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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202033

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202033

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, Mme E B, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet de l'Hérault du 11 janvier 2022 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté émane d'une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière accordée à son signataire ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en édictant une obligation de quitter le territoire français à son encontre, le préfet n'a pas tenu compte de l'intérêt supérieur des enfants, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- et les observations de Me Carbonnier, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 1er décembre 1991, s'est mariée en Algérie, le 14 juin 2017, avec un compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans. Elle est entrée en France le 30 août 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 14 décembre 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 11 janvier 2022 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :

2. Par un arrêté n° 2021-I-809 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 106 du 19 juillet 2021, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme G A, nommée sous-préfète chargée de mission auprès du préfet de l'Hérault par décret du 20 octobre 2020, une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture, " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault (), à l'exception, d'une part des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation en temps de guerre, d'autre part de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique. A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'était pas absent ou empêché le 11 janvier 2022. Cette délégation de signature, qui, compte tenu des exceptions qu'elle prévoit, n'est pas d'une portée trop générale, habilitait ainsi Mme A à signer l'arrêté portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, pris à l'encontre de Mme C.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de

plein droit :/ () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en

France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa

vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 4 de cet accord : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent./ Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est mariée en Algérie le 14 juin 2017 avec un compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans. Elle entrait ainsi dans une catégorie ouvrant droit au regroupement familial. Dès lors, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien en lui refusant la délivrance du certificat de résidence d'un an qu'elles prévoient.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Mme B se prévaut de la durée de son séjour en France depuis le 30 août 2017, soit depuis plus de cinq ans à la date de l'arrêté contesté, et de l'ancienneté de son mariage avec un compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, avec lequel elle a eu deux enfants, nés sur le territoire français. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, mariée en Algérie, elle est entrée en France sous couvert d'un visa de court séjour pour rejoindre son époux, alors qu'elle ne pouvait légalement y entrer pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'ainsi, elle n'a pas respecté cette procédure. En outre, elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national après l'expiration de la validité de son visa, soit pendant plus de cinq ans, en ne présentant une demande de titre de séjour, à titre de régularisation, que le 14 décembre 2021. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, eu égard aux éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme B exposés au point 6, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, invoqué au soutien des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, () l'intérêt de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. En l'espèce, eu égard notamment au jeune âge de Salsabil et Idriss, nés le 8 mai 2018 et le 14 mars 2020, et à la circonstance que Mme B entre dans une catégorie ouvrant droit au regroupement familial, de sorte que les enfants ne seront séparés de l'un ou l'autre de leurs parents que pendant le temps nécessaire à la mise en œuvre du regroupement familial, en cas de départ de la requérante en Algérie, où la cellule familiale est le cas échéant susceptible de se reconstituer dès lors que la requérante et son conjoint sont tous deux de nationalité algérienne, le préfet de l'Hérault ne peut être regardé comme ayant méconnu l'intérêt supérieur des enfants en obligeant la requérante à quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 11 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de Mme B à fin d'injonction de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexamen de sa situation, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Besle, président,

- M. Verguet, premier conseiller,

- Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé :

H. FLe président,

Signé :

D. Besle

Le greffier,

Signé :

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 juillet 2022.

Le greffier,

S. Sangarésa

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