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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201339

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201339

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2022, M. B A et le GAEC Domaine B A, représentés par la SCP CGCB et Associés, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 11 janvier 2022 par laquelle le conseil municipal de Saint-Guiraud a approuvé son plan local d'urbanisme ;

2°) de condamner la commune de Saint-Guiraud à leur verser une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- ils ont intérêt à agir compte tenu des contraintes imposées à la constructibilité de leurs terrains par le document approuvé ;

- la délibération est entachée d'un vice de procédure compte tenu du non-respect du délai de convocation des conseillers municipaux prévu par l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales, privant ceux-ci d'une garantie ;

- la délibération est illégale compte tenu de l'absence d'évaluation environnementale, en violation de l'article R. 104-11 du code de l'urbanisme dans sa version issue du décret n°2021--1345 du 13 octobre 2021 ;

- la modification apportée au règlement de la zone A relative à l'interdiction de toute construction à moins de 50 mètres d'un espace boisé classé est illégale dès lors qu'elle ne procède pas de l'enquête publique et qu'elle est en outre entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, la commune de Saint-Guiraud, représentée par Me Margall, conclut au non-lieu à statuer sur la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la commune a modifié le contenu de son plan local d'urbanisme par délibération du 5 juillet 2022 de sorte qu'un non-lieu à statuer s'impose ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Une pièce, enregistrée le 13 novembre 2023, a été produite par la commune en réponse à une mesure d'instruction.

Par lettre du 30 novembre 2023, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de faire application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et de surseoir à statuer dans l'attente de la régularisation du vice résultant de l'absence d'évaluation environnementale.

En réponse, une lettre d'observations, enregistrée le 6 décembre 2023, qui n'a pas été communiquée, a été présentée pour la commune.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'arrêt du Conseil d'Etat n°465248, 465249,465250,465251 du 12 juillet 2023 ;

Vu :

- la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 ;

- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne n° C-444/15 du 21 décembre 2016 ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2020-1525 du 7 décembre 2020 ;

- le décret n°2021-1345 du 13 octobre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- les observations de Me Aldigier, représentant M. A et autre, et celles de Me Télès, représentant la commune de Saint-Guiraud.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 12 janvier 2017, le conseil municipal de Saint-Guiraud a prescrit l'élaboration de son plan local d'urbanisme. Le projet de plan local d'urbanisme a été arrêté par délibération du 19 décembre 2019, après que la mission régionale d'autorité environnementale Occitanie ait décidé, après examen au cas par cas, que le projet d'élaboration de ce plan local d'urbanisme n'était pas soumis à l'évaluation environnementale. A l'issue de l'enquête publique qui s'est déroulée du 3 juin au 5 juillet 2021, le commissaire-enquêteur a donné un avis favorable. Par une délibération du 11 janvier 2022, le conseil municipal de Saint-Guiraud a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Par la présente requête, M. B A et le GAEC Domaine B A demandent l'annulation de cette délibération.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. La circonstance que par délibérations du 5 juillet 2022 le conseil municipal de Saint-Guiraud ait rapporté partiellement la délibération contestée du 11 janvier 2022 et ré-approuvé son plan local d'urbanisme, avec certaines modifications, dont il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier qu'elles porteraient sur la disposition du règlement de la zone A contestée par les requérants, n'est pas de nature à rendre sans objet les conclusions de la présente requête qui tendent à l'annulation totale du document approuvé par la délibération contestée. L'exception de non-lieu à statuer évoquée en défense doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la nécessité d'une évaluation environnementale :

3. Aux termes de l'article 3 de la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 relative à l'évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l'environnement : " 1. Une évaluation environnementale est effectuée, conformément aux articles 4 à 9, pour les plans et programmes visés aux paragraphes 2, 3 et 4 susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement. () / 3. Les plans et programmes visés au paragraphe 2 qui déterminent l'utilisation de petites zones au niveau local et des modifications mineures des plans et programmes visés au paragraphe 2 ne sont obligatoirement soumis à une évaluation environnementale que lorsque les États membres établissent qu'ils sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement. () " Dans son arrêt du 21 décembre 2016 rendu dans l'affaire n° C-444/15 " Associazione Italia Nostra Onlus c/ Comune di Venezia et a. ", la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit qu'" il y a lieu de constater que, par l'emploi de l'expression "petites zones au niveau local", d'une part, le législateur de l'Union a entendu prendre comme référence le cadre du ressort territorial de l'autorité locale qui a élaboré et/ou adopté le plan ou le programme concerné. D'autre part, dans la mesure où le critère de l'utilisation de "petites zones" doit être rempli en sus de celui de la détermination au niveau local, la zone concernée doit représenter, proportionnellement à ce ressort territorial, une faible taille ".

4. Aux termes de l'article 26 du décret du 13 octobre 2021 portant modification des dispositions relatives à l'évaluation environnementale des documents d'urbanisme et des unités touristiques nouvelles : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux procédures d'élaboration et de révision des plans locaux d'urbanisme pour lesquelles une décision de dispense d'évaluation environnementale, prise par l'autorité environnementale en application de l'article R. 104-28 du code de l'urbanisme, est intervenue avant son entrée en vigueur. Les autres procédures pour lesquelles une décision de l'autorité environnementale est intervenue en application de l'article R. 104-28 du code de l'urbanisme avant la date d'entrée en vigueur du présent décret restent régies par les dispositions antérieurement applicables ". Il ressort des pièces du dossier que la mission régionale d'autorité environnementale d'Occitanie a dispensé d'évaluation environnementale l'élaboration du plan local d'urbanisme de Saint-Guiraud par une décision du 7 janvier 2019, antérieure à l'entrée en vigueur du décret du 13 octobre 2021. Les dispositions de l'article R. 104-11 du code de l'urbanisme dans sa rédaction issue de ce décret étaient donc applicables en l'espèce. Aux termes de ces dispositions : " I. - Les plans locaux d'urbanisme font l'objet d'une évaluation environnementale à l'occasion : / 1° De leur élaboration (). ". Il en résulte qu'en ne procédant pas à une évaluation environnementale dans le cadre de l'élaboration de son plan local d'urbanisme la commune de Saint-Guiraud a méconnu les dispositions précitées. Le moyen tiré de l'absence d'évaluation environnementale doit donc être accueilli.

En ce qui concerne les autres moyens :

5. Aux termes de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. () ". Les requérants qui se bornent à affirmer que le délai de convocation prévu par les dispositions précitées, applicables à la commune de Saint-Guiraud, n'a pas été respecté, n'assortissent leur moyen d'aucune précision pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et ne l'ont pas complété à la suite de la communication du mémoire en défense de la commune. En tout état de cause il résulte des mentions figurant sur la délibération contestée que les conseillers municipaux ont été convoqués le 3 janvier 2023 soit plus de trois jours francs avant celui de la réunion du 11 janvier 2023. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales doit dès lors être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme, applicable aux procédures d'élaboration, alors que l'article L. 153-43 du même code cité par les requérants s'applique aux seules procédures de modification : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : () 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8.". Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations de la commission d'enquête ou du commissaire enquêteur, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

7. Il ressort des pièces du dossier que, si, postérieurement à l'enquête publique, le règlement de la zone A du document approuvé a été complété pour prévoir, au " I - destination des constructions, usage des sols et nature d'activités ", " I-1 Usages, affectations des sols, constructions et activités interdites ou soumises à condition ", que dans la zone A : " Toute nouvelle construction est interdite à moins de 50 mètres de tout espace boisé et en zone d'aléa feu de forêt de niveau moyen ou fort, exception faite des installations et constructions de service public ou d'intérêt collectif autorisées sous conditions ci-après. ", cette modification résulte directement de l'avis de synthèse des services de l'Etat transmis au maire par le préfet de l'Hérault le 17 mars 2020 et ne remet pas en cause l'économie générale du projet, ce qui n'est d'ailleurs pas allégué. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette modification a été faite en méconnaissance de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.

8. Si les requérants soutiennent que cette disposition du règlement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle s'applique à tout espace boisé et pas seulement aux seuls massifs boisés présentant un risque pour la sécurité publique, ils n'assortissent pas leur moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette disposition ne peut dès lors qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A et autre sont seulement fondés à soutenir que la délibération du 11 janvier 2022 par laquelle le conseil municipal de Saint-Guiraud a approuvé son plan local d'urbanisme est illégale en l'absence d'évaluation environnementale.

Sur l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme :

10. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : / () 2° En cas d'illégalité pour vice de forme ou de procédure, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité a eu lieu, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, après le débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. / Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. () ".

11. L'illégalité relevée aux points 3 et 4 du présent jugement, relative au défaut d'évaluation environnementale, constitue un vice de procédure susceptible d'être régularisé dès lors que la décision du 7 janvier 2019 dispensant le projet d'évaluation environnementale, est intervenue postérieurement au débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables qui s'est déroulé le 18 octobre 2018. Les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur l'éventuelle mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme. En conséquence, il y a lieu pour le tribunal de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête présentée par M. A et autre, tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas statué par le présent jugement étant réservés jusqu'en fin d'instance, pendant un délai de dix mois à compter de la notification du présent jugement, afin de permettre à la commune de Saint-Guiraud de procéder à la régularisation de cette illégalité en faisant réaliser une évaluation environnementale, avec les conséquences qui en découlent.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité de la délibération du 11 janvier 2022 du conseil municipal de Saint-Guiraud jusqu'à l'expiration du délai fixé à l'article 2 du présent jugement.

Article 2 : Le délai imparti à la commune pour procéder à la régularisation de l'illégalité relevée par le présent jugement et en informer le tribunal est de dix mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, représentant unique désigné, et à la commune de Saint-Guiraud.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 décembre 2023

La greffière,

M. C

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