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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201452

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201452

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2022, M. C A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Ruffel, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- la délégation consentie à M. B revêt un caractère trop général entachant l'arrêté d'un vice d'incompétence ;

- une erreur de droit entache la décision, prise au motif que son maintien sur le territoire français après une première décision de refus de séjour devait faire regarder sa demande comme une première demande soumise à visa de long séjour, alors qu'il n'a pas eu connaissance de la décision prise par le préfet de la Sarthe le 31 mai 2021 ;

- le préfet de l'Hérault a méconnu l'étendue de son pouvoir de régularisation et entaché la décision d'un défaut d'examen réel et sérieux en ne prenant pas en compte l'existence d'un visa de long séjour et d'une inscription en Master 2 ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'inscrit en Master 2, il peut prétendre à l'obtention d'un diplôme de niveau bac+5, et au vu du contexte sanitaire particulier advenu dès son arrivée en mars 2020 et de l'accomplissement d'une mission de service civique du 1er mars au 31 août 2020.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

- sa situation justifiait que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours permettant l'obtention, à l'issue de l'année universitaire en cours, d'un diplôme de master II.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe, rapporteure,

- les observations de Me Brulé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 2 décembre 1995, est entré en France sous couvert d'un visa de long séjour valable du 1er mars au 1er octobre 2020. Il a sollicité, le 21 septembre 2021, un titre de séjour en qualité d'étudiant auprès du préfet de la Sarthe, qui a rejeté sa demande par arrêté du 31 mai 2021 en assortissant son refus d'une obligation de quitter le territoire français. M. A a présenté une nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étudiant le 26 octobre 2021 après du préfet de l'Hérault. Il demande au tribunal l'annulation des décisions du 17 décembre 2021 par lesquelles le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-I-809 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 106 du 19 juillet 2021, le préfet de l'Hérault a accordé à M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault, une délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault (), à l'exception, d'une part des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation en temps de guerre, d'autre part de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique./ A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature, qui, compte tenu des exceptions qu'elle prévoit, n'est pas d'une portée trop générale, habilitait ainsi M. B à signer l'arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français pris à l'encontre de M. A.

3. En deuxième lieu, l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 422-1 de ce code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que durant le temps de validité de son visa de long séjour, M. A a effectué un service civique du 1er mars au 31 août 2020 au sein du centre social d'Arnage, puis a présenté une demande de titre de séjour, rejetée le 31 mai 2021 par le préfet de la Sarthe, qui a édicté une obligation de quitter le territoire français. Son visa de long séjour était expiré au jour du dépôt de sa demande de titre de séjour auprès du préfet de l'Hérault. C'est donc sans commettre d'erreur de droit que ce dernier a considéré que M. A ne remplissait pas, à la date de sa décision, la condition de détenir un visa de long séjour pour obtenir la délivrance de plein droit d'un titre de séjour " étudiant ".

5. En troisième lieu, si M. A soutient n'avoir pas été destinataire de la décision de refus de séjour émanant du préfet de la Sarthe, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision du préfet de l'Hérault, lequel justifie, au surplus, que l'arrêté du préfet de la Sarthe a été expédié à l'adresse connue de l'intéressé et a été retournée à l'expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé ".

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France pour l'accomplissement d'un service civique, s'est inscrit en octobre 2021 à l'école de commerce Keyce Academy, en deuxième année de Master II " management des affaires internationales ", sans avoir réitéré les démarches pour obtenir un visa de long séjour lui permettant de séjourner en qualité d'étudiant et après avoir fait l'objet d'une décision de refus de séjour et d'éloignement. S'il se prévaut des conséquences de la crise sanitaire, c'est sans préciser en quoi celle-ci aurait influé sur son séjour en France. L'arrêté attaqué ne s'oppose pas à ce que M. A poursuive des études en un autre lieu, ni à ce qu'il reprenne, ultérieurement, des études dans des conditions de séjour régulières. Dès lors, c'est sans méconnaître l'étendue de son pouvoir de régularisation, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé que le préfet de l'Hérault a pris à son encontre l'arrêté contesté, portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "

8. Pour les mêmes motifs qui viennent d'être exposé au point 6, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet de l'Hérault n'a pas étendu le délai de départ volontaire, accordé à l'intéressé pour une durée de trente jours.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La rapporteure,

S. Crampe

Le président,

D. BesleLa greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er juillet 2022.

La greffière,

C. Arce

lr

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