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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201459

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201459

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantVIALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2022, Mme D C, représentée par Me Viale, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 22 février 2022, portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixant le pays de renvoi ;

2) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;

3) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour lui de renoncer à la part contributive de l'Etat pour l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la réalité de sa vie privée et familiale, et notamment de sa vie commune avec M. B et de son insertion sociale.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 juin 2022:

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Viale, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante russe née 28 décembre 1992, est entrée en France le 2 mars 2020 sous couvert de son passeport et d'un visa de court séjour valable jusqu'au 21 juillet 2020. Eu égard à la pandémie du Covid-19, l'intéressée s'est vue délivrer, à l'expiration de son visa, deux autorisations provisoires de séjour par le préfet du Var jusqu'au 21 octobre 2020, puis par le préfet de l'Hérault jusqu'au 31 mai 2021. Ayant conclu le 7 mai 2021 un pacte civil de solidarité (PACS) avec un ressortissant français, elle a sollicité le 3 janvier 2022 le bénéfice d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 22 février 2022, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-I-725 du 18 juin 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département sous réserve de certaines exceptions dont ne relève pas l'arrêté litigieux. Cette délégation, qui n'est pas trop générale, donnait compétence au signataire des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés en litige auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si l'arrêté attaqué mentionne que la requérante est entrée sur le territoire français le 2 mars 2020 munie d'un visa valable du 24 avril au 22 juillet 2020, le préfet n'a pas entendu par ces termes, contrairement à ce que soutient la requérante, lui opposer une entrée irrégulière sur le territoire. En tout état de cause, le préfet de l'Hérault a renouvelé les précédentes autorisations provisoires de séjour délivrées par le préfet du Var jusqu'au 31 mai 2021. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Mme C se prévaut de son insertion sociale et de sa relation, nouée depuis le 28 mai 2020 avec un ressortissant français avec lequel elle justifie d'une adresse commune depuis le 20 octobre 2020 et a conclu un PACS le 7 mai 2021. Toutefois, la présence de l'intéressée en France est récente et il est constant que son maintien sur le territoire au-delà de la date d'expiration de son visa à compter du 21 juillet 2020, est lié à l'épidémie du Covid 19. S'il est indéniable que la communauté de vie entre Mme C et M. B est sincère, ainsi qu'il ressort des nombreuses attestations produites, et que la requérante produit une promesse d'embauche et une promesse de partenariat, les liens personnels et familiaux en France de la requérante, qui a résidé dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-huit ans, ne sont pas suffisamment anciens et stables à la date de la décision attaquée. Il s'ensuit, alors que par ailleurs, Mme C ne justifie pas de son entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour, que le préfet de l'Hérault n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 février 2022, dont la légalité s'apprécie à la date à laquelle il a été pris, doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le rapporteur,

A. A Le président,

D. BesleLa greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er juillet 2022.

La greffière,

C. Arce

dl

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