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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201896

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201896

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL CABINET GENTILHOMME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2022, la société TOTEM France et la société Orange, représentées par Me Gentilhomme, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Mauguio-Carnon s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Totem France pour la réalisation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain cadastré section EP n° 19 situé 121 avenue Jean-Baptiste Solignac ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mauguio - Carnon une somme de 5 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision d'opposition doit s'analyser comme un retrait de la décision tacite de non-opposition née le 10 février 2022 ; le courrier du 24 janvier 2022 par lequel le service instructeur a sollicité la production de pièces complémentaires est illégal dès lors que le plan local d'urbanisme de la commune ne peut légalement imposer de produire des éléments non mentionnés dans le code de l'urbanisme ;

- un tel retrait n'a pas été précédé de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision du 9 mars 2022 n'est pas signée par le 1er adjoint pour le maire empêché et a été prise par une autorité incompétente à défaut de justifier l'empêchement du maire ;

- la décision de retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable concernant l'installation d'une antenne relais de téléphonie mobile viole les dispositions de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le maire de Mauguio-Carnon a considéré à tort que le projet porte atteinte à la tranquillité et à la sécurité publique ;

- le secteur d'implantation du projet est dépourvu de tout caractère ou intérêt paysager particulier ; le projet ne porte aucune atteinte au paysage environnant ;

- le projet ne remet pas en cause les objectifs généraux visés dans le projet d'aménagement et de développement durable du plan local d'urbanisme de la commune ;

- le maire ne pouvait légalement fait opposition à la déclaration préalable en se fondant sur le programme de requalification de la station balnéaire qui n'est pas inscrit dans les règles d'urbanisme de Mauguio-Carnon ; le terrain d'assiette du projet n'est pas concerné par ce projet communal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, la commune de Mauguio-Carnon, représentée par la SCP CGCB avocats et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 10 janvier 2023, présenté par les sociétés requérantes n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- les observations de Me Gilliocq, représentant la commune de Mauguio-Carnon.

Considérant ce qui suit :

1. La société Totem France a déposé le 10 janvier 2022 auprès des services de la commune de Mauguio - Carnon une déclaration préalable de travaux pour la réalisation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé 121 avenue Jean-Baptiste Solignac. Par un arrêté n° DP 034 154 22 A0004 du 9 mars 2022, le maire de Mauguio - Carnon s'est opposé à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la société Totem France et la société Orange demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les () déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés (). ". Aux termes de l'article R. 423-18 de ce code : " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : / a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous. / b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ; () ". Aux termes de son article R. 423-19 : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de son article R. 423-23 : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de son article R. 424-1 : " À défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". L'article R. 424-10 du même code dispose que : " La décision () s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal, ou, dans les cas prévus à l'article R. 423-48, par échange électronique ". Aux termes de l'article R. 423-41 du même code : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R. 423-23 à R. 423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R. 423-42 à R. 423-49. ".

3. En vertu des dispositions combinées des articles L. 121-2 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, le retrait d'une décision créatrice de droit doit être en principe précédé d'une procédure contradictoire.

4. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 24 janvier 2022, la commune de Mauguio-Carnon a sollicité la production de deux nouvelles pièces pour compléter le dossier de déclaration préalable, à savoir une note justifiant du respect des conditions de salubrité, de sécurité et de tranquillité publique, de la sauvegarde du caractère ou de l'intérêt des lieux avoisinants de la protection du paysage naturel ou urbain ainsi que " rectifier la hauteur du projet, non conforme au plan local d'urbanisme ". Or, le dossier de déclaration préalable comportait un plan de masse indiquant la hauteur des travaux projetés, à 15 mètres, ainsi que l'ensemble des pièces limitativement énumérés par le code de l'urbanisme. Par ailleurs, le dossier initial de déclaration préalable comporte deux simulations de la construction projetée qui permettent d'en apprécier l'insertion dans son environnement et les atteintes éventuelles portées à la sécurité publique. Dès lors, en application des dispositions de l'article R. 423-41 du code de l'urbanisme précitées, la demande de la commune n'a pu avoir pour effet de proroger le délai d'instruction et ainsi faire obstacle à la naissance d'une décision implicite de non-opposition le 10 février 2022. La décision du 9 mars 2022 contestée doit ainsi être regardé comme une décision portant retrait de cette autorisation implicite. Or il est constant que cette décision de retrait est intervenue sans mise en œuvre d'une procédure contradictoire. Les sociétés requérantes sont, ainsi, fondées à relever le vice de procédure.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 222 de la loi 23 novembre 2018 : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. / Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi. / Au plus tard le 30 juin 2022, le Gouvernement établit un bilan de cette expérimentation. ".

6. Il résulte de ces dispositions que le maire ne pouvait retirer la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Totem France en application de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018. Les sociétés requérantes sont, ainsi, fondées à relever le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 222 de la loi ELAN.

7. En troisième lieu, aux termes des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Mauguio-Carnon : " () L'implantation des antennes relais de téléphonie mobile doit justifier : / - du respect des conditions de salubrité, de sécurité et de tranquillité publique ; / - de la sauvegarde du caractère ou de l'intérêt des lieux avoisinants ; / - de la protection du paysage naturel ou urbain. () ". Aux termes de l'article 11 du même règlement : " Par leur situation, leur architecture, leur dimension ou leur aspect extérieur, les constructions à édifier ou à modifier ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, à supposer que les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme spécifiques aux antennes-relais de téléphonie mobile soient opposables, et notamment des photographies versées au débat vous permettent de considérer que le secteur d'implantation de l'antenne est dépourvu d'intérêt particulier. Au surplus, bien qu'elle soit d'une hauteur importante, la société déclarante a fait le choix d'un pylône de type " monotube " dont les installations sont plaquées sur le mat, sans bras de déport, aux côtés d'un local technique de téléphone qui en limitera l'impact visuel. Par suite, les sociétés requérantes sont fondées à soutenir que le motif tiré de l'atteinte portée aux lieux avoisinants est illégal.

9. En quatrième lieu, alors que la commune n'apporte pas davantage de précisions dans ses écritures en défense, la seule circonstance que cette installation soit située à proximité de jardins partagés et une aire de jeux pour enfants n'est pas susceptible de porter atteinte à la tranquillité publique. Ainsi, le motif de ce que les travaux porteraient atteinte à la tranquillité publique doit être regardé comme irrégulier.

10. En cinquième lieu, alors que l'accès depuis l'avenue existe déjà, l'atteinte que cet accès porterait à la sécurité publique n'est pas davantage établie. Par suite, ce motif d'atteinte à la sécurité publique doit également être regardé comme irrégulier.

11. Enfin, les sociétés requérantes soutiennent que le motif tiré de ce que l'installation serait contraire aux objectifs visés dans le projet d'aménagement et de développement durables relatifs à la protection d'espaces naturels fondamentaux de l'identité et du patrimoine communal (étangs palavasiens, canal du Rhône à Sète) ainsi que des perspectives urbaines essentielles (entrée de ville, Avenue des Comtes de Melgueil) est illégal en ce que ces dispositions ne pouvaient légalement fonder un refus d'autorisation. Il résulte en effet de ces dispositions, insuffisamment précises, qu'elles sont dépourvues de valeur contraignantes et ne pouvaient légalement être opposées au refus d'autorisation en litige. En tout état de cause, la requalification du centre de Carnon décidé postérieurement à la date de la décision en litige ne pouvait légalement fonder ledit refus. Par suite, les requérantes sont fondées à soutenir que ce dernier motif est dépourvu de base légale et est, ainsi, irrégulier.

12. Aux termes de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme : " Dans toutes les instances en matière d'urbanisme, la décision juridictionnelle octroyant le sursis à exécution indique le ou les moyens sérieux de nature à justifier l'annulation de la décision attaquée ". L'autre moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte n'est pas de nature à entrainer l'annulation de la décision en litige.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Mauguio-Carnon s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Totem France pour la réalisation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain cadastré section EP n° 19 situé 121 avenue Jean-Baptiste Solignac.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de sociétés requérantes, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par la commune de Mauguio-Carnon au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Mauguio-Carnon une somme globale de 1500 euros à verser aux sociétés requérantes au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 mars 2022 du maire de la commune de Mauguio-Carnon est annulé.

Article 2 : La commune de Mauguio-Carnon versera la somme de 1 500 euros aux sociétés requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Totem France, à la société Orange et à la commune de Mauguio-Carnon.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure

I. Pastor La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 janvier 2023.

Le greffier,

M. A.

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