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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201810

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201810

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201810
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2022, M. D A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de l'Hérault en date du 30 juillet 2021 portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'ordonner la délivrance d'un titre de séjour en qualité de citoyen de l'Union européenne ou portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il revient au juge de demander la production de la décision attaquée ;

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence faute d'une délégation régulière de signature ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il bénéficie depuis 2015 de titres de séjour ou de récépissés l'autorisant à séjourner sur le territoire ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il réside en France avec sa femme depuis 2015 où il a travaillé et où résident également ses enfants.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère ;

- et les observations de Me Ruffel, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant italien né en 1957, a bénéficié de titres de séjours valables du 27 avril 2015 au 10 octobre 2017. Le préfet de l'Hérault produit la décision du 18 octobre 2017 par laquelle il a refusé de faire droit à la demande du 14 septembre 2017 de M. A tendant au renouvellement de son titre de séjour. Par une décision du 30 juillet 2021 le préfet a de nouveau refusé de délivrer à M. A un titre de séjour. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-01-813 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 106 du même jour, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, une délégation de signature " pour les matières relevant du ministère de l'intérieur ", et notamment pour " toute décision ayant trait à une mesure d'éloignement ". Mme B était ainsi habilitée à signer la décision refusant à M. A un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° () ". Aux termes de l'article R. 233-1 du même code : " () Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour ".

4. Aux termes de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. Les ressortissants de pays tiers, membres de famille, acquièrent également un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français à condition qu'ils aient résidé en France de manière légale et ininterrompue pendant les cinq années précédentes avec le citoyen de l'Union européenne mentionné au premier alinéa. Une carte de séjour d'une durée de validité de dix ans renouvelable de plein droit leur est délivrée ".

5. Les dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être interprétées conformément aux objectifs de la directive du 29 avril 2004 dont elles assurent la transposition et qui visent à la reconnaissance d'un droit au séjour permanent en France, des citoyens de l'Union ayant séjourné légalement pendant une période ininterrompue de cinq ans sur le territoire. Il résulte du paragraphe 1 de l'article 16 de cette directive, tel qu'interprété par l'arrêt C 424/10 et C 425/10 du 21 décembre 2011 de la Cour de justice de l'Union européenne, que le droit au séjour permanent, une fois qu'il a été obtenu, ne doit être soumis à aucune autre condition. Toutefois, la notion de séjour légal, qu'impliquent le terme " ayant séjourné légalement " doit s'entendre d'un séjour conforme aux conditions prévues par la directive et notamment celles énoncées à l'article 7 de celle-ci et reprises par les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault a opposé à M. A un refus de titre de séjour par une décision du 18 octobre 2017. La seule circonstance que l'intéressé ait pu bénéficier de récépissés de demande de carte de séjour, l'autorisant à séjourner sur le territoire du 10 octobre 2017 au 9 janvier 2018 puis du 5 décembre 2019 au 4 mars 2020 et enfin du 1er juillet 2021 au 30 septembre 2021 ne permet pas de conclure qu'il aurait séjourné en France pendant cinq années, de façon ininterrompue, et dans le respect des conditions fixées par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'essentiel des revenus de M. A, retraité, est constitué par l'allocation de solidarité aux personnes âgées qui constitue une prestation sociale non contributive de sorte que le requérant n'établit pas qu'il disposerait des ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assurance sociale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il est établi que M. A et son épouse, également ressortissante italienne, ont tous deux bénéficié de titres de séjour valables du 27 avril 2015 au 10 octobre 2017. S'ils produisent une attestation de contrat d'abonnement électrique pour une adresse française, datée de septembre 2021, cette pièce ne permet pas d'établir leur résidence habituelle en France depuis 2015. Par ailleurs, s'ils soutiennent que leurs enfants résident en France, ils versent aux débats le permis de séjour italien à durée illimitée ainsi que des bulletins de paie, établis en italien, d'un de leurs enfants et il ressort des pièces du dossier qu'un seul de leurs enfants, de nationalité italienne, a déclaré sur son passeport une résidence en France. Enfin, il ressort du relevé de carrière du requérant que ce dernier a travaillé en Italie de 1992 à 2008 alors que son activité professionnelle en France s'est limitée aux années 2014 à 2017 étant précisé que les revenus déclarés pour les deux dernières années sont de 303 euros et 11 euros. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et alors que rien ne fait obstacle à la reconstitution de sa vie familiale en Italie, c'est sans méconnaitre les stipulations précitées, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que le préfet a pu prendre la décision en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de la décision du préfet refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 novembre 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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