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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200707

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200707

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2022, Mme B C, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 7 septembre 2021 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement présentée dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de saisir la commission de médiation du département de l'Hérault afin que soit reconnu le caractère prioritaire et urgent de sa demande dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la commission de médiation n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;

- la commission a commis une erreur de droit en méconnaissant la portée du jugement n° 2001793 du tribunal administratif de Montpellier rendu le 28 juin 2021 et les dispositions du deuxième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du deuxième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que sa demande étant fondée sur l'indécence de son logement, établie par un rapport des services municipaux, et sur sa situation de handicap, la commission de médiation ne pouvait légalement exiger que ses demandes de logement social préalables présentent un caractère d'ancienneté ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle a fourni l'intégralité des pièces demandées par courrier du 10 août 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle se trouve en situation de handicap et occupe un logement présentant des désordres sanitaires importants ; elle a effectué à plusieurs reprises les démarches nécessaires auprès de son bailleur social qui n'a pas remédié aux désordres.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 15 décembre 2021, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 6 août 2018 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif social et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de la demande de logement locatif social ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Rosé, représentant Mme C,

- les observations de Mme A, représentant le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a saisi, le 30 septembre 2019, la commission de médiation du département de l'Hérault afin que sa demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente. La commission a rejeté sa demande par une décision du 7 septembre 2021 dont Mme C, par la présente requête, demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision litigieuse, qui est prise au visa des articles L. 300-1, L. 441-2-3 II et R. 441-13 et suivants du code de la construction et de l'habitation, énonce les considérations de fait tenant à la situation de Mme C qui en constituent le fondement. La circonstance que la commission de médiation n'ait pas mentionné de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs aux démarches entreprises par Mme C auprès de son bailleur pour obtenir la mise en conformité de son logement ne saurait entacher cette décision d'une insuffisance de motivation dès lors que l'intéressée a été mise en mesure de connaître les motifs de droit et de fait fondant le rejet de sa demande de logement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des motifs de la décision attaquée que la commission de médiation de l'Hérault a procédé à un examen approfondi de la situation de Mme C et, contrairement à ce que soutient la requérante, l'annulation par le jugement n° 2001793 du tribunal administratif de Montpellier d'une précédente décision du 3 décembre 2019 avec injonction faite au préfet de l'Hérault de saisir à nouveau la commission de médiation ne saurait avoir eu pour effet d'interdire à la commission de prendre en considération les éléments de droit et de fait existant à la date de ce réexamen. Par suite, les moyens tirés des erreurs de droit dont serait entachée la décision attaquée, tenant au défaut de réexamen réel et complet de la demande de Mme C et à la méconnaissance de la portée du jugement n° 2001793 du tribunal administratif de Montpellier rendu le 28 juin 2021 doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

5. Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article R. 441-2-4-1 du code de la construction et de l'habitation : " La liste limitative des pièces justificatives que le demandeur doit fournir et de celles qu'un service instructeur peut lui demander, notamment les documents qui permettent, en l'absence d'avis d'imposition, de s'assurer des ressources du demandeur et des personnes à loger, est fixée par l'arrêté prévu à l'article R. 441-2-2. () " et aux termes de l'annexe à l'arrêté susvisé du 6 août 2018 : " I. - Pièces obligatoires qui doivent être produites par le demandeur et toute autre personne majeure appelée à vivre dans le logement pour l'instruction () B. - Revenu fiscal de référence des personnes appelées à vivre dans le logement (personnes considérées comme vivant au foyer au sens de l'article L. 442-12 du code de la construction et de l'habitation) () a) Avis d'imposition de l'avant-dernière année (N - 2) pour toutes les personnes appelées à vivre dans le logement ou à défaut avis de situation déclarative à l'impôt sur le revenu ; () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

7. Il ressort des pièces du dossier que la commission de médiation de l'Hérault a rejeté la demande de logement social présentée par Mme C au motif, notamment, que l'avis d'imposition sur les revenus de l'année 2019 de sa fille majeure n'était pas produit, ne permettant pas de vérifier le respect des conditions réglementaires pour l'accès à un logement social.

8. Si Mme C soutient qu'elle a adressé à la commission de médiation l'ensemble des pièces complémentaires réclamées par un courrier du 26 juillet 2021, elle ne produit à l'appui de ses allégations qu'un ticket de suivi d'une lettre, établi par la Poste le 10 mars 2021, sur lequel elle a porté la mention manuscrite " suivi dossier DALO ", sans fournir le détail de cet envoi, notamment en ce qui concerne l'avis d'imposition des revenus de l'année 2019 de sa fille majeure. Elle n'a pas davantage produit cette pièce dans le cadre de la présente instance alors qu'il résulte de l'examen des pièces produites au dossier par le préfet de l'Hérault que les avis d'imposition à l'impôt sur le revenu de Mme C des années 2019, 2020 et 2021 ne mentionnent qu'une part de quotient familial, ce qui démontre que sa fille majeure n'était pas rattachée au foyer fiscal de la requérante au titre de l'impôt sur le revenu desdites années, et notamment en 2019. Ainsi, à défaut pour Mme C de justifier qu'à la date de la décision attaquée, les ressources de son foyer n'excédaient pas le plafond prévu au titre de l'année 2019 pour l'accès à un logement locatif social, la commission de médiation a, à bon droit, retenu qu'elle n'était pas en mesure de vérifier que les conditions réglementaires d'éligibilité au droit au logement opposable étaient remplies et a pu, dès lors, légalement rejeter, pour ce seul motif, la demande de l'intéressée.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 septembre 2021 rejetant sa demande de logement social.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Dès lors, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête présentée sur leur fondement et au titre des articles 37 et 75 de la loi susvisée du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Rosé.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La magistrate désignée,

S. DLe greffier,

D. Lopez

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 janvier 2023,

Le greffier,

D. Lopez 0dl

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