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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201442

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201442

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2022, Mme B C, représentée par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 21 janvier 2022, portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixant le pays de renvoi.

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante ou en qualité de salariée ; subsidiairement de réexaminer sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;

3) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour elle de renoncer à la part contributive de l'Etat pour l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le refus de séjour ne vise pas l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il se limite à l'examen de sa demande, présentée à titre principal, tendant au renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante, sans motiver le refus de l'orienter sur la procédure applicable à sa demande subsidiaire tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée ;

- le refus de titre de séjour en qualité d'étudiante méconnaît l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de titre de séjour en qualité de salariée est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête ;

Il sollicite une substitution de base légale dès lors que le refus peut régulièrement se fonder sur les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et que les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mai 2022.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 juin 2022:

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Mazas, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née le 21 février 1992, est entrée sur le territoire français le 17 mai 2017 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjointe de français, renouvelé jusqu'au 3 mai 2020. Elle a sollicité, le 10 août 2020, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 4 décembre 2020, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par un jugement n° 2100703 du 8 avril 2021, le tribunal de céans a annulé cet arrêté pour erreur de droit. Par un nouvel arrêté du 21 janvier 2022, le préfet de l'Hérault a pris à son encontre un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. La seule circonstance que le refus de séjour attaqué ne mentionne pas les dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, régissant le changement de statut de " vie privée et familiale " à " salarié " n'est pas, en l'absence de disposition expresse prévoyant une telle mention, et dès lors que la requérante sollicite à titre principal la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, de nature à entacher ce refus d'irrégularité. Le moyen tiré de ce que cette décision n'est pas motivée en droit ne peut donc qu'être écarté.

3. Il est constant que le refus contesté fait suite au réexamen de la demande de titre de séjour prescrit par le tribunal dans son jugement précité du 8 avril 2021. Si le préfet a, conformément aux motifs retenus par ce jugement, prioritairement examiné la demande de l'intéressée en qualité d'étudiante, il ressort des termes de la décision attaquée que cette autorité a par ailleurs examiné sa demande en qualité de salariée en relevant qu'elle n'en remplissait pas les conditions au regard des dispositions combinées des articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles R. 5221-2, R. 5221-20 et suivants du code du travail. Par suite, alors que, par ailleurs, le préfet a par un courriel du 18 octobre 2021 renseigné la requérante sur la procédure à suivre pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet de sa demande doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain visé ci-dessus : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Par ailleurs, l'article 9 du même accord stipule : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Enfin, selon l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1o Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2o Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail " et l'article R. 5221-2 du même code : " Sont dispensés de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-1 : () 4° Le titulaire de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "vie privée et familiale", délivrée en application des articles L. 423-1, L. 423-2, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-1, L. 425-6, L. 425-9, L. 426-5, L. 433-4, L. 433-5 et L. 433-6 du même code ou du visa de long séjour valant titre de séjour mentionné aux 6° et 15° de l'article R. 431-16 du même code ; () ".

5. Il résulte des stipulations précitées de l'article 9 de l'accord franco-marocain que l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France dont la situation est régie par l'article 3 de cet accord. Par suite, l'arrêté contesté ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

6. Aux termes de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'une première carte de séjour pluriannuelle dans les conditions prévues au présent article, il doit en outre justifier du respect des conditions prévues au 1° de l'article L. 433-4.Le présent article ne s'applique pas aux titres de séjour prévus aux articles L. 421-2 et L. 421-6. "

7. La circonstance que Mme C était précédemment en possession d'un titre de séjour en qualité de conjointe de français qui l'autorisait à exercer un emploi en France ne dispensait pas son employeur de saisir le préfet d'une demande d'autorisation de travail, compte tenu de l'expiration de la validité de son titre de séjour à compter du 3 mai 2020. Par suite, l'erreur de droit invoquée pour ce motif ne peut être accueillie.

8. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Pour l'application de ses dispositions, le préfet peut opposer l'insuffisance de sérieux et de cohérence des études lors d'une première demande de carte de séjour en qualité d'étudiant.

9. Il est constant que la demande de titre de séjour en qualité d'étudiante a été déposée par Mme C le 10 août 2020 alors qu'elle était en situation irrégulière. Il s'ensuit qu'elle devait être regardée comme une première demande soumise, s'agissant des études, à la réalité du suivi d'un enseignement en France. La requérante ne peut donc utilement se prévaloir du sérieux de son parcours depuis sa réorientation en langues étrangères appliquées, qui est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Enfin et dès lors qu'aucune nécessité liée au déroulement des études n'est alléguée, le moyen invoqué doit être écarté.

10. Mme C a joint à sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiante une attestation de formation d'assistance maternelle dispensée par le Greta de Montpellier à compter du 14 septembre 2020 ainsi qu'une attestation d'inscription à un diplôme universitaire " didactique de français langue étrangère " pour l'année universitaire 2021-2022. Il est toutefois constant que la requérante est titulaire d'une licence " sciences de la terre et de l'univers " obtenue dans son pays d'origine en 2015. Il s'ensuit que le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit et d'appréciation en estimant qu'au regard de son cursus et des changements d'orientation ainsi opérés, son projet d'études supérieures ne présentait pas à la date de sa décision, de corrélation entre ces différentes formations et que son parcours professionnel ne pouvait être regardé comme cohérent.

11. Mme C n'allègue pas que son admission répondrait à des considérations humanitaires et ne fait valoir aucun motif exceptionnel.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions présentées par Mme C, tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 21 janvier 2022, portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixant le pays de renvoi, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37-2 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le rapporteur,

A. A Le président,

D. Besle

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er juillet 202La greffière,

C. Arce

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