jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2201007 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | PILONE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 février 2022 et le 30 mai 2023,
Mme B A, représentée par Me Bellotti, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les refus d'abroger les décisions qui l'ont conduite à être privée de l'usage de sa cour privative ;
2°) d'enjoindre à la commune de Gignac, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard, d'abroger les décisions qui ont conduit à l'atteinte à sa propriété privée et de retirer, par voie de conséquence, tout obstacle à la pleine jouissance de sa cour intérieure, en procédant à la dépose de la plaque de fer apposée devant sa porte fenêtre, à la condamnation des accès à la cour depuis le bâtiment communal et au retrait de l'isolation par l'extérieur grevant sa propriété ;
3°) en tant que besoin, de surseoir à statuer et de transmettre toute question soulevant une difficulté sérieuse dont dépend la solution du litige et relevant de la compétence du juge judiciaire à ce dernier, sur le fondement de l'article R. 771-2 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Gignac une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur ce litige qui constitue une emprise irrégulière, sans voie de fait ;
- sa requête a été introduite dans les délais de recours contentieux ;
- les décisions par lesquelles la commune occupe sa cour et la prive d'accès à celle-ci sont irrégulières car elles méconnaissent son droit de propriété et elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- les décisions refusant d'abroger les décisions initiales, irrégulières, sont illégales et doivent être annulées par voie de conséquence.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023, la commune de Gignac, représentée par Me Pilone, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de
Mme A une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable car Mme A, qui n'établit pas être propriétaire de la cour extérieure dont elle revendique la propriété, n'a pas intérêt à agir ;
- le juge administratif est incompétent pour statuer sur ce litige car il n'est pas établi qu'il porte sur une emprise irrégulière, par la commune, d'une propriété privée ;
- Mme A n'établit pas être propriétaire de la cour en litige alors que son titre de propriété n'en fait pas mention, qu'elle n'a pas intenté d'action devant le juge judiciaire pour le modifier et qu'elle n'établit pas l'existence d'une prescription acquisitive ;
- la circonstance que d'anciens propriétaires de son bien aient eu la jouissance de cette cour ne permet pas de conclure que Mme A en serait désormais propriétaire.
Par courrier du 25 septembre 2023 les parties ont été informées que la juridiction était susceptible d'enjoindre à la démolition de l'isolation du bâtiment communal et ont été invitées à faire part de leurs observations sur la possibilité d'une régularisation appropriée des travaux menés, les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés et les conséquences d'une telle démolition pour l'intérêt général.
Des observations, présentées par Mme A, représentée par Me Bellotti, ont été enregistrées le 26 septembre 2023 et communiquées.
Vu :
- l'ordonnance du juge des référés ° 2202924 du 30 juin 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,
- et les observations de Me Bellotti, représentant Mme A et celles de Me Ortial, représentant la commune de Gignac.
Une note en délibéré pour la commune de Gignac a été enregistrée le 6 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire, depuis le 26 mai 1989, d'une maison située sur la parcelle cadastrée section A n° 831 sur le territoire de la commune de Gignac. La commune de Gignac a acquis, le 4 mars 2014, un immeuble à proximité, les deux constructions étant séparées par une cour extérieure dont Mme A revendique la propriété. A compter de la fin de l'année 2019, Mme A a constaté que la commune avait entrepris sur le bâtiment communal des travaux de rénovation par l'extérieur, grevant la surface de la cour extérieure, ainsi que la création d'ouvertures donnant accès à ladite cour. Par constat d'huissier du 10 décembre 2021, Mme A établit qu'une plaque de fer a été apposée devant l'ouverture de sa propriété donnant accès à la cour extérieure.
2. Mme A, après avoir adressé deux courriers du 20 juillet 2021 et du 11 février 2022 en vue de faire cesser ce qu'elle estime être une emprise irrégulière de sa propriété privée, a saisi le juge des référés du Tribunal qui, par ordonnance n° 2202924 du 30 juin 2022, devenue définitive, a enjoint à la commune de Gignac de procéder à la dépose de la plaque métallique apposée devant l'ouverture de son immeuble et de laisser le libre accès à la cour intérieure depuis celui-ci.
3. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation des décisions par lesquelles la commune de Gignac a irrégulièrement empiété sur sa propriété puis refusé de mettre un terme à cet empiètement. Par voie de conséquence, elle demande qu'il soit enjoint à la commune de retirer tout obstacle à la pleine jouissance de sa cour intérieure, en procédant à la dépose de la plaque de fer apposée devant sa porte fenêtre, à la condamnation des accès à la cour depuis le bâtiment communal et au retrait de l'isolation par l'extérieur grevant sa propriété.
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :
4. Sauf dispositions législatives contraires, la responsabilité qui peut incomber à l'Etat ou aux autres personnes morales de droit public en raison des dommages imputés à leurs services publics administratifs est soumise à un régime de droit public et relève en conséquence de la juridiction administrative. Cette compétence, qui découle du principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires posé par l'article 13 de la loi des 16-24 août 1790 et par le décret du 16 fructidor an III, ne vaut toutefois que sous réserve des matières dévolues à l'autorité judiciaire par des règles ou principes de valeur constitutionnelle. Dans le cas d'une décision administrative portant atteinte à la propriété privée, le juge administratif, compétent pour statuer sur le recours en annulation d'une telle décision et, le cas échéant, pour adresser des injonctions à l'administration, l'est également pour connaître de conclusions tendant à la réparation des conséquences dommageables de cette décision administrative, hormis le cas où elle aurait pour effet l'extinction du droit de propriété.
5. Il est soutenu en défense que l'existence d'une emprise irrégulière sur la propriété privée de Mme A n'est pas établie et qu'en conséquence, le présent litige ne ressort pas de la compétence de la juridiction administrative. Néanmoins, il est constant que la requête de
Mme A tend à faire reconnaître l'existence de décisions qui la privent, non définitivement, de son droit de propriété et d'en obtenir l'annulation ou d'en faire cesser les effets. Dès lors, le tribunal administratif est bien compétent pour statuer sur les conclusions présentées par
Mme A, sans qu'y fasse obstacle les éléments invoqués en défense, tirés de la contestation du bien-fondé des prétentions de Mme A.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
6. Si la commune soutient que Mme A est dépourvue d'intérêt à agir dans la mesure où elle n'établit pas la propriété revendiquée de la cour extérieure en litige, il est constant qu'elle a adressé plusieurs demandes à la commune tendant à ce qu'il soit mis un terme à l'empiètement sur cette cour et les refus qui lui ont été opposés sont susceptibles de lui faire grief dans la mesure où elle revendique la propriété de ladite cour. Dès lors, la fin de non-recevoir, tirée de l'absence d'intérêt à agir de la requérante, opposée par la commune, qui tend à contester le bien-fondé de la demande de Mme A, doit être écartée.
Sur l'existence d'une emprise irrégulière :
7. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public, dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté, par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
8. Il résulte de l'instruction que si la petite cour intérieure devant l'appartement du rez-de-chaussée de l'immeuble dont Mme A est devenue propriétaire le 26 mai 1989, ne figurait pas au descriptif de l'acte authentique de vente du bien ainsi acquis, il est constant qu'elle figurait dans celui de l'acte de vente du même immeuble du 27 mars 1987, alors acquis auprès de propriétaires indivis ayant reçu le bien le 15 octobre 1979 au titre de la succession de leur mère ayant elle-même hérité de ce bien en 1942. En outre, un des propriétaires de cet immeuble jusqu'en 1987 atteste avoir toujours eu la libre disposition de cette cour.
9. La commune de Gignac, qui se borne à relever que ladite cour intérieure ne figure pas dans l'acte de vente susmentionné établi en 1989, n'apporte aucun élément de nature à permettre de regarder cette cour comme partie du domaine communal, notamment en raison de l'acquisition en 2014 de l'immeuble attenant à celui de Mme A dont l'acte d'achat ne fait pas état de ladite cour. Par ailleurs, alors qu'il n'est pas contesté que l'immeuble dont est propriétaire Mme A a, de longue date, accès à la cour en litige, la commune n'établit pas qu'un tel accès existerait également depuis le bâtiment communal, avant qu'elle ne réalise les travaux en litige.
10. Dans ces conditions, la seule circonstance que Mme A n'ait pas intenté d'action en vue de modifier son acte d'acquisition, alors au demeurant qu'elle n'en avait pas la nécessité avant que sa propriété soit récemment contestée par la commune de Gignac, ne permet pas d'écarter sa propriété sur le bien en litige.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est propriétaire de la cour extérieure attenante à son immeuble et dès lors, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer sur le fondement de l'article R. 771-2 du code de justice administrative, les aménagements réalisés au sein de cette cour par la commune de Gignac constituent une emprise irrégulière portant atteinte à sa propriété privée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Il résulte de l'instruction que la commune de Gignac a fait procéder à l'isolation, par l'extérieur, du bâtiment communal qu'elle a récemment acquis et la requérante fait valoir, sans être contredite, qu'une terrasse aurait également été implantée au sein de ladite cour réservée au personnel communal.
13. Il n'est pas établi, ni même allégué qu'une régularisation appropriée de la situation serait possible. Or, la cour en litige est d'une longueur limitée et d'une largeur étroite, de près d'un mètre, de sorte que les travaux d'isolation par l'extérieur du bâtiment communal, d'une profondeur de près de 20 centimètres ont pour effet de réduire grandement la surface de la cour et la luminosité de celle-ci et surtout, d'obstruer une partie de l'ouverture de l'appartement de Mme A sur cette cour. Par ailleurs, la commune n'apporte aucun élément quant à l'intérêt général qui s'attache aux travaux ainsi menés et n'allègue pas, notamment, qu'une isolation par l'intérieur du bâtiment ne serait pas envisageable.
14. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la commune de retirer les aménagements réalisés sur le bâtiment communal qui grèvent la surface de la cour de
Mme A et constituent un obstacle à la pleine jouissance de son bien. La commune disposera d'un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement pour achever ces travaux, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
15. En revanche, s'agissant de la plaque de fer apposée devant l'ouverture de l'immeuble de Mme A, il résulte de l'instruction que cette dernière a été retirée suite à la décision du juge des référés et il n'y a donc plus lieu d'enjoindre à son retrait. S'agissant enfin des ouvertures créées sur le bâtiment communal permettant d'accéder à la cour de
Mme A, elles ne constituent pas une emprise sur sa propriété et le présent jugement n'implique ainsi pas qu'il soit enjoint de procéder à leur condamnation.
Sur les frais d'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par la commune de Gignac au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Gignac une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint à la commune de Gignac de procéder au retrait ou à la démolition des travaux réalisés sur le bâtiment communal situé sur la parcelle cadastrée AB n° 143 qui empiètent sur la propriété privée de Mme A, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 2 : La commune de Gignac versera une somme de 1 500 euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et à la commune de Gignac.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
Mme Adrienne Bayada, première conseillère,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple
Le président,
J. Charvin
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 octobre 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026