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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201928

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201928

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 avril 2022 et le 11 avril 2023,

Mme C A B, représentée par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 12 novembre 2021 par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant malade ;

2°) d'ordonner la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou une autorisation provisoire de séjour " parent d'enfant malade ", à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) dans l'attente, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 440 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le défaut de production de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration entache d'irrégularité la procédure car il appartient au dit collège de se prononcer sur les éléments détaillés à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas signé par l'ensemble des médecins et il n'est pas établi qu'une délibération ait bien eu lieu ;

- le préfet a commis une erreur de fait et d'appréciation car son fils remplit les conditions fixées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puisque son pronostic vital peut être engagé et des explorations médicales sont toujours en cours ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant car les conséquences de l'arrêt du traitement de son fils sont graves et ses deux enfants sont bien intégrés en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- une décision expresse a été prise le 19 octobre 2021, réputée notifiée le 22 octobre 2021 ;

- les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 15 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Moulin, représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante colombienne née en 1980, déclare être entrée en France accompagnée de ses deux enfants, nés en 2008 et 2016. Par décision du 9 novembre 2020, confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 25 mai 2021, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Le 12 juillet 2021 elle a déposé une demande de titre de séjour en sa qualité de parent d'étranger mineur malade. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision implicite née le 12 novembre 2021.

Sur l'étendue du recours :

2. Le préfet produit une décision expresse en date du 19 octobre 2021 rejetant la demande de titre de séjour de Mme A B. Dans ces conditions, il y a lieu de regarder les conclusions de Mme A B comme étant dirigées contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". L'article L. 425-10 du même code prévoit que : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois () ". Par ailleurs, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis visé par le code précité précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. Par ailleurs, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. En l'espèce, il ressort de l'avis du collège de médecins de l'OFII, daté du 28 septembre 2021, que celui-ci a estimé que l'état de santé du fils de Mme A B nécessitait une prise en charge médicale mais qu'un défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

6. D'une part, en se bornant à solliciter la production de cet avis afin que soit vérifié le respect des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité, la requérante n'établit pas que la décision en litige serait entachée d'un vice de procédure.

7. D'autre part, l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII mentionne les noms et prénoms des trois médecins s'étant ainsi prononcés, et précise qu'il a été rendu après délibération du collège, mention qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Si cet avis ne comporte pas la signature d'un des trois médecins du collège, alors que les identités de ceux-ci mentionnées dans l'avis et dans le bordereau de sa transmission, daté du même jour, sont identiques, une telle omission résulte d'une erreur purement matérielle qui s'avère sans incidence sur la réalité du caractère collégial de la mesure. Dans ces conditions, le moyen tiré par

Mme A B de ce que le caractère non collégial de l'avis médical rendu le 28 septembre 2021 entacherait la décision en litige d'un vice de procédure ne peut qu'être écarté.

8. Enfin, si la requérante insiste sur la pathologie affectant son fils et produit des certificats médicaux mentionnant la nécessité d'une surveillance de son état de santé et un accès rapide, le cas échéant, à un service de chirurgie pédiatrique, ces éléments, antérieurs à l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII et pouvant valablement être soumis à son appréciation, ne sont pas de nature à établir que les conséquences d'un défaut de prise en charge seraient graves, ni, en tout état de cause, que le fils de la requérante ne pourrait pas bénéficier d'un suivi et, le cas échéant, de soins appropriés dans son pays d'origine. La production d'un certificat daté du 22 décembre 2022, postérieur à la décision en litige, mentionnant qu'un diagnostic retardé d'une éventuelle récidive pourrait engager le pronostic vital de l'intéressé, ainsi que des preuves de rendez-vous médicaux récents, ne permettent pas plus de conclure que l'état de santé du fils de la requérante serait préoccupant ou à l'impossibilité pour lui de bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de fait ou d'appréciation que le préfet a pu refuser de délivrer un titre de séjour à la requérante.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Mme A B n'établit pas que son fils ferait l'objet, ainsi qu'elle l'allègue, d'un traitement quotidien ni, ainsi que cela résulte des éléments développés au point 8 du présent jugement, qu'un arrêt de sa prise en charge aurait des conséquences graves. Par ailleurs, la seule circonstance que ses deux enfants présents en France y soient scolarisés ne permet pas de conclure qu'un retour dans leur pays d'origine, où réside par ailleurs leur père, méconnaitrait leur droit au respect de leur vie privée et familiale ou leur intérêt supérieur. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A B à l'encontre de l'arrêté du 19 octobre 2021 portant refus de séjour, pris par le préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 mai 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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