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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201520

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201520

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mars et 19 juin 2022, M. C A, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet de l'Hérault du 24 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;

- dès lors qu'il n'est âgé que de 17 ans, qu'il n'a pas été pénalement condamné pour faux et usage de faux et que l'ordonnance de placement provisoire prise par le juge pour enfant le 4 mars 2021 est toujours applicable, le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'obligeant à quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale l'interdiction de retour ;

- la décision énonçant l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'interdiction de retour sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen, tiré de l'atteinte disproportionnée portée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'est pas fondé ;

- le requérant, né le 29 octobre 2004, a bénéficié indûment d'une prise en charge par les services de l'aide sociale en déclarant une fausse identité ; il a fait l'objet d'un rappel à la loi pour tentative d'escroquerie et est l'auteur d'un vol à l'arraché ;

- il ne justifie pas d'un motif exceptionnel ou de circonstances humanitaires de nature à autoriser son admission au séjour.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Bazin, représentant M. A.

Une note en délibéré, présentée pour M. A par Me Bazin, a été enregistrée le 20 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, serait entré en France en décembre 2020 selon ses déclarations. Ayant déclaré être né le 29 octobre 2004, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du 4 mars 2021. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 24 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté fait référence aux dispositions des 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et mentionne, d'une part, que M. A, arrivé en France démuni de tout document d'identité ou de voyage valide, ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, d'autre part, qu'ayant produit un acte de naissance laissant apparaître une fausse date de naissance, en minorant son âge de deux ans, ce qui lui a permis d'être pris en charge en qualité de mineur isolé, son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. L'arrêté énonce ainsi les éléments pertinents de la situation personnelle du requérant, par des mentions qui ne présentent pas un caractère stéréotypé. Ces indications ont permis au requérant de comprendre et de contester la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français. Cette décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de l'ensemble des éléments de la situation personnelle du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;/ () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; () ".

5. Si M. A soutient être âgé de moins de dix-huit ans à la date de l'arrêté contesté, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du rapport d'analyse documentaire établi le 22 mars 2022 par l'unité judiciaire et d'investigation de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Montpellier, que l'acte de naissance produit par l'intéressé, à l'appui de sa demande de prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, a été contrefait en tant qu'il mentionne le 29 octobre 2004 comme date de naissance, dès lors que la véritable date de naissance mentionnée sur l'acte de naissance délivré le 24 février 2022, transmis par les autorités algériennes, est le 29 octobre 2002. L'évaluation en faveur de la minorité, émanant de membres de l'association l'Avitarelle, dont se prévaut le requérant, n'est pas de nature à infirmer les résultats de l'enquête menée par les services de police sur la base de l'acte transmis par les autorités algériennes. Ainsi le requérant, âgé de plus de dix-huit ans à la date de l'arrêté contesté, qui est entré sur le territoire français sans être en possession d'un passeport revêtu d'un visa et qui s'y est maintenu sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, pouvait, pour ce seul motif, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, alors même qu'il continuerait d'être pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance en vertu de l'ordonnance de placement provisoire du 4 mars 2021.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire sans enfant, est entré récemment sur le territoire français, en décembre 2020 selon ses déclarations, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans en Algérie, où résident son père, son frère et sa sœur. Le requérant n'apporte aucun élément établissant la réalité et l'ancienneté de la relation amoureuse qu'il soutient entretenir avec une ressortissante française. Ainsi dans les circonstances de l'espèce, compte tenu notamment de durée et des conditions de son séjour en France, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne peut être regardée comme portant une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations précitées.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé du point 2 au point 7 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.

9. D'une part, le préfet a relevé que M. A est présent sur le territoire français depuis janvier 2021, qu'il a déclaré être célibataire sans enfant et ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, qu'il n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Contrairement à ce qui est soutenu, cette motivation, qui atteste de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par la loi, est suffisante.

10. D'autre part, le requérant ne se prévaut d'aucun motif humanitaire de nature à justifier qu'aucune interdiction de retour ne soit prononcée à son encontre. Sa présence sur le territoire national est récente et il n'y dispose pas d'attaches familiales. Il ressort des pièces du dossier qu'il a fait usage d'un acte de naissance contrefait et qu'il est l'auteur d'une escroquerie commise le 12 avril 2021 à Montpellier. Ainsi sa présence en France représente une menace pour l'ordre public. L'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée. Eu égard à ces éléments, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 24 mars 2022.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Besle, président,

- M. Verguet, premier conseiller,

- Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé :

H. BLe président,

Signé :

D. Besle

Le greffier,

Signé :

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 juillet 2022.

Le greffier,

S. Sangarésa

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