre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence faute de délégation de signature ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention internationale relative aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant car son séjour est ancien, elle a sa vie privée et familiale en France et bénéficie d'une intégration sur le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Barbaroux, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, épouse A, déclare être entrée en France en 2014 pour y rejoindre son époux. Par arrêtés du 5 juillet 2017 puis du 20 avril 2019, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par arrêté du 5 octobre 2021, il a de nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale et, par décision du 30 novembre 2021, il a rejeté le recours gracieux tendant au retrait de cette décision. Mme C demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-01-817 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, et versé au dossier, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. D E, sous-préfet de l'arrondissement de Béziers et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer, dans les limites de son arrondissement, les refus d'admission au séjour et obligations de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque donc en fait et doit, pour ce motif, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. A la date de la décision attaquée, Mme C, mariée à un ressortissant marocain titulaire d'un titre de séjour pluriannuel en cours de validité et présent en France depuis plusieurs années, relevait de la catégorie des étrangers qui peuvent prétendre au bénéfice de la procédure de regroupement familial en vertu de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ne peut dès lors utilement se prévaloir des dispositions de l'article précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la violation de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme C soutient être entrée en France en 2014. Alors même qu'aucune pièce n'établit sa présence en France en 2014, 2019 ou 2020, les pièces versées au débat, de nature essentiellement médicales, ne suffisent pas à démontrer sa présence continue sur le territoire entre 2015 et 2018. Par ailleurs, la seule circonstance que le préfet ait relevé, dans la réponse au recours gracieux de Mme C, que celle-ci faisait état d'une présence en France depuis sept ans pour justifier de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, réservée aux seuls étrangers justifiant d'une résidence habituelle en France de plus de dix ans, ne signifie pas que le préfet aurait reconnu la présence habituelle en France de Mme C sur une période de sept années.

7. Il est en revanche constant que Mme C est mariée depuis août 2014 à un ressortissant marocain, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel valable jusqu'en août 2022 avec lequel elle a eu trois enfants nés en France en 2016, 2017 et 2019 qui sont titulaires d'un document de circulation sur le territoire. Toutefois, la requérante n'établit pas qu'elle vivrait en concubinage avec son époux alors qu'elle est par ailleurs titulaire d'un titre de séjour espagnol, renouvelé en février 2017 faisant état d'une adresse en Espagne et que ses parents ainsi que l'ensemble de sa fratrie résident en Espagne. En tout état de cause, la seule circonstance que son mari ait, depuis novembre 2019, une activité d'auto-entrepreneur en qualité de tailleur de vignes, ne s'oppose pas à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer au Maroc. Dans ces conditions, et alors que la requérante ne fait état d'aucune intégration socio-professionnelle sur le territoire, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs que ceux-ci-dessus développés, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, qu'aurait commise le préfet, doit également être écarté.

8. En quatrième lieu, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. La décision portant refus de séjour, qui n'implique pas par elle-même le retour de l'étranger dans son pays d'origine, n'a pas pour effet de séparer les enfants de la requérante d'un de leurs parents. En tout état de cause, il résulte de ce qui précède que la cellule familiale peut se reconstituer au Maroc. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations ci-dessus visées est inopérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 mars 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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