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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201196

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201196

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP DILLENSCHNEIDER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Hôtel d'Occitanie, représentée par Me Dillenschneider, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le maire de Narbonne a refusé de lui accorder un permis de construire, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Narbonne de procéder à la réinstruction de sa demande de permis de construire ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Narbonne la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige, à défaut de justifier d'une délégation publiée et transmise au contrôle de légalité antérieurement à la signature de cet arrêté, est entaché d'incompétence ;

- les dispositions du SCOT n'étaient pas opposables à ce permis de construire ;

- le projet en cause n'est pas incompatible avec la vocation de la zone UC dans lequel il doit s'implanter et n'est nullement interdit au titre des articles UC 1 et UC 2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- le motif de refus tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-4 du code de l'urbanisme est entaché d'illégalité ;

- l'indétermination des caractéristiques futures du projet ne pouvait pas permettre de refuser le projet sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le motif tiré de l'insuffisance du volet paysager est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, la commune de Narbonne, représentée par la SCP d'avocats Chichet, Henry, Paillès, Garidou, Renaudin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme 2 000 euros soit mise à la charge de la SARL requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive dès lors qu'elle revêt un caractère confirmatif ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- il peut être substitué aux motifs initialement retenus ceux tirés de la méconnaissance par le projet de l'article L. 111-19 du code de l'urbanisme et de la méconnaissance de l'article UC3 du règlement du PLU.

Par un courrier du 9 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de prononcer d'office, sur le fondement de l'article L. 911-1 du même code, une injonction de délivrance du permis de construire.

Des observations en réponse à ce moyen relevé d'office ont été enregistrées le 15 avril 2024 pour la SARL Hôtel d'Occitanie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'urbanisme ;

- le code de commerce ;

- le décret n° 2015-1783 du 28 décembre 2015 relatif à la partie réglementaire du livre Ier du code de l'urbanisme et à la modernisation du contenu du plan local d'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Dillenschneider, représentant la SARL Hôtel d'Occitanie, et de Me Renaudin, représentant la commune de Narbonne.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Hôtel d'Occitanie a déposé auprès des services de la commune de Narbonne, le 22 mars 2021, et complété le 30 avril suivant une demande de permis de construire en vue de la construction d'un bâtiment commercial d'une surface de plancher de 2 038 m² sur le terrain cadastré CN 551, CN 573, CN 635, d'une contenance de 12 052 m², sis avenue Hubert Mouly à Narbonne. Par un arrêté du 22 septembre 2021, le maire de Narbonne a refusé de le lui accorder. Par recours gracieux du 8 novembre 2021 réceptionné en mairie le 12 novembre 2021, la SARL en a sollicité le retrait. Un rejet implicite résultant du silence gardé sur cette demande est né le 12 janvier 2022. Par la présente, la SARL Hôtel d'Occitanie demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la fin de non-recevoir opposée à la requête :

2. Une décision individuelle dont l'objet est le même que celui d'une décision antérieure devenue définitive revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entre-temps aucun changement dans les circonstances de fait ou dans la règlementation d'urbanisme de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige. Une décision purement confirmative n'a pas pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux courant contre la première décision.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 9 juin 2020, le maire de Narbonne a refusé d'accorder à la SCI Les Jardins d'Occitanie le permis de construire d'un bâtiment à vocation commerciale de 2 834 m² de surface de plancher sur le terrain situé avenue Maître Hubert Mouly, à Narbonne. Si le second refus qui a été opposé à cette même SARL Hôtel d'Occitanie porte sur le même objet, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le maire de la commune de Narbonne a opposé à la société pétitionnaire l'axe 2.1.3 du document d'orientation et d'objectif du schéma de cohérence territoriale du Grand Narbonne révisé, approuvé le 28 janvier 2021, que le projet retravaillé par la société pétitionnaire a abaissé la surface de plancher de 796 m² et que les pétitionnaires sont distincts dans les deux demandes. Le changement dans les circonstances de droit et dans les circonstances de fait intervenu entre les décisions de refus est de nature à ôter à la décision attaquée du 22 septembre 2021 tout caractère confirmatif. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la tardiveté de la demande doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. L'article L. 142-1 du code de l'urbanisme dispose que : " Sont compatibles avec le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale : () 7° Les permis de construire tenant lieu d'autorisation d'exploitation commerciale prévus à l'article L. 425-4. " Aux termes de l'article L. 425-4 de ce code : " Lorsque le projet est soumis à autorisation d'exploitation commerciale au sens de l'article L. 752-1 du code de commerce, le permis de construire tient lieu d'autorisation dès lors que la demande de permis a fait l'objet d'un avis favorable de la commission départementale d'aménagement commercial ou, le cas échéant, de la Commission nationale d'aménagement commercial. () ". Selon l'article L. 752-1 du code de commerce : " Sont soumis à une autorisation d'exploitation commerciale les projets ayant pour objet : 1° La création d'un magasin de commerce de détail d'une surface de vente supérieure à 1 000 mètres carrés, résultant soit d'une construction nouvelle, soit de la transformation d'un immeuble existant ; () 4° La création d'un ensemble commercial tel que défini à l'article L. 752-3 et dont la surface de vente totale est supérieure à 1 000 mètres carrés ; () ".

5. Un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés ou affectés à un usage non conforme aux documents et aux règles générales d'urbanisme n'est pas, par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci.

6. Lorsqu'un projet n'entre pas dans le champ d'application du droit de l'aménagement commercial, le dossier de demande de permis de construire n'a pas à être précédé d'un dossier de demande d'exploitation commerciale. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la demande de permis de construire, que le projet porte sur une construction dite "coque" dont l'aménagement intérieur sera complété ultérieurement et que le bâtiment sera à vocation commerciale. La notice du projet précise qu'il consiste en la création d'un bâtiment de 2 038,86 m² à vocation commerciale pour une surface de vente inférieure à 1 000 m². Aucun élément du dossier de demande de permis ne fait apparaître que le projet contribuerait à créer un ensemble commercial de plus de 1 000 m² quand bien même la surface de vente déclarée de 998,67m² et la surface totale des espaces destinés au stockage de 1 040,19 m² seraient séparées par une simple cloison coupe-feu pouvant être aisément modifiée. Dès lors le projet ne nécessitait pas l'obtention de l'autorisation d'exploitation commerciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 752-1 du code de commerce. Par suite et dès lors que la surface de vente déclarée de 998,67 m² est inférieure à celle de 1 000 m² imposant de requérir une autorisation d'exploitation commerciale sur avis de la commission départementale d'aménagement commercial, le maire de Narbonne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que le projet aurait dû faire au préalable l'objet d'une autorisation d'exploitation commerciale en application des dispositions des articles L. 752-1 du code de commerce et L. 425-4 du code de l'urbanisme.

7. Aux termes de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme, créé par le décret du 28 décembre 2015, dans sa version alors applicable : " Les destinations de constructions sont : / 1° Exploitation agricole et forestière ; / 2° Habitation ; / 3° Commerce et activités de service ; / 4° Equipements d'intérêt collectif et services publics ; / 5° Autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire ". L'article R. 151-28 du même code, dans sa rédaction issue du même décret, prévoit que les destinations prévues à l'article R. 151-27 comprennent vingt sous-destinations qu'il fixe. En application de l'article R. 151-29 du même code, un arrêté du ministre du logement et de l'habitat durable du 10 novembre 2016 précise le contenu des destinations et sous-destinations de constructions pouvant être réglementées par le règlement national d'urbanisme et les règlements des plans locaux d'urbanisme ou les documents en tenant lieu.

8. Pour refuser d'accorder le permis de construire, le maire de Narbonne a indiqué que le bâtiment de 2 038 m² de surface de plancher se compose d'une surface de vente dont la destination n'est pas établie au stade du permis de construire. Toutefois, le plan local d'urbanisme de la commune de Narbonne demeure régi par les dispositions de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme dans sa rédaction antérieure au 1er janvier 2016 et la conformité du projet au plan local d'urbanisme s'apprécie donc au regard des anciennes destinations définies par ces dispositions, au nombre de neuf. La société pétitionnaire a rempli la rubrique 5.5 du formulaire Cerfa portant sur les destinations des constructions lorsque le projet de construction est situé dans une commune couverte par un plan local d'urbanisme appliquant l'article R. 123-9 dans sa rédaction antérieure au 1er janvier 2016 en indiquant que la surface créée de 2 038m² est à destination de commerce. Par suite, le maire ne pouvait refuser le permis de construire pour le motif susénoncé.

9. Dès lors que le projet ne relève pas du 7° de l'article L. 142-1 du code de l'urbanisme c'est donc à tort que le maire de Narbonne, pour s'opposer au projet, s'est fondé sur l'axe 2.1.3 du document d'orientations et d'objectifs (DOO) du schéma de cohérence territoriale (SCOT) du Grand Narbonne " S'adapter aux besoins en commerces en privilégiant la proximité et l'animation des cœurs de villes et villages " en estimant que la construction d'un nouveau commerce de 998,67 m2 de surface de vente ne participait pas à l'amélioration des espaces commerciaux existants.

10. Aux termes du préambule du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme de la commune de Narbonne : " Caractère de la zone : zone d'habitat de densité moyenne constituée de logements individuels groupés et de constructions individuelles sur petites parcelles ainsi que de l'habitat collectif. () ". L'article UC1 de ce règlement relatif aux occupations et utilisations du sol interdites énonce que " Sont interdites dans l'ensemble de la zone : - les constructions à usage industriel, - les installations classées autres que celles visées à l'article UC 2, - le stationnement de caravanes isolées, - l'ouverture et l'exploitation de carrière, - les dépôts de toute nature (ferrailles, matières fermentescibles, etc.). - les campings-caravaning et les parcs résidentiels de loisir, - les installations de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent (éoliennes), - toutes excavations et exhaussements à moins de 5 m de la limite du domaine public des routes départementales. " et l'article UC 2 prévoit que " Sont admises sous conditions dans l'ensemble de la zone : - Les installations classées utiles à la vie urbaine et dont les nuisances peuvent être prévenues par des prescriptions techniques prises en application de la loi du 19 juillet 1976 ".

11. Pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de Narbonne, après avoir rappelé les dispositions du préambule du règlement de la zone UC, a indiqué que la construction d'un bâtiment de 2 834 m² de surface de plancher à vocation commerciale, situé à proximité immédiate de logements, n'est pas compatible avec le caractère de cette zone du plan local d'urbanisme à vocation d'habitat. Toutefois ces dispositions ne réservent pas cette zone aux seules constructions collectives ou individuelles et les articles UC 1 et UC2 du règlement du PLU qui fixent les occupations autorisées ne proscrivent pas les constructions à usage commercial. Par suite, la SARL Hôtel d'Occitanie est fondée à soutenir que ce motif de refus est entaché d'une erreur de droit.

12. Le c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme prévoit que le dossier comprend un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain.

13. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. En particulier, le caractère insuffisant du contenu de l'un de ces documents au regard de ces dispositions ne constitue pas nécessairement une irrégularité de nature à entacher la légalité de l'autorisation si l'autorité compétente est en mesure, grâce aux autres pièces produites, d'apprécier l'ensemble des critères énumérés par le code de l'urbanisme.

14. Le refus de permis de construire contesté, s'il cite les dispositions de l'article

R. 111-27 du code de l'urbanisme, est fondé sur la seule insuffisance du volet paysager et non l'atteinte que le projet est susceptible de porter au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. La notice descriptive jointe au dossier de demande précise que le terrain est situé à proximité de l'Arena et du parc des expositions, dans un environnement d'équipements collectifs et à proximité d'enseignes commerciales, qu'il est actuellement occupé par un établissement commercial de 2 230m² qui sera entièrement démoli, qu'il est bordé au Sud par l'avenue Hubert Mouly, en partie Est par la résidence des Jardins d'Occitanie et fait état d'une résidence en limite Nord et le Parc des sports à l'Ouest. Elle mentionne encore que la haie existante sera conservée et retaillée. Le dossier de demande comprend quatre photographies du terrain d'assiette dont les points et angles de vue ont été reportés sur le plan de situation ainsi qu'un document graphique d'insertion, PC6a, édité à partir de l'avenue Hubert Mouly faisant apparaître la végétalisation de la façade visible depuis ladite avenue et les constructions environnantes notamment le parc des sports. Ainsi, en retenant que le volet paysager était insuffisant dans la mesure où le document graphique ne permettait pas d'apprécier comment le projet se situait par rapport aux autres constructions avoisinantes et aux paysages ni son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain, le maire de Narbonne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

15. L'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

16. Pour refuser d'accorder le permis de construire sur le fondement de ces dispositions le maire de Narbonne s'est fondé sur les circonstances que le dossier ne permet pas d'apprécier les débouchés des voies en attente et qu'il est impossible d'apprécier l'impact des flux du projet dans la mesure où la nature de l'activité n'est pas déterminée au stade du permis de construire. Il ressort des pièces du dossier que les accès s'effectuent par l'avenue Hubert Mouly au Sud ainsi que depuis la voie des Jardins d'Occitanie et sont déjà existants. Le projet litigieux, est présenté sous forme de coque vide, à charge pour le preneur de réaliser les aménagements intérieurs. L'indétermination de la nature de l'activité au stade du dépôt de la demande de permis de construire ne pouvait conduire en l'espèce, compte tenu des deux accès existants et maintenus d'un ancien établissement commercial d'importance devant être démoli, justifier un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions. Par suite, la SARL Hôtel d'Occitanie est fondée à soutenir que ce motif de refus est entaché d'erreur d'appréciation.

Sur la substitution de motif :

17. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

18. La commune soutient que le refus de permis de construire est légalement justifié par l'application des dispositions de l'article L. 111-19 du code de l'urbanisme aux termes desquelles " Nonobstant toute disposition contraire du plan local d'urbanisme, l'emprise au sol des surfaces, bâties ou non, affectées aux aires de stationnement annexes d'un commerce soumis à l'autorisation d'exploitation commerciale prévue aux 1° et 4° du I de l'article L. 752-1 du code de commerce et à l'autorisation prévue au 1° de l'article L. 212-7 du code du cinéma et de l'image animée, ne peut excéder un plafond correspondant aux trois quarts de la surface de plancher des bâtiments affectés au commerce. Les espaces paysagers en pleine terre, les surfaces des aménagements relevant de l'article L. 3114-1 du code des transports, les surfaces réservées à l'auto-partage et les places de stationnement destinées à l'alimentation des véhicules électriques ou hybrides rechargeables sont déduits de l'emprise au sol des surfaces affectées au stationnement. La surface des places de stationnement non imperméabilisées compte pour la moitié de leur surface. ".

19. Comme il vient d'être dit au point 6, le projet de la SARL Hôtel d'Occitanie n'est pas soumis à l'autorisation d'exploitation commerciale prévue aux 1° et 4° du I de l'article L. 752-1 du code de commerce. Par suite, la substitution de motif ne peut être accueillie.

20. Aux termes de l'article UC3 du règlement du plan local d'urbanisme de Narbonne : " Les caractéristiques minimales requises pour les accès et voies doivent respecter les règles normales de sécurité de la défense contre l'incendie et de la protection civile. Elles sont précisées dans l'article 10 (Prévention des incendies, des feux de forêts et débroussaillage) des dispositions générales du présent règlement. Les accès et voies nouvellement créés devront avoir les caractéristiques édictées dans le cahier des prescriptions techniques de la Ville de Narbonne joint en annexe. L'accès à la voirie doit être direct ou aménagé sur fond voisin, ou éventuellement obtenu par application de l'article 682 du Code Civil. La destination et l'importance des constructions ou installations doivent être compatibles avec la capacité de la voirie publique qui les dessert. La largeur des voies ou des impasses publiques ou privées ainsi que des servitudes de passage ne sera pas inférieure à 5 m. A largeur peut être ramenée à 3 m de large si la voie ne dessert qu'un seul logement. Les voies doivent être aménagées, si elles se terminent en impasse, de telle sorte que les véhicules, notamment de sécurité et de ramassage des ordures ménagères, puissent faire demi-tour. Les accès donnant sur les voies à grande circulation, avenues et boulevards devront être regroupés au maximum. Tout accès direct sur les routes à grande circulation départementale est interdit. Les accès donnant sur les voies départementales devront être regroupés au maximum, voire évités, et les accès par les voies communales, privilégiés. L'ouverture des portes et portails devra impérativement s'effectuer à l'intérieur de la parcelle et sera proscrite sur la chaussée d'une voie de circulation. ".

21. La commune de Narbonne fait valoir que le terrain d'assiette du projet n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique dans la mesure où la voie d'accès est une voie résidentielle appartenant à la résidence " Les Jardins d'Occitanie " qui présente un portail de fermeture, une signalisation spécifique et un système de sécurité. La voie à laquelle il est fait référence est celle située à l'intérieur même du périmètre de l'opération de construction envisagée et non la voie qui dessert le terrain où est projetée la construction litigieuse. Or, les dispositions précitées doivent s'entendre des seules voies qui desservent le terrain d'assiette et non la voie qui, une fois franchie la limite du terrain, permet d'accéder à la construction elle-même. En l'espèce, le terrain d'assiette est directement desservi au Sud par l'avenue Maître Hubert Mouly et en sa partie Ouest par la rue des Jardins d'Occitanie. Par suite, la seconde substitution de motif ne peut être accueillie.

22. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas susceptible de fonder son annulation dès lors que M. B C, directeur général des services techniques, a régulièrement reçu délégation sur le fondement des dispositions de l'article L. 2122-19 du code général des collectivités territoriales, à l'effet de signer notamment les " arrêtés de refus d'autorisation d'urbanisme ", par un arrêté du maire de Narbonne du 10 mai 2021 régulièrement affiché en mairie et transmis à la préfecture le 25 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / A motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives ou réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () ".

24. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".Selon l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

25. Aux termes de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative : " Lorsque la décision lui paraît susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations ".

26. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, au besoin d'office dans les conditions prévues par l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation.

27. Les motifs fondant l'arrêté du 22 septembre 2021 sont entachés d'illégalité et il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée s'opposeraient à la délivrance du permis de construire sollicité par la SARL Hôtel d'Occitanie ni qu'un changement dans les circonstances de fait, à la date du présent jugement, y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de Narbonne de délivrer à la SARL Hôtel d'Occitanie l'autorisation d'urbanisme sollicitée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les frais liés au litige :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la SARL Hôtel d'Occitanie qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Narbonne une somme de 1 500 euros à verser à la SARL requérante sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté pris par le maire de Narbonne le 22 septembre 2021 portant refus de permis de construire, ensemble la décision implicite portant rejet du recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Narbonne de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée par la SARL Hôtel d'Occitanie dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Narbonne versera une somme de 1 500 euros à la SARL Hôtel d'Occitanie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Narbonne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à la société à responsabilité limitée Hôtel d'Occitanie et à la commune de Narbonne.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller,

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le rapporteur,

M. RousseauLa présidente,

S. Encontre La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 mai 2024.

La greffière,

L. Rocher

dl

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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