vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2200941 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MANYA |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête enregistrée le 23 février 2022 sous le numéro 2200941 M. C D, représenté par Me Manya, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Corneilhan à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des agissements de harcèlement moral ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Corneilhan une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a vu ses conditions de travail se dégrader dès sa reprise le 2 août 2021 ; il s'est rendu dans les locaux de la police municipale situés à 200 mètres de la mairie et a appris que son bureau se trouvait désormais au premier étage du bâtiment attenant à la salle du conseil municipal ; son bureau n'avait été vidé que partiellement ; son bureau comportant une fenêtre d'une superficie d'environ 6 m² comporte une armoire qui ne ferme pas à clé ; il a également sollicité l'octroi de congé annuel du fait des jours de congés non pris en 2020 et 2021, qui lui a été refusé pour " besoins du service " ; le 23 août 2021, il s'est vu remettre en mains propres une fiche de poste qui relève des qualifications d'un agent administratif et non pas d'un policier municipal ; il précise ne pas disposer d'un standard téléphonique ni même de l'accueil du public ; il est totalement placardisé au sein d'un bureau qui n'en est pas un véritable ; malgré une indication d'une reprise sans restriction le 16 novembre 2021, il continue à n pas avoir des missions de policier municipal ; la collectivité n'a pas hésité à la suie du classement sans suite de la plainte pénale de contacter la presse pour annoncer publiquement que celui-ci ferait certainement l'objet de sanction disciplinaire ;
- cette situation de harcèlement moral lui cause un préjudice moral qu'il évalue à la somme globale de 50 000 euros.
La commune de Corneilhan, à qui la requête a été communiquée le 27 avril 2022, n'a pas présenté d'observations.
II - Par une requête enregistrée le 9 juin 2022, sous le numéro 2202930, M. C D, représenté par Me Manya, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Corneilhan à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des agissements de harcèlement moral ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Corneilhan une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il reprend les moyens présentés dans sa requête n° 2200941.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, la commune de Corneilhan, représentée par Me Vayssettes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D une somme de 2500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- les observations de Me Pion Riccio, substituant Me Manya, représentant M. D, et celles de Me Vayssette, représentant la Commune de Corneilhan.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, agent de police municipale de la commune de Corneilhan, a été victime d'un accident de service en juillet 2018 et a été régulièrement arrêté pour raisons médicales jusqu'au mois d'août 2021, date à laquelle il a réintégré le service en temps partiel thérapeutique. Par courrier du 23 février 2022, il a adressé une réclamation préalable à la commune tendant à ce qu'elle l'indemnise des préjudices qu'il estime avoir subis du fait d'agissements de harcèlement moral à compter de sa reprise des fonctions. Suite au rejet opposé par la commune, par deux requêtes n° 2200941 et 2202930, il demande au tribunal de condamner la commune de Corneilhan à lui verser la somme globale de 50 000 euros en réparation du harcèlement moral.
2. Les requête susvisées appellent à juger des mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Aux termes des articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération :/ 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / () ".
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime de discriminations ou d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'une telle discrimination ou d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à toute discrimination et à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de discrimination ou de harcèlement sont ou non établis, doit s'apprécier au vu de ces échanges contradictoires. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.
5. Pour faire présumer l'existence d'agissements de harcèlement moral M. D fait valoir qu'à compter de sa reprise en aout 2021, il a été affecté dans un bureau ressemblant à un placard jouxtant la salle du conseil municipal, qu'il a reçu une fiche de poste qui n'est pas conforme à son cadre d'emploi de policier municipal, qu'il n'a pas de possibilité d'accueillir le public qui, au demeurant, ignore son existence, que malgré une reconnaissance d'aptitude à une reprise sans restriction faite en octobre par le docteur A, et en novembre par le médecin du travail, il ne se voit toujours pas confier des tâches conformes à celles que doivent exercer les agents de police municipale et enfin, que la commune a fait la publicité, par voie de presse, d'une décision judiciaire déclarant sans suite la plainte qu'il avait déposé contre le maire de la commune pour des agissements de harcèlement moral et ce dernier s'est d'ailleurs permis de faire état dans un article de presse d'une possibilité de prononcer une sanction à son égard.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment des photographies versées au dossier par M. D, que le bureau qui lui a été confié, au sein de la mairie de Corneilhan, comprenant un poste de travail, une ligne téléphonique et du matériel de travail, documents et stylos, présentant une superficie correcte et suffisamment éclairé, ne s'apparente pas à un " placard ". Les circonstances que des bouteilles et denrées n'avaient pas été débarrassées, et qu'un réfrigérateur soit positionné dans cet espace, sans nulle autre précision quant aux usages qui en seraient fait, ne permettent pas davantage d'établir des conditions matérielles de travail dégradées. M. D, qui se prévaut d'un refus de congés annuels pour rattraper des congés non pris les années précédentes en raison de ses arrêts de travail, opposé en raison des besoins du service, ne démontre, ni même n'allègue, l'illégalité du motif ainsi opposé. La circonstance que la presse se soit fait l'écho de la décision judiciaire de classement sans suite de la plainte au pénal qu'il avait portée contre le maire de la commune ne révèle pas une " publicité humiliante orchestrée par la collectivité " et les propos du maire, au demeurant mesurés, relatés dans l'article de presse ne sont pas davantage de nature à révéler un comportement outrepassant le cadre normal du pouvoir hiérarchique. Enfin, alors que le médecin du travail dans son avis du 31 mai 2021 a préconisé une aptitude à la reprise sur un mi-temps thérapeutique avec restrictions médicales " apte à la reprise avec restrictions suivantes : marche avec périmètre inférieure à 1 km, station debout avec une durée inférieure à 1 heure, manutention de charges inférieures à 10kg et ne doit pas courir ", la fiche de poste de l'intéressé comprenant essentiellement des missions d'accueil, physique et téléphonique, et de rédaction d'acte administratifs doit être regardée comme conforme à son cadre d'emploi de policier municipal au regard des restrictions médiales émises, non sérieusement contestées par des éléments contemporains à sa reprise en août 2021.
7. En revanche, si M. D fait état de ce que lors de sa reprise en août 2021, il n'a pas été mis à même de recevoir le public, qui ignorait même sa présence dans les effectifs de la police municipale, une telle circonstance, même à la supposer exacte, si elle est de nature à révéler une faute de la commune qui doit donner aux agents les moyens d'assurer leurs missions, elle ne peut, prise isolément, s'analyser en un agissement de harcèlement moral dont l'effet ou le but est de nuire à la santé ou à la dignité de l'agent. De même, s'il se prévaut de ce que, malgré la reconnaissance médicale de son aptitude totale à une reprise à temps plein à compter du mois d'octobre, par le docteur A, et de novembre, par le médecin du travail, il ne s'est pas vu confier des tâches conformes à celle d'un agent de police municipale, là encore la faute à ne pas lui avoir donné, dans un délai raisonnable, une affectation correspondant à son grade et à sa santé retrouvée ne saurait, prise isolément, révéler un agissement de harcèlement moral, alors, au demeurant, que la commune fait valoir en défense, sans être contestée, qu'il a repris son activité de policier municipal à temps plein à compter de novembre 2021.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D ne démontre pas la faute que la commune de Corneilhan aurait commise en se rendant responsable des agissements de harcèlement moral Par suite, les conclusions indemnitaires qu'il présente sur ce fondement doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Corneilhan, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. D, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Corneilhan présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° n° 2200941 et 2202930 présentées par M. D sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Corneilhan présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la commune de Corneilhan.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Philippe Gayrard, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Marion Bossi, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La rapporteure,
I. BLe président,
J-Ph. Gayrard
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 29 mars 2024.
La greffière,
B. Flaesch.
2 et 2202930
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026