lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202028 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, M. E A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet de l'Hérault du 25 janvier 2022 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté émane d'une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière accordée à son signataire ;
- eu égard à son pouvoir de régularisation, le préfet a commis une erreur de droit en ne statuant pas sur la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur au motif de l'absence de visa de long séjour ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;
- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision portant interdiction de retour ;
- la décision énonçant l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;
- l'interdiction de retour d'une durée d'un an porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour d'une durée d'un an est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- et les observations de Me Carbonnier, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 6 novembre 2000, entré en France le 1er août 2017, soit à l'âge de 16 ans, selon ses déclarations, a sollicité le 28 décembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié ". Il demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 25 janvier 2022 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
2. Par un arrêté n° 2021-I-809 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 106 du 19 juillet 2021, le préfet de l'Hérault a accordé à M. C B, sous-préfet, nommé secrétaire général de la préfecture de l'Hérault par décret du 27 mai 2020, une délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault (), à l'exception, d'une part des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation en temps de guerre, d'autre part de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique. A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature, qui, compte tenu des exceptions qu'elle prévoit, n'est pas d'une portée trop générale, habilitait ainsi M. B à signer l'arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour pris à l'encontre de M. A.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, en vertu de l'article 9 de l'accord franco-algérien, les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée doivent, pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français, présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises.
4. D'une part, il est constant que M. A est entré sur le territoire français sans être titulaire d'un visa de long séjour. Le préfet de l'Hérault n'a dès lors pas commis d'erreur de droit en refusant d'instruire la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur au motif que l'intéressé n'est pas en possession d'un tel visa.
5. D'autre part, le préfet de l'Hérault, qui n'était pas tenu de refuser l'admission au séjour de M. A eu égard au pouvoir de régularisation qui lui appartient, a relevé dans sa décision que l'intéressé, en produisant une promesse d'embauche en qualité de plaquiste dans une entreprise du bâtiment, ne peut être regardé comme justifiant de motifs exceptionnels de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, le préfet, qui a examiné le droit au séjour de M. A et ne s'est pas estimé tenu de rejeter sa demande en raison de l'absence de visa de long séjour, n'a pas commis d'erreur de droit ni entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation en France du requérant.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de
plein droit :/ () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en
France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa
vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. La présence de M. A sur le territoire français n'est pas établie avant le 14 novembre 2017, date à laquelle il a obtenu la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur. Il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu sur le territoire français en dépit de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 30 janvier 2020 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Montpellier n° 2001768 du 8 juillet 2020 et un arrêt de la Cour administrative d'appel de Marseille n° 20MA04462 du 21 juin 2021. Si le requérant, célibataire, sans enfant, vit auprès de son oncle en vertu d'un acte de recueil légal signé le 30 novembre 2017 devant un notaire, il ressort des pièces du dossier qu'il a conservé d'importantes attaches familiales en Algérie, où résident ses parents et sa fratrie. Dans ces circonstances, compte tenu notamment de la durée et des conditions du séjour en France du requérant, la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, alors même que le requérant dispose en France de liens familiaux et de perspectives professionnelles. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En troisième lieu, eu égard aux éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A exposés au point précédent, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
9. Il y a lieu d'écarter, par adoption des motifs exposés aux points 7 et 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, invoqués au soutien des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour d'une durée d'un an :
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". En vertu de l'article L. 612-10 du même code, pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.
11. Le préfet s'est borné à mentionner dans son arrêté que " l'examen de la situation de M. A relatif au prononcé de l'interdiction de retour et de sa durée a été effectué au regard de l'article L. 612-10 du code " et à relever que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Cette motivation stéréotypée ne permet pas d'attester de la prise en compte des autres critères, prévus par la loi, relatifs à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués au soutien des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour, le requérant est fondé à demander l'annulation de cette décision.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 25 janvier 2022, en tant qu'il édicte une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. L'annulation, par le présent jugement, de la seule décision édictant une interdiction de retour, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. A à fin d'injonction de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, subsidiairement, le réexamen de sa demande de titre de séjour, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 25 janvier 2022 est annulé en tant qu'il édicte une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Besle, président,
- M. Verguet, premier conseiller,
- Mme Teuly-Desportes, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé :
H. DLe président,
Signé :
D. Besle
Le greffier,
Signé :
S. Sangaré
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 5 juillet 2022.
Le greffier,
S. Sangarésa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026