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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201208

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201208

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars 2022 et 30 juin 2023, Mme F G, M. C B, M. E D et Mme I A, représentée par la SCP CGCB et Associés, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 11 janvier 2022 par laquelle le conseil municipal de Saint-Guiraud a approuvé son plan local d'urbanisme ;

2°) de condamner la commune de Saint-Guiraud à leur verser une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- leur requête est recevable dès lors qu'ils ont intérêt à agir contre la délibération contestée et en produisent le compte-rendu de séance, justifiant par ailleurs de leurs démarches pour en obtenir copie ;

- la délibération est illégale compte tenu de l'absence d'évaluation environnementale, en violation de l'article R. 104-11 du code de l'urbanisme dans sa version issue du décret n°2021-1345 du 13 octobre 2021 ; à titre subsidiaire, il appartiendra au tribunal d'appliquer le principe d'interprétation conforme, à défaut d'écarter l'application du IV de l'article 148 de la loi du 7 décembre 2020, sinon de déclarer illégale la décision de dispense d'évaluation environnementale ;

- le choix d'ouvrir à l'urbanisation quatre nouveaux secteurs de la commune est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des capacités du service d'eau potable ; il y a incohérence entre l'analyse énoncée dans le rapport de présentation quant au réseau d'eau et le choix d'ouvrir à l'urbanisation quatre nouveaux secteurs, dès lors que les performances actuelles du réseau d'eau ne permettent pas de répondre aux besoins générés par l'augmentation projetée de la population et que la communauté de communes Vallée de l'Hérault n'a pas programmé de travaux d'amélioration de ses installations ;

- le rapport de présentation a été modifié après l'enquête publique en violation de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- l'orientation d'aménagement et de programmation du secteur des Cavaliers, qui ne s'accompagne pas d'un échéancier, est illégale au regard de l'article L. 151-6-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, la commune de Saint-Guiraud, représentée par Me Margall, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par lettre du 30 novembre 2023, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de faire application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et de surseoir à statuer dans l'attente de la régularisation du vice résultant de l'absence d'évaluation environnementale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'arrêt du Conseil d'Etat n°465248, 465249,465250,465251 du 12 juillet 2023 ;

Vu :

- la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 ;

- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne n° C-444/15 du 21 décembre 2016 ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2020-1525 du 7 décembre 2020 ;

- le décret n°2021-1345 du 13 octobre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- les observations de Me Aldigier, représentant M. B et autres, et celles de Me Télès, représentant la commune de Saint-Guiraud.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 12 janvier 2017, le conseil municipal de Saint-Guiraud a prescrit l'élaboration de son plan local d'urbanisme. Le projet de plan local d'urbanisme a été arrêté par délibération du 19 décembre 2019, après que la mission régionale d'autorité environnementale Occitanie ait décidé, après examen au cas par cas, que le projet d'élaboration de ce plan local d'urbanisme n'était pas soumis à l'évaluation environnementale. A l'issue de l'enquête publique qui s'est déroulée du 3 juin au 5 juillet 2021, le commissaire-enquêteur a donné un avis favorable. Par une délibération du 11 janvier 2022, le conseil municipal de Saint-Guiraud a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Par la présente requête, M. C B et autres demandent l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la nécessité d'une évaluation environnementale :

2. Aux termes de l'article 3 de la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 relative à l'évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l'environnement : " 1. Une évaluation environnementale est effectuée, conformément aux articles 4 à 9, pour les plans et programmes visés aux paragraphes 2, 3 et 4 susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement. () / 3. Les plans et programmes visés au paragraphe 2 qui déterminent l'utilisation de petites zones au niveau local et des modifications mineures des plans et programmes visés au paragraphe 2 ne sont obligatoirement soumis à une évaluation environnementale que lorsque les États membres établissent qu'ils sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement. () " Dans son arrêt du 21 décembre 2016 rendu dans l'affaire n° C-444/15 " Associazione Italia Nostra Onlus c/ Comune di Venezia et a ", la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit qu'" il y a lieu de constater que, par l'emploi de l'expression "petites zones au niveau local", d'une part, le législateur de l'Union a entendu prendre comme référence le cadre du ressort territorial de l'autorité locale qui a élaboré et/ou adopté le plan ou le programme concerné. D'autre part, dans la mesure où le critère de l'utilisation de "petites zones" doit être rempli en sus de celui de la détermination au niveau local, la zone concernée doit représenter, proportionnellement à ce ressort territorial, une faible taille ".

3. Aux termes de l'article 26 du décret du 13 octobre 2021 portant modification des dispositions relatives à l'évaluation environnementale des documents d'urbanisme et des unités touristiques nouvelles : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux procédures d'élaboration et de révision des plans locaux d'urbanisme pour lesquelles une décision de dispense d'évaluation environnementale, prise par l'autorité environnementale en application de l'article R. 104-28 du code de l'urbanisme, est intervenue avant son entrée en vigueur. Les autres procédures pour lesquelles une décision de l'autorité environnementale est intervenue en application de l'article R. 104-28 du code de l'urbanisme avant la date d'entrée en vigueur du présent décret restent régies par les dispositions antérieurement applicables ". Il ressort des pièces du dossier que la mission régionale d'autorité environnementale d'Occitanie a dispensé d'évaluation environnementale l'élaboration du plan local d'urbanisme de Saint-Guiraud par une décision du 7 janvier 2019, antérieure à l'entrée en vigueur du décret du 13 octobre 2021. Les dispositions de l'article R. 104-11 du code de l'urbanisme dans sa rédaction issue de ce décret étaient donc applicables en l'espèce. Aux termes de ces dispositions : " I. - Les plans locaux d'urbanisme font l'objet d'une évaluation environnementale à l'occasion : / 1° De leur élaboration (). ". Il en résulte qu'en ne procédant pas à une évaluation environnementale dans le cadre de l'élaboration de son plan local d'urbanisme la commune de Saint-Guiraud a méconnu les dispositions précitées.

4. En tout état de cause, si le point IV de l'article 148 de la loi du 7 décembre 2020 prévoit que son article 40, qui a modifié l'article L. 104-1 du code de l'urbanisme pour inclure les plans locaux d'urbanisme dans la liste des documents faisant l'objet d'une évaluation environnementale, a prévu qu'il ne serait applicable qu'aux procédures engagées après la publication de la loi, et qu'antérieurement, en application de l'article L. 104-2 alors en vigueur, seuls les plans locaux d'urbanisme qui étaient susceptibles d'avoir des effets notables sur l'environnement, au sens de l'annexe II à la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 relative à l'évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l'environnement, compte tenu notamment de la superficie du territoire auquel ils s'appliquent, de la nature et de l'importance des travaux et aménagements qu'ils autorisent et de la sensibilité du milieu dans lequel ceux-ci doivent être réalisés, devaient faire l'objet d'une évaluation environnementale, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, précisée par son arrêt C-444/15 du 21 décembre 2016 cité au point 2, que la notion de " petites zones au niveau local " figurant au paragraphe 3 de l'article 3 de la directive 2001/42/CE précité, lu en combinaison avec le considérant 10 de cette directive, doit être définie en référence à un plan ou programme élaboré par une autorité locale, par opposition à une autorité régionale ou nationale, et s'appliquant à une zone représentant, à l'intérieur du ressort territorial de l'autorité locale en question, une faible taille, proportionnellement à ce ressort territorial.

5. Les requérants sont par suite fondés à soutenir qu'en différant l'entrée en vigueur de l'article L. 104-1 du code de l'urbanisme issu de la loi du 7 décembre 2020 aux procédures prescrites après sa publication, de sorte que les élaborations prescrites antérieurement n'étaient seulement soumises à une évaluation environnementale qu'après un examen au cas par cas de leurs effets notables sur l'environnement, alors même que lesdits plans couvrent l'intégralité du ressort territorial de l'autorité locale compétente pour l'édicter, les dispositions du IV de l'article 148 de la loi du 7 décembre 2020 ne sont pas compatibles avec les objectifs de l'article 3 paragraphe 3 de la directive 2001/42/CE et doivent donc être écartés. Il en résulte alors qu'en application de l'article L. 104-1 du code de l'urbanisme dans sa rédaction issue de la loi du 7 décembre 2020, l'élaboration du plan local d'urbanisme de Saint-Guiraud en litige était soumise à évaluation environnementale.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'absence d'évaluation environnementale doit être accueilli.

En ce qui concerne l'ouverture à l'urbanisation de quatre nouveaux secteurs de la commune :

7. Le règlement du plan local d'urbanisme définit le caractère de la zone AU comme " à urbaniser à vocation principale d'habitat composée de 4 secteurs dont l'urbanisation devra être compatible avec les orientations d'aménagement et de programmation portées au PLU : secteurs AUI de Mas Aurieux, AU2 et AU3 des Succarels, desservis par le réseau collectif d'assainissement ; secteur AUa des Cavaliers non desservi par le réseau collectif d'assainissement et de ce fait soumis à des dispositions règlementaires spécifiques. ". Si les requérant font valoir que les performances actuelles du service public d'eau potable sont insuffisantes pour répondre aux besoins générés par l'ouverture à l'urbanisation de ces quatre secteurs, il ressort clairement tant du rapport de présentation que du règlement que l'ouverture à l'urbanisation de ces secteurs est conditionnée à la validation par la communauté de communes Vallée de l'Hérault, autorité compétente, de sa capacité à en assurer l'alimentation en eau potable par une ressource autorisée en quantité suffisante et qu'un phasage dans le temps de l'ouverture à l'urbanisation de ces zones est également prévu. Dans ces conditions, en prévoyant l'ouverture à l'urbanisation sous de telles conditions la zone AU contestée, le conseil municipal n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : () 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8. ". Il ressort des pièces du dossier que, comme le soutiennent les requérants, le rapport de présentation approuvé par le conseil municipal ne contient plus les éléments développés dans le point 6.1.3 consacré au " schéma directeur d'alimentation en eau potable : bilan besoins ressources " qui figurait dans le rapport de présentation soumis à enquête publique au chapitre II consacré à l'état initial de l'environnement. Toutefois, ces développements, qui figuraient également, à l'identique, dans le chapitre V consacré aux " effets et incidences de la mise en œuvre du plan local d'urbanisme sur l'environnement et prise en compte de sa préservation et de sa mise en valeur ", au point 3-1 " incidences sur l'alimentation en eau potable ", ont bien été maintenus dans le rapport de présentation approuvé par la délibération contestée. Par suite et alors qu'en outre aucune modification n'a été apportée tant dans le zonage que dans le règlement du plan local d'urbanisme, cette suppression d'un doublon ne peut être regardée comme constituant une modification effectuée en méconnaissance de l'article L. 153-21 précité. Le moyen invoqué doit donc être écarté.

9. Enfin, l'article L. 151-6-1 du code de l'urbanisme, qui prévoit notamment que les orientations d'aménagement et de programmation définissent un échéancier prévisionnel d'ouverture à l'urbanisation, a été créé par le I de l'article 199 de la loi n°2021-1104 du 22 août 2021, dont le II prévoit qu'il n'est pas applicable " aux plans locaux d'urbanisme en cours d'élaboration, de révision ou de modification dont les projets ont été arrêtés avant la promulgation de ladite loi ". Dès lors que le plan local d'urbanisme de Saint-Guiraud a été arrêté le 19 décembre 2019, les dispositions de l'article L. 151-6-1 du code de l'urbanisme ne lui sont pas applicables. Le moyen tiré de leur méconnaissance est par suite inopérant et doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et autres sont seulement fondés à soutenir que la délibération du 11 janvier 2022 par laquelle le conseil municipal de Saint-Guiraud a approuvé son plan local d'urbanisme est illégale en l'absence d'évaluation environnementale.

Sur l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme :

11. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : / () 2° En cas d'illégalité pour vice de forme ou de procédure, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité a eu lieu, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, après le débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. / Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. () ".

12. L'illégalité relevée aux points 2 à 6 du présent jugement, relative au défaut d'évaluation environnementale, constitue un vice de procédure susceptible d'être régularisé dès lors que la décision du 7 janvier 2019 dispensant le projet d'évaluation environnementale est intervenue postérieurement au débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables qui s'est déroulé le 18 octobre 2018. Les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur l'éventuelle mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme. En conséquence, il y a lieu pour le tribunal de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête présentée par M. B et autres, tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas statué par le présent jugement étant réservés jusqu'en fin d'instance, pendant un délai de dix mois à compter de la notification du présent jugement, afin de permettre à la commune de Saint-Guiraud de procéder à la régularisation de cette illégalité en faisant réaliser une évaluation environnementale, avec les conséquences qui en découlent.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité de la délibération du 11 janvier 2022 du conseil municipal de Saint-Guiraud jusqu'à l'expiration du délai fixé à l'article 2 du présent jugement.

Article 2 : Le délai imparti à la commune pour procéder à la régularisation de l'illégalité relevée par le présent jugement et en informer le tribunal est de dix mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, représentant unique désigné, et à la commune de Saint-Guiraud.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. H

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 décembre 2023.

La greffière,

M. H

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