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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201668

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201668

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2022, Mme G A, née D, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2022 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement social présentée le 15 septembre 2021 dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation, à titre principal, de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'articles 37 de la loi du 10 juillet 1991, en contrepartie de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- faute de la régularité de la composition de la commission de médiation, la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;

- la commission a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'était pas en possession des documents qui lui ont été demandés ;

- la superficie de son logement, de 64 m², avec seulement deux chambres, ne permet pas d'accueillir les 7 personnes qui composent son foyer ;

- elle est attributaire de l'allocation aux adultes handicapés avec un taux d'incapacité de 80 % et de la carte mobilité inclusion " stationnement pour personnes handicapées " ; elle doit ainsi bénéficier d'un logement situé en rez-de-chaussée compte tenu de sa pathologie qui restreint son autonomie et limite ses déplacements ;

- la circonstance qu'elle occupe un logement social ne fait pas obstacle à ce qu'elle bénéficie de la procédure du droit au logement opposable et ses ressources ne lui permettent pas d'obtenir un logement dans le parc locatif privé.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 15 mars 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les observations de Me Llinares, représentant Mme A,

- les observations de Mme C pour le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a saisi la commission de médiation du département de l'Hérault afin que sa demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente. La commission a rejeté sa demande par une décision du 11 janvier 2022, dont la requérante, par la présente requête, demandent l'annulation

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si la requérante conteste la régularité de la composition de la commission de médiation de l'Hérault, le préfet de l'Hérault en défense justifie par les pièces qu'il produit de la régularité de la composition de la commission. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 () -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ". Enfin, aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

6. S'il est constant que Mme A n'a reçu aucune proposition de logement dans un délai anormalement long, il résulte de ce qui vient d'être exposé ci-dessus que la commission de médiation de l'Hérault pouvait, sans commettre d'erreur de droit, examiner la situation d'ensemble de la requérante au regard notamment des conditions dans lesquelles elle est logée.

7. Il ressort des motifs de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de Mme A, la commission de médiation de l'Hérault a retenu que, si la requérante est en situation de handicap avec un enfant mineur à charge et qu'elle avait régulièrement renouvelé sa demande de logement depuis plus de 36 mois, elle n'avait pas produit les pièces complémentaires qui lui avaient été demandées pour vérifier si les conditions réglementaires pour l'accès à un logement social étaient remplies, son dossier présentant des incohérences sur la composition de son foyer.

8. Mme A, qui soutient qu'elle ne disposait pas de ces documents lorsqu'ils lui ont été demandés par la commission de médiation, produit au dossier le contrat de bail établi à son seul nom le 6 février 2003 et la carte nationale d'identité délivrée le 20 février 2022 à M. B E. Elle produit en outre une attestation établie par ses soins le 29 mars 2022 selon laquelle elle héberge à titre gratuit l'intéressé, qu'elle dit être son concubin, sans toutefois produire de pièces probantes à l'appui de ses allégations. Les seuls documents ainsi versés au dossier ne permettent pas de justifier de la composition du foyer de sept personnes dont se prévaut la requérante, avec la présence de sa fille mineure, de sa fille majeure et son concubin ainsi que de M. E et ses deux filles mineures, qui permettrait d'établir que l'appartement de type T2 d'une surface habitable de 64 m² serait en situation de sur-occupation, la typologie du logement au regard du nombre de chambres dont il dispose n'en constituant pas un critère d'appréciation.

9. En outre, si Mme A soutient que le logement est inadapté à son handicap en raison de sa localisation au troisième étage d'un immeuble dépourvu d'ascenseur en faisant état des cartes mobilité inclusion les mentions " stationnement pour personnes handicapées " et " invalidité ou priorité ", le certificat médical que produit Mme A au dossier, établi le 18 février 2022 par un médecin généraliste, à sa demande, qui se borne à indiquer que " son état de santé justifie l'attribution d'un logement en rez-de-chaussée " n'est pas suffisamment circonstancié pour caractériser l'inaccessibilité du logement qu'elle occupe en raison des pathologies dont elle souffre et l'aggravation de son état de santé dont elle se prévaut dans ses écritures. Par ailleurs, la circonstance que Mme A ne dispose pas de ressources lui permettant de prétendre à un logement dans le parc locatif privé ne saurait conférer un caractère de priorité et d'urgence à sa demande.

10. Enfin, si la circonstance que Mme A est déjà logée dans le parc locatif social ne fait pas obstacle à ce qu'elle saisisse la commission de médiation au titre du droit au logement opposable, alors même qu'il lui est loisible de présenter une demande une mutation auprès de son bailleur social, il ressort des pièces du dossier que la commission de médiation aurait pris la même décision si elle n'avait pas retenu ce motif, dès lors qu'elle a procédé, au préalable, à l'examen de la situation de Mme A au regard des pièces qui lui étaient soumises, afin d'apprécier si son logement présentait les caractéristiques mentionnées à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation pour se prononcer sur la priorité et l'urgence de sa demande de logement.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée en date du 11 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de Mme A à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de la requête ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas à l'instance partie perdante, la somme demandée sur le fondement de cet article.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Bautes

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023

La magistrate désignée,

S. FLa greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 mars 2023,

La greffière,

L. Rocher0dl

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