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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200854

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200854

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCOUPARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2022, Mme A C B, représentée par Me Coupard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de l'Hérault refusant de lui délivrer une carte de résident matérialisée par la mise à disposition d'une carte de séjour pluriannuelle le 24 septembre 2021 ;

2°) d'ordonner la délivrance d'une carte de résident en sa qualité de parent d'enfant français et, à défaut, le réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet de l'Hérault a commis une erreur de droit en ne faisant pas application des dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il a méconnu ces dispositions en refusant de lui délivrer une carte de résident de dix ans alors qu'elle remplit les conditions posées par cet article.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C B ne sont pas fondés.

Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Coupard, représentant Mme C B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante chilienne née en 1978, réside régulièrement sur le territoire français depuis le 16 septembre 2009 sous couvert de titres de séjour temporaires mention " vie privée et familiale " puis, à compter du 29 novembre 2016, sous couvert de titres de séjour d'une durée de deux ans, régulièrement renouvelés, également délivrés au titre de sa " vie privée et familiale ". Le dernier titre de séjour délivré à Mme C B par le préfet de l'Hérault le 21 septembre 2021 est ainsi valable du 29 novembre 2020 au 28 novembre 2022. Par la présente requête, Mme C B demande l'annulation de la décision du préfet de l'Hérault refusant de lui délivrer une carte de résident de dix ans, ainsi qu'elle le sollicitait dans sa demande adressée en octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision :

2. Aux termes de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de résident est délivrée de plein droit : () 2° A l'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire mentionnée au 6° de l'article L. 313-11 ou d'une carte de séjour pluriannuelle mentionnée au 2° de l'article L. 313-18, sous réserve qu'il remplisse encore les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour et qu'il ne vive pas en état de polygamie ". L'article L. 313-11 prévoyait notamment : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ".

3. Par ailleurs, l'article L. 314-2 de ce même code alors en vigueur disposait que : " Lorsque des dispositions législatives du présent code le prévoient, la délivrance d'une première carte de résident est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française, qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat () ". Ces dispositions étaient précisées par l'article R. 314-1 de ce code aux termes desquelles : " () l'étranger présente à l'appui de sa demande de carte de résident () : 5° Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 314-2 : a) Une déclaration sur l'honneur par laquelle il s'engage à respecter les principes qui régissent la République française ; b) Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration () ".

4. En l'espèce, Mme C B, mère d'un enfant français né le 11 février 2017, a bénéficié de titres de séjour temporaires au titre de sa " vie privée et familiale " depuis septembre 2009 puis, depuis le 29 novembre 2016, de titres de séjour pluriannuels, et il n'est pas contesté qu'elle remplit les conditions prévues par le 6° de l'article L. 313-11 précité, justifiant que lui soit dernièrement délivré un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français valable du 29 novembre 2020 au 28 novembre 2022. Alors que le préfet ne conteste pas qu'elle participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, le fait de lui opposer une condition de ressources insuffisantes ne peut justifier, au regard des dispositions précitées, la délivrance d'une carte de résident.

5. Par ailleurs, si le préfet fait valoir que la requérante a été condamnée à trois mois d'emprisonnement avec sursis par jugement correctionnel du 15 octobre 2019 du fait de non représentation d'enfant à une personne ayant le droit de le réclamer, cette condamnation, isolée et ancienne, ne permet pas de conclure, eu égard par ailleurs à sa nature, que Mme C B méconnait les principes qui régissent la République française.

6. Enfin, bien que le test de connaissance du français faisant état d'un niveau de maitrise de la langue française supérieur au niveau A2, produit par la requérante, ait été délivré le 16 mars 2013 avec une durée de validité de deux ans, il ressort des pièces du dossier que la requérante dispose depuis le 16 septembre 2009 du droit de séjourner régulièrement sur le territoire français et le préfet ne conteste pas l'allégation selon laquelle elle poursuit actuellement des études en France. Dès lors, en estimant que Mme B ne justifiait pas de sa maitrise de la langue française, au sens des dispositions citées au point 3 du présent jugement le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la situation de la requérante.

7. Il résulte de ce qui précède, que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur et, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à Mme C B une carte de résident d'une durée de dix ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

9. Eu égard aux motifs d'annulation ci-dessus retenus, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme C B une carte de résident d'une durée de dix années en sa qualité de parent d'enfant français, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme C B au titre des frais exposés par elle en défense et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à Mme C B une carte de résident d'une durée de dix années est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme C B une carte de résident d'une durée de dix années, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A C B, au préfet de l'Hérault et à Me Coupard.

Délibéré après l'audience du 31 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 septembre 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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