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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200630

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200630

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUPE, PEYRONNE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 février 2022 et le 31 janvier 2023, l'association La Vigie Citoyenne Grand-Mottoise et Mme A B, représentés par la SELARL Coupé, Peyronne et associés, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° DDTM34-2021-12-12468 du 9 décembre 2021, par lequel le préfet de l'Hérault a approuvé la modification du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) de la commune de La Grande-Motte ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la commune de La Grande-Motte une somme de 5 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la requête est recevable dès lors que les requérantes ont intérêt à agir et que la décision attaquée a été contestée dans le délai de recours ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- les consultations prévues à l'article L. 562-3 du code de l'environnement n'ont pas été menées ;

- l'arrêté préfectoral ayant prescrit la procédure de modification du PPRI ne prévoit aucune des modalités classiquement retenues pour conférer à une telle procédure une publicité suffisante ;

- l'arrêté préfectoral ayant prescrit la procédure de modification du PPRI n'a pas fait l'objet d'une publicité en application de l'article R. 562-10-2 du code de l'environnement ;

- l'ajout d'une disposition s'agissant de la zone rouge de déferlement n'a pas été porté à la connaissance du public ;

- l'évaluation environnementale est insuffisante en méconnaissance des articles L. 122-6 et R. 122-20 du code de l'environnement ;

- la modification du PPRI et les dispositions des articles L. 121-6 et L. 121-7 du code de l'urbanisme relatives à la protection du littoral sont incompatibles ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 562-1 du code de l'environnement et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué est incompatible avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) ;

- l'arrêté attaqué est incompatible avec le plan de gestion des risques d'inondation (PRGI) ;

- le PPRI aurait dû être révisé en application de l'article R. 562-10 du code de l'environnement et pas simplement modifié en application de l'article R. 562-10-1 de ce même code.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 novembre 2022 et le 1er mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 novembre 2022 et le 28 février 2023, la commune de la Grande-Motte, représentée par la SCP CGCB et associés, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en vue de la régularisation de l'acte attaqué en application de l'article L. 191-1 du code de l'environnement et à ce qu'il soit mis à la charge des requérantes la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'incompatibilité du PPRI modifié avec le SDAGE est inopérant ;

- le moyen tiré de la méconnaissance du code de l'urbanisme est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,

- les observations de Me Peyronne, représentant l'association La Vigie Citoyenne Grand-Mottoise et Mme B,

- et de Me Gilliocq, représentant la commune de La Grande Motte.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 avril 2014, le préfet de l'Hérault a approuvé le plan de prévention des risques naturels d'inondations (PPRI) et littoraux (submersion marine) de la commune de La Grande-Motte. En vue de la réalisation du projet dénommé " Port-Ville ", le préfet a prescrit, par un arrêté du 4 août 2020, la modification du règlement du plan applicable à la zone rouge de déferlement (Rd) du PPRI puis a approuvé cette modification par un arrêté du 9 décembre 2021. Par la présente requête, l'association La Vigie Citoyenne Grand-Mottoise et Mme B, en sa qualité de riveraine du port, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 562-3 du code de l'environnement : " Le préfet définit les modalités de la concertation relative à l'élaboration du projet de plan de prévention des risques naturels prévisibles. Sont associés à l'élaboration de ce projet les collectivités territoriales et les établissements publics de coopération intercommunale concernés. Après enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier et après avis des conseils municipaux des communes sur le territoire desquelles il doit s'appliquer, le plan de prévention des risques naturels prévisibles est approuvé par arrêté préfectoral. Au cours de cette enquête, sont entendus, après avis de leur conseil municipal, les maires des communes sur le territoire desquelles le plan doit s'appliquer ". Aux termes de l'article L. 562-4-1 du même code : " () II.- Le plan de prévention des risques naturels prévisibles peut également être modifié. La procédure de modification est utilisée à condition que la modification envisagée ne porte pas atteinte à l'économie générale du plan ou à condition que la modification envisagée consiste à abroger les dispositions relatives au recul du trait de côte de ce plan dans une ou plusieurs communes à la suite de l'entrée en vigueur d'un document d'urbanisme intégrant les dispositions relatives au recul du trait de côte en application du paragraphe 3 de la sous-section 3 de la section 1 du chapitre Ier du titre II du livre Ier du code de l'urbanisme. Le dernier alinéa de l'article L. 562-3 du présent code n'est pas applicable à la modification. Aux lieu et place de l'enquête publique, le projet de modification et l'exposé de ses motifs sont portés à la connaissance du public en vue de permettre à ce dernier de formuler des observations pendant le délai d'un mois précédant l'approbation par le préfet de la modification. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 562-10-2 du même code : " I. - La modification est prescrite par un arrêté préfectoral. Cet arrêté précise l'objet de la modification, définit les modalités de la concertation et de l'association des communes et des établissements publics de coopération intercommunale concernés, et indique le lieu et les heures où le public pourra consulter le dossier et formuler des observations. Cet arrêté est publié en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département et affiché dans chaque mairie et au siège de chaque établissement public de coopération intercommunale compétent pour l'élaboration des documents d'urbanisme sur le territoire desquels le plan est applicable. L'arrêté est publié huit jours au moins avant le début de la mise à disposition du public et affiché dans le même délai et pendant toute la durée de la mise à disposition. II. - Seuls sont associés les communes et les établissements publics de coopération intercommunale concernés et la concertation et les consultations sont effectuées dans les seules communes sur le territoire desquelles la modification est prescrite. Le projet de modification et l'exposé de ses motifs sont mis à la disposition du public en mairie des communes concernées. Le public peut formuler ses observations dans un registre ouvert à cet effet. III. - La modification est approuvée par un arrêté préfectoral qui fait l'objet d'une publicité et d'un affichage dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 562-9 ".

En ce qui concerne la légalité externe :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault. Par un arrêté n° 2020-01-1302 du 3 novembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet a donné délégation à M. C, à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault. Par suite, M. C était régulièrement habilité à signer l'arrêté contesté et le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte du II de l'article R. 562-10-2 du code de l'environnement dont les dispositions ont été citées au point 2 qu'en cas de modification du plan seuls sont associés les communes et les établissements publics de coopération intercommunale concernés. Il ressort des pièces du dossier que, par des courriers du 12 août 2020, le préfet de l'Hérault a transmis au maire de La Grande-Motte et au président de la communauté d'agglomération du Pays de l'Or les principales pièces du dossier de modification du PPRI et leur a demandé de présenter des observations avant le 15 septembre 2020. Par des courriers du même jour, le préfet a également sollicité les avis du conseil régional Occitanie, du conseil départemental de l'Hérault, de la chambre d'agriculture de l'Hérault, du centre national de la propriété forestière du Languedoc-Roussillon, du syndicat mixte du Bassin de l'Or, du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) ainsi que de la direction régionale de l'environnement de l'aménagement et du logement Occitanie. Par des courriers du 5 octobre 2020, le préfet de l'Hérault a, à nouveau, consulté le maire de La Grande-Motte et le président de la communauté d'agglomération du Pays de l'Or ainsi que le président du conseil départemental de l'Hérault, la présidente du conseil régional Occitanie, le président de la chambre d'agriculture de l'Hérault, le président du centre national de la propriété forestière du Languedoc-Roussillon, le directeur du SDIS, le président du syndicat mixte du Bassin de l'Or ainsi que le directeur régional de l'environnement de l'aménagement et du logement Occitanie. Si les requérantes soutiennent que le préfet n'a pas consulté le conservatoire du Littoral, l'office français de la biodiversité, le comité de bassin Rhône-Méditerranée-Corse et l'agence de l'eau Rhône Méditerranée-Corse, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes en sa qualité de préfet coordonnateur de bassin Rhône Méditerranée et la Chambre des métiers et de l'artisanat, aucun texte n'imposait au préfet de consulter ces autorités. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 4 août 2020 prescrivant la modification du PPRI de La Grande-Motte qui mentionne les dates de la mise à disposition ainsi que les modalités de celle-ci a été publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault du 7 août 2020. Cet arrêté a également été affiché à la mairie de La Grande-Motte du 10 août 2020 au 10 septembre 2020 puis du 11 janvier 2021 au 1er mars 2021 ainsi qu'au siège de l'agglomération du pays de l'Or du 12 août 2020 au 15 septembre 2020 puis du 16 janvier 2021 au 26 février 2021, soit pendant la durée de la mise à disposition qui s'est déroulée du 25 janvier 2021 au 26 février 2021, ainsi que huit jours avant. Enfin, cet arrêté a été publié dans l'édition du Midi Libre du samedi 8 août 2020 puis à nouveau dans l'édition du 14 janvier 2021 avec un lien renvoyant utilement vers le site internet de la préfecture de l'Hérault pour consulter l'intégralité du dossier. Il suit de là que la publication et l'affichage de l'arrêté du 4 août 2020 ont été effectués conformément aux dispositions de l'article R. 562-10-2 du code de l'environnement. Une telle publicité permettait au public d'être informé de la procédure de mise à disposition qui a d'ailleurs recueilli plusieurs centaines d'observations comme cela ressort du bilan qui a été fait de la mise à disposition. Les moyens tirés du défaut de publication de l'arrêté prescrivant la modification du PPRI et de publicité de la mise à disposition doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, il est constant que par l'arrêté du 9 décembre 2021, le préfet de l'Hérault a approuvé la modification de la zone Rd du PPRI de la Grande-Motte en ajoutant que sont désormais admis dans cette zone " les travaux et aménagements liés à une recomposition et/ou une extension du port existant sous réserve : - de ne pas créer de logements ; - de ne pas créer d'établissements à caractère stratégique ou vulnérable ; - que les aménagements et les constructions réalisées contribuent seulement à l'activité portuaire ou nautiques, et que la surface des 1ers planchers aménagés soit calée au minimum à la cote de 2,40 mNGF. Par exception, les parties techniques (hangars de stockage, ateliers techniques, sanitaires plaisanciers et annexes) pourront être calées au minimum à la cote de 2,00 mNGF ; - que les aménagements n'aggravent pas les aléas littoraux susceptibles d'impacter les secteurs à enjeux forts urbanisés ; et que les constructions nouvelles ne soient pas exposées à des aléas forts ; une étude hydraulique basée sur les événements de référence du PPRI justifiera le respect de ces prescriptions ". Comme le soutiennent les requérantes, le dernier tiret a été ajouté après la phase de mise à disposition. Or si le projet de plan peut être modifié après la phase de mise à disposition, pour tenir compte des résultats de celle-ci ainsi que des avis préalablement recueillis, c'est à la condition que les modifications ainsi apportées n'en remettent pas en cause l'économie générale. En l'espèce, la modification intervenue après la mise à disposition se borne à ajouter des prescriptions à respecter pour les aménagements et constructions à réaliser et ne porte ainsi pas atteinte à l'économie générale du plan. Le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 18 octobre 2019, l'autorité environnementale a estimé, au vu des " incidences prévisibles du plan sur l'environnement ainsi que sur la santé humaine ", de soumettre la modification du PPRI de La Grande-Motte à évaluation environnementale. Aux termes de cette même décision, l'autorité environnementale a attiré l'attention du porteur de projet sur les objectifs spécifiques poursuivis par l'évaluation environnementale sollicitée s'agissant des impacts sur les enjeux humains, actuels et futurs prenant en compte le projet de réaménagement portuaire ainsi que les impacts directs et indirects sur les milieux naturels dont les inventaires et zones de protection témoignent du caractère fragile dans un contexte où ils sont soumis à de fortes pressions anthropiques. Enfin, cette décision rappelle l'obligation de respecter le contenu de l'évaluation environnementale telle que prévue par l'article R. 122-20 du code de l'environnement.

8. En application de l'article R. 122-20 du code de l'environnement : " I.-L'évaluation environnementale est proportionnée à l'importance du plan, schéma, programme et autre document de planification, aux effets de sa mise en œuvre ainsi qu'aux enjeux environnementaux de la zone considérée. II.-Le rapport environnemental, qui rend compte de la démarche d'évaluation environnementale, comprend un résumé non technique des informations prévues ci-dessous : 1° Une présentation générale indiquant, de manière résumée, les objectifs du plan, schéma, programme ou document de planification et son contenu, son articulation avec d'autres plans, schémas, programmes ou documents de planification et, le cas échéant, si ces derniers ont fait, feront ou pourront eux-mêmes faire l'objet d'une évaluation environnementale ; 2° Une description de l'état initial de l'environnement sur le territoire concerné, les perspectives de son évolution probable si le plan, schéma, programme ou document de planification n'est pas mis en œuvre, les principaux enjeux environnementaux de la zone dans laquelle s'appliquera le plan, schéma, programme ou document de planification et les caractéristiques environnementales des zones qui sont susceptibles d'être touchées par la mise en œuvre du plan, schéma, programme ou document de planification. Lorsque l'échelle du plan, schéma, programme ou document de planification le permet, les zonages environnementaux existants sont identifiés ; 3° Les solutions de substitution raisonnables permettant de répondre à l'objet du plan, schéma, programme ou document de planification dans son champ d'application territorial. Chaque hypothèse fait mention des avantages et inconvénients qu'elle présente, notamment au regard des 1° et 2° ; 4° L'exposé des motifs pour lesquels le projet de plan, schéma, programme ou document de planification a été retenu notamment au regard des objectifs de protection de l'environnement ; 5° L'exposé : a) Des effets notables probables de la mise en œuvre du plan, schéma, programme ou autre document de planification sur l'environnement, et notamment, s'il y a lieu, sur la santé humaine, la population, la diversité biologique, la faune, la flore, les sols, les eaux, l'air, le bruit, le climat, le patrimoine culturel architectural et archéologique et les paysages. Les effets notables probables sur l'environnement sont regardés en fonction de leur caractère positif ou négatif, direct ou indirect, temporaire ou permanent, à court, moyen ou long terme ou encore en fonction de l'incidence née du cumul de ces effets. Ils prennent en compte les effets cumulés du plan, schéma, programme avec d'autres plans, schémas, programmes ou documents de planification ou projets de plans, schémas, programmes ou documents de planification connus ; b) De l'évaluation des incidences Natura 2000 mentionnée à l'article L. 414-4 ; 6° La présentation successive des mesures prises pour : a) Eviter les incidences négatives sur l'environnement du plan, schéma, programme ou autre document de planification sur l'environnement et la santé humaine ; b) Réduire l'impact des incidences mentionnées au a ci-dessus n'ayant pu être évitées ; c) Compenser, lorsque cela est possible, les incidences négatives notables du plan, schéma, programme ou document de planification sur l'environnement ou la santé humaine qui n'ont pu être ni évités ni suffisamment réduits. S'il n'est pas possible de compenser ces effets, la personne publique responsable justifie cette impossibilité. Les mesures prises au titre du b du 5° sont identifiées de manière particulière. 7° La présentation des critères, indicateurs et modalités-y compris les échéances-retenus : a) Pour vérifier, après l'adoption du plan, schéma, programme ou document de planification, la correcte appréciation des effets défavorables identifiés au 5° et le caractère adéquat des mesures prises au titre du 6° ; b) Pour identifier, après l'adoption du plan, schéma, programme ou document de planification, à un stade précoce, les impacts négatifs imprévus et permettre, si nécessaire, l'intervention de mesures appropriées ; 8° Une présentation des méthodes utilisées pour établir le rapport sur les incidences environnementales et, lorsque plusieurs méthodes sont disponibles, une explication des raisons ayant conduit au choix opéré ; 9° Le cas échéant, l'avis émis par l'Etat membre de l'Union européenne consulté conformément aux dispositions de l'article L. 122-9 du présent code ".

9. Le 13 janvier 2021, l'autorité environnementale a rendu un avis sur l'évaluation environnementale réalisée par les services de l'Etat sur le projet de modification du PPRI de La Grande-Motte. Aux termes de la synthèse de cet avis, l'autorité environnementale a relevé que l'évaluation environnementale " comporte des lacunes dans de nombreux domaines. Elle ne traite pas de manière suffisamment approfondie des sujets spécifiques à la modification du PPRI, comme l'articulation avec les autres plans et programmes et notamment ceux traitant du risque inondation, ou encore les questions de topographie et d'évolutions du niveau de la mer en lien avec le changement climatique ".

10. Aux termes du rapport d'évaluation environnementale, d'une quarantaine de pages, l'Etat a procédé à une évaluation de l'état initial de la zone de déferlement, qui est apparu sommaire à l'Autorité environnementale s'agissant de la topographie des lieux, des principaux enjeux environnementaux de la zone concernée, notamment de l'élévation du niveau de la mer, mais également des perspectives d'évolution probable de l'état initial si le plan n'était pas modifié. Dans le document intitulé " compléments à l'évaluation environnementale pris suite à l'avis de l'autorité environnementale ", le porteur de projet a répondu à chacun de ces points. En ce qui concerne l'articulation du plan en litige avec les autres plans et programmes, l'évaluation environnementale a consacré un titre III.4 à ce sujet et apporte des informations concernant le schéma directeur d'aménagement et de gestion de l'eau (SDAGE) Rhône-Méditerranée, le schéma d'aménagement et de gestion de eaux (SAGE), la directive inondation et le plan de gestion des risques inondation 2016-2021 (PGRI) du bassin Rhône-Méditerranée, le schéma régional de cohérence écologique (SRCE), le schéma de cohérence territoriale (SCoT) et le plan local d'urbanisme (PLU). Dans un document intitulé " compléments à l'évaluation environnementale suite à l'avis de l'autorité environnementale ", le porteur du projet a apporté des réponses notamment sur la compatibilité du projet en litige avec le PGRI ainsi que des précisions sur la stratégie locale de gestion du risque inondation du bassin versant de l'Or ou encore la stratégie régionale de gestion intégrées du trait de côte. En ce qui concerne l'existence de solutions de substitution raisonnable, il n'appartenait pas au porteur de projet dont l'évaluation environnementale ne devait porter que sur le risque inondation et submersion marine de se prononcer sur les autres solutions existantes pour agrandir le port et l'autorité environnementale n'a émis aucune critique à ce sujet estimant que la modification du PPRI était par définition d'ampleur limitée. S'agissant du relevé des incidences notables probables du projet en litige sur l'environnement, l'évaluation environnementale comporte une analyse sommaire de ceux-ci qui apparait suffisante, selon l'autorité environnementale, au vu de l'absence de conséquence directe d'un PPRI sur l'environnement et s'agissant des incidences sur les zones Natura 2000, le porteur de projet a suffisamment complété l'évaluation initiale en indiquant dans sa réponse qu'aucun site Natura 2000 ne serait impacté par le projet. Si, comme le font valoir les requérantes, l'évaluation environnementale ne comporte aucune présentation des méthodes utilisées pour établir le rapport sur les incidences environnementales, cette circonstance n'a donné lieu à aucune remarque de l'autorité environnementale. En conclusion, compte tenu du caractère mineur du projet en litige, qui ne porte que sur la modification du règlement applicable à une seule zone du PPRI de La Grande Motte, l'évaluation environnementale devait être limitée à la modification du PPRI envisagée et n'avait pas à porter sur le projet " Ville Port ". Dans ces conditions, il résulte de ce qui précède que l'évaluation environnementale complétée est proportionnée au projet en litige. Le moyen tiré de l'insuffisance de l'évaluation environnementale doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux pour les plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement ". Aux termes de l'article L. 121-17 de ce même code : " L'interdiction prévue à l'article L. 121-16 ne s'applique pas aux constructions ou installations nécessaires à des services publics ou à des activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau () ". D'une part, la modification du PPRI en litige, si elle modifie la réglementation applicable dans la zone de déferlement, qui se situe dans la bande des 100 mètres, ne constitue pas une autorisation d'urbaniser cette zone. D'autre part, les activités portuaires nécessitant la proximité immédiate de l'eau font également obstacle à l'application de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " () VI. ' Les plans de prévention des risques d'inondation sont compatibles ou rendus compatibles avec les dispositions du plan de gestion des risques d'inondation défini à l'article L. 566-7 () ". Il ne ressort pas des objectifs du PGRI 2016-2021 notamment ceux liés à " mieux prendre en compte le risque dans l'aménagement et maîtriser le coût des dommages liés à l'inondation " ou encore à " éviter d'aggraver la vulnérabilité en orientant le développement urbain en dehors des zones à risque " que ceux-ci seraient incompatibles avec la décision en litige qui, si elle a vocation à augmenter les enjeux dans la zone de déferlement, procède à cette augmentation de manière limitée, seulement dans le cadre du projet portuaire et en excluant les locaux à usage d'habitation. Le moyen doit être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code de l'environnement : " Les programmes et les décisions administratives dans le domaine de l'eau doivent être compatibles ou rendus compatibles avec les dispositions des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux. ". Les orientations et les dispositions du SDAGE citées par les requérantes portent sur la nécessité de prendre en compte le réchauffement climatique et ses effets, sur le caractère raisonnable et durable des aménagements réalisés, sur la non dégradation des milieux aquatiques, sur la maîtrise des impacts des nouveaux ouvrages, sur la préservation et la restauration du littoral et du milieu marin pour la gestion, sur la restauration physique des milieux, sur la préservation des zones littorales non artificialisées et la gestion du trait de côte en fonction de sa dynamique. La modification du PPRI prévue par la décision attaquée qui ne néglige ni les effets du réchauffement climatique, même si les requérantes estiment qu'ils ne sont pas suffisamment pris en compte, ni les impacts du projet, ni la préservation des zones littorales non artificialisées, ni enfin, la gestion du trait de côte qui ont été pris en compte dans l'évaluation environnementale par le porteur de projet n'apparait pas incompatible avec ces orientations ou dispositions du SDAGE. La décision attaquée, dont l'objectif est de protéger les populations, ne peut être regardée comme étant incompatible avec les autres orientations ou dispositions citées par les requérantes qui ont trait à la préservation de l'environnement. Le moyen doit être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 562-10-1 du code de l'environnement : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles peut être modifié à condition que la modification envisagée ne porte pas atteinte à l'économie générale du plan. La procédure de modification peut notamment être utilisée pour : a) Rectifier une erreur matérielle ; b) Modifier un élément mineur du règlement ou de la note de présentation ; c) Modifier les documents graphiques délimitant les zones mentionnées aux 1o et 2o du II de l'article L. 562-1, pour prendre en compte un changement dans les circonstances de fait ".

15. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la modification envisagée ne porte pas atteinte à l'économie générale du plan dès lors qu'elle est circonscrite au règlement qui s'applique à la zone de déferlement et ne vise que les travaux et aménagements du port existant, qu'aucune modification n'est apportée au règlement de la zone de déferlement concernant les autres occupations du sol, ni au règlement des autres zones, ni au zonage du PPRI.

16. Il est constant que l'arrêté attaqué n'a pas modifié le zonage du plan et que la modification n'a effectivement porté que sur le règlement applicable à la zone Rd. Il ressort des termes du PPRI que la modification du règlement en litige porte sur la possibilité de réaliser dans la zone Rd des travaux et aménagements limités " à une recomposition et/ou une extension du port existant " et que " les aménagements et les constructions réalisées contribuent seulement à l'activité portuaire ou nautiques ". Dès lors, la modification, qui porte seulement sur l'activité portuaire et nautique, est ainsi géographiquement limitée à la zone portuaire. Eu égard au caractère limité de cette modification qui n'a pas vocation à accroître le risque dès lors qu'elle prévoit que " les aménagements n'aggravent pas les aléas littoraux susceptibles d'impacter les secteurs à enjeux forts urbanisés et que les constructions nouvelles ne soient pas exposées à des aléas forts ", il résulte de ce qui précède que la modification du PPRI ne porte pas atteinte à l'économie générale du plan. Le moyen doit être écarté.

17. En dernier lieu, aux termes du point 3 du règlement du PPRI applicable à la zone Rd sont désormais admis " les travaux et aménagements liés à une recomposition et/ou une extension du port existant sous réserve de ne pas créer de logements et d'établissements à caractère stratégique ou vulnérable et que les aménagements et constructions réalisés contribuent seulement à l'activité portuaire ou nautique et que la surface des 1er planchers aménagés soit calée au minimum à la côte 2,40mNGF ou, par exception 2 mNGF pour les parties techniques ". Les requérantes soutiennent que cet ajout au règlement de la zone Rd qui n'admettait auparavant que les travaux d'entretien et de gestion courants, les modifications de façades entrainant une baisse de la vulnérabilité et les équipements de plages et interdisait " tous les travaux et projets nouveaux ainsi que tout aménagement entrainant une augmentation de la vulnérabilité " accroit les enjeux dans une zone où les aléas sont forts ce qui est contraire aux dispositions de l'article L. 562-1 du code de l'environnement ainsi qu'à l'objectif des auteurs du PPRI. Toutefois, si la décision attaquée augmente effectivement les enjeux dans cette zone, une telle règlementation, avec des hauteurs minimales de plancher à respecter, reste limitée à la zone portuaire qui est déjà à fort enjeux et n'apparait ainsi pas contraire à l'article L. 562-1 du code de l'environnement et aux objectifs du PPRI.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de l'association La Vigie Citoyenne Grand-Mottoise et de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a approuvé la modification du PPRI de La Grande-Motte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat et la commune de La Grande-Motte, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à l'association La Vigie Citoyenne Grand-Mottoise et de Mme B la somme qu'elles réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une quelconque somme à la charge des requérantes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association La Vigie Citoyenne Grand-Mottoise et de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de La Grande-Motte en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association La Vigie Citoyenne Grand-Mottoise, représentante désignée pour l'ensemble des requérantes, à la commune de La Grande-Motte et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

C. D

Le président,

J. Charvin

La greffière,

A. Lacaze

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 13 juin 2023

La greffière,

A. Lacaze

Ls

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