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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201706

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201706

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201706
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL VPNG AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté comme manifestement irrecevable la requête de la SCI Caplealisa. Celle-ci demandait l'annulation d'un permis de construire et de son modificatif délivrés par le maire de Limoux à la société Bo Stone pour un ensemble commercial. Le tribunal a jugé que la SCI, bien que voisine immédiate, n'avait pas justifié d'un intérêt à agir suffisant, car elle n'a pas démontré en quoi le projet affecterait directement ses conditions d'occupation ou de jouissance de son bien, comme l'exige l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 avril 2022, 14 avril 2022, 29 septembre 2023 et 15 décembre 2023, la SCI Caplealisa, représentée par Me Courrech, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Limoux a délivré à la SAS Bo Stone un permis de construire un ensemble commercial comprenant deux bâtiments d'une surface de plancher de 1 565 m2 et d'un parking de quatre-vingt places sur une parcelle cadastrée section BE 0124 située Le Flassian - D 118 sur le territoire de la commune ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le maire de la commune de Limoux a délivré à la SAS Bo Stone un permis de construire modificatif ajustant le nombre d'arbres plantés sur l'assiette foncière du projet ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Limoux une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est recevable pour agir ;

- le permis initial a été signé par une autorité incompétente ;

- la notice et le plan de masse sont insuffisants en méconnaissance des articles R. 431-8 à R. 431-9 du code de l'urbanisme ;

- le dossier est incomplet au regard du a) et du b) de l'article R. 431-30 ainsi que de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article AUE 4 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article AUE 13 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet méconnaît les dispositions applicables à la zone Ri1 du plan de prévention des risques inondations applicable ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire modificatif ne répond pas à l'exigence d'une voie interne de retournement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 janvier 2023 et 21 décembre 2023, la société Bo Stone, représentée par Me Guin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit mise à la charge de la SCI Caplealisa.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt pour agir de la requérante et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 avril 2023 et 16 novembre 2023, la commune de Limoux, représentée par la SCP VPNG, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit mise à la charge de la SCI Caplealisa.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt pour agir de la requérante et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 novembre 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 21 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".

2. La société Bo Stone a déposé en mairie, le 27 juillet 2021, une demande de permis de construire en vue de la construction d'un ensemble commercial comprenant deux bâtiments d'une surface de plancher de 1 565 m2 en simple rez-de-chaussée, d'un parking de 80 places avec aménagement des voiries et espaces verts sur la parcelle cadastrée section BE 0124 située Le Flassian - D 118 sur le territoire de la commune de Limoux. Par un arrêté du 29 novembre 2021, le maire de la commune de Limoux lui a délivré le permis sollicité. Le recours gracieux de la SCI Caplealisa du 24 janvier 2022, notifié le 25 janvier 2022, a été rejeté par une décision expresse le 2 février 2022. Un permis modificatif a été accordé à la société Bo Stone le 19 octobre 2022 pour l'ajustement du nombre d'arbres plantés sur l'assiette foncière du projet. Par la présente requête, la SCI Caplealisa demande l'annulation de ces arrêtés.

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien et qu'il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction. Par ailleurs, en dehors du cas où les caractéristiques particulières de la construction envisagée sont de nature à affecter par elles-mêmes les conditions d'exploitation d'un établissement commercial, ce dernier ne justifie pas d'un intérêt à contester devant le juge de l'excès de pouvoir un permis de construire délivré à une entreprise concurrente, même située à proximité.

5. En l'espèce, pour justifier de son intérêt pour agir, la SCI Caplealisa, qui se prévaut de sa qualité de voisin immédiat en ce qu'elle est propriétaire d'une parcelle située de l'autre côté du boulevard du colonel A B et à une distance de moins de cent mètres de la voie d'accès à la parcelle objet du permis de construire, fait valoir que le projet sera visible depuis sa propriété et qu'il aura un impact sur la circulation sur le boulevard du colonel A B lequel n'est pas adapté pour accueillir du trafic supplémentaire. Toutefois, d'une part, la société requérante se borne à faire état de ce que sa parcelle se situe à proximité immédiate de la parcelle objet du projet qui est située sur le même boulevard et ne justifie d'aucun autre intérêt urbanistique. D'autre part, en dépit de ses allégations, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'un accroissement du trafic soit susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien au sens des dispositions précitées de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. A cet égard, les caractéristiques du boulevard du colonel A B, qui comprend deux voies de sorties donnant toutes deux sur des carrefours giratoires et qui est séparé par un terre-plein central, sont de nature à fluidifier le trafic. En outre, la voie d'accès à la parcelle objet du litige n'est pas du même côté de la voie qui dessert sa propriété, laquelle comprend d'ailleurs une autre voie de sortie située sur le carrefour giratoire donnant sur la départementale 118. Enfin, la société requérante, qui n'exploite pas les locaux commerciaux situés sur sa parcelle, ne fait état d'aucun élément relatif à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction pour justifier d'un intérêt à agir.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Limoux et la société Bo Stone, et de rejeter comme étant manifestement irrecevable la requête de la SCI Caplealisa, en toutes ses conclusions, en application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Caplealisa les sommes demandées par la commune de Limoux et par la société Bo Stone au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SCI Caplealisa est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Limoux et par la société Bo Stone au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Caplealisa, à la commune de Limoux et à la société Bo Stone.

Fait à Montpellier, le 17 octobre 2024.

La présidente de la 6ème chambre,

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 octobre 2024

Le greffier,

D. Lopez0dl

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