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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201745

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201745

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 avril 2022, M. C A, représenté par Me B, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le président du conseil départemental de l'Hérault sur son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a refusé de renouveler son contrat jeune majeur ;

2) d'enjoindre au conseil départemental de l'Hérault de le prendre en charge dans le cadre d'un contrat jeune majeur, au besoin sous astreinte ;

3) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation en ce que le département s'est uniquement fondé sur l'irrégularité de sa situation administrative, sans tenir compte de son rapport éducatif établi le 8 septembre 2021 par le service de l'aide sociale à l'enfance ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 111-2 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'elle est exclusivement fondée sur l'irrégularité de sa situation administrative sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son parcours personnel, du rapport éducatif établi par les services de l'aide sociale à l'enfance, de ses perspectives professionnelles, de son intégration dans la société française et de l'absence d'attaches dans son pays d'origine ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 1 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 7 février 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me B, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ghanéen, s'est présenté à l'hôtel de police le 25 septembre 2018 et, ayant déclaré être né le 26 avril 2002, a fait l'objet d'une mise à l'abri par le département de l'Hérault. L'évaluation réalisée le 5 octobre 2018 par l'association l'Avitarelle a retenu la minorité et la situation d'isolement de M. A. Le requérant a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance de l'Hérault par une décision du juge des enfants du 26 septembre 2019 durant sa minorité, jusqu'au 26 avril 2020. Il a, par la suite, bénéficié de trois contrats d'accueil provisoire jeune majeur du 26 avril 2020 au 30 septembre 2021. Le 22 septembre 2021, le département de l'Hérault a informé M. A que son contrat jeune majeur ne serait pas renouvelé et que sa prise en charge prendrait fin le 30 septembre 2021, décision confirmée implicitement à la suite du recours administratif préalable obligatoire formé par l'intéressé le 2 octobre 2021. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : 1° Des prestations d'aide sociale à l'enfance ; () ". Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () : 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article ".

3. Il résulte de l'instruction que, pour refuser à M. A, confié au service de l'aide sociale à l'enfance par décision du juge des enfants du 26 septembre 2019, le renouvellement de son contrat jeune majeur, le département s'est fondé sur le fait qu'une enquête sur son identité, diligentée par le procureur de la République, était toujours en cours, et qu'étant en situation irrégulière sur le territoire français, sa prise en charge ne pouvait être poursuivie. En fondant ainsi sa décision sur l'irrégularité du séjour de M. A, âgé de moins de vingt et un an à la date de la présente décision, le président du conseil départemental de l'Hérault a méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision rejetant son recours administratif préalable obligatoire.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

4. Le présent jugement implique nécessairement que le président du conseil départemental de l'Hérault se prononce à nouveau sur la demande de M. A tendant au renouvellement de son contrat jeune majeur dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dès lors, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1990. Il y a donc lieu, sous réserve que Me B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du conseil départemental de l'Hérault le versement à M B de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite portant rejet du recours administratif préalable obligatoire formé par M. A à l'encontre de la décision du 22 septembre 2021 refusant le renouvellement de son contrat jeune majeur est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de l'Hérault de se prononcer à nouveau sur la situation de M. A dans un délai deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le département de l'Hérault versera à Me B la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1990, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au département de l'Hérault et à Me B.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La magistrate désignée,

S. D La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 mars 2023,

La greffière,

L. Rocher lr

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