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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201256

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201256

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDUHIL DE BENAZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 mars 2022, le 5 avril 2022 et le 10 juin 2022, M. A B, représenté par Me Duhil de Bénazé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2021 par lequel le maire de la commune de Gigean a refusé d'accorder un permis de construire pour la réalisation d'un bâtiment agricole, ensemble la décision implicite rejetant le recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de délivrer le permis de construire sollicité, ou à défaut de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Gigean la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté :

- a été pris par une autorité qui n'est pas clairement identifiée en ce qu'il comporte à la fois le nom du maire et de son adjoint ;

- a été pris sur un motif illégal tenant à l'absence alléguée de pièce de nature à établir sa qualité d'exploitant agricole, alors qu'il revenait au maire de solliciter des informations complémentaires ; en l'absence de demande de pièces complémentaires, son dossier doit être considéré complet ;

- est illégal en ce que la commune n'avait pas le droit d'exiger la démonstration de sa qualité pour obtenir un permis de construire, ni la démonstration de la nature de l'exploitation et en ce qu'il n'existe aucun texte qui oblige le pétitionnaire à démontrer la nécessité fonctionnelle de réaliser un hangar agricole au regard de son activité effective ;

- les motifs dont il est demandé la substitution sont eux-mêmes illégaux :

- en ce qui concerne la méconnaissance de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme, le PC aurait être pu être assorti d'une prescription tendant à ce que la faible pente de la toiture soit compensée par une remontée d'acrotère équivalente à la hauteur du faîtage ; par un tel motif, il a été privé d'une garantie procédurale ;

- en ce qui concerne la méconnaissance de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, si la voie est effectivement étroite, elle n'empêche pas l'accès des véhicules d'incendie et de secours d'autant que cette voie mène à un massif boisé ; par ailleurs, la voie n'est pas bordée de fossé, si bien que le passage praticable est plus important.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 avril 2022 et le 22 avril 2022, la commune de Gigean, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut, dans le dernier état de ses écritures au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, elle sollicite que les deux motifs tirés de la méconnaissance de l'article 3 et 11 du règlement du plan local d'urbanisme pour la zone A soient substitués au motif opposé par l'arrêté attaqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E ;

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Duhil de Bénazé, représentant M. B ;

- et les observations de Me Becquevort, représentant la commune de Gigean.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 9 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé le 25 juin 2021 un dossier de permis de construire pour la réalisation sur la parcelle cadastrée section 113 AD 19 sur la commune de Gigean d'un bâtiment agricole d'une surface de plancher de 342 m2. Par un arrêté du 20 août 2021, le maire de la commune de Gigean a refusé d'accorder le permis de construire sollicité. M. B a exercé un recours gracieux le 12 novembre 2021 qui n'a pas fait l'objet de réponse dans le délai de deux mois faisant naître une décision implicite de rejet. Par un courrier du 14 février 2022, le maire de la commune a expressément rejeté le recours gracieux. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 20 août 2021 refusant d'accorder le permis de construire ainsi que la décision implicite de son recours gracieux.

Sur l'étendue du litige :

2. Les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite de rejet du recours gracieux née le 12 janvier 2022 doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 14 février 2022 qui s'y est substituée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué fait clairement mention de son auteur par l'apposition du tampon " M. C D, adjoint au maire délégué à l'urbanisme ", et de sa signature. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas possible d'identifier l'auteur de l'arrêté du 20 août 2021 doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Gigean, relatif aux occupations et utilisations du sol soumis à des conditions particulières : " Sous réserve de ne pas porter atteinte ni à la vocation agricole de la zone, ni la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétiques, historique ou écologique, sont autorisés : dans l'ensemble de la zone A : () sont admis les constructions à usages d'entrepôt, les affouillements ou exhaussements de sol, à condition d'être nécessaires à la réalisation d'un projet agricole () ".

6. Le lien de nécessité prévu aux dispositions précitées, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projetée. Il s'ensuit que la seule qualité d'exploitant agricole du pétitionnaire ne suffit pas à caractériser un tel lien.

7. Il ressort des pièces du dossier que la notice descriptive du permis de construire indiquait que le bâtiment à créer comprendra en rez-de-chaussée un hangar agricole, un garage et un atelier et à l'étage une mezzanine partielle pour stocker du matériel agricole léger et des " aliments " pour une surface de plancher créée d'environ 350 m2. Au regard de cette description et des insertions graphiques dans son environnement, un tel bâtiment a un usage majoritairement d'entrepôt. Ensuite, s'il est exact que M. B ne précisait pas la nature de son activité dans sa demande de permis de construire, le requérant produit à l'instance les justificatifs de sa qualité d'exploitant agricole ainsi que des justificatifs de son activité de viticulteur, notamment le récapitulatif des assolements au titre de la politique agricole commune de 2021 qui indique une surface exploitée de de 5,38 hectares en production et 1,60 hectares en non production ainsi qu'un courrier de la cave coopérative des vignerons Montagnac Domitienne confirmant son adhésion depuis 2017. Toutefois, si M. B indique avoir repris l'activité familiale en 2017 tout en indiquant que l'entrepôt actuel se situe en plein cœur du village au domicile de sa mère, les pièces qu'il produit ne permettent pas d'établir ses besoins réels de stockage ainsi que la nécessité d'un bâtiment de 350 m2 avec un étage, si bien que la surface prévue apparait disproportionnée par rapport à son activité de culture de vigne. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le maire de la commune aurait fait une inexacte application des dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme pour refuser d'accorder le permis de construire sollicité.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de motifs sollicitée par la commune de Gigean.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Gigean, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B le versement d'une quelconque somme à la commune de Gigean sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B et à la commune de Gigean.

Délibéré après l'audience du 05 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

N. E

La présidente,

F. CorneloupLa greffière,

M. F

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 19 octobre 2023,

La greffière,

M. F

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