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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202137

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202137

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil et le versement de son allocation pour demandeur d'asile à compter du 15 mars 2022, sous 7 jours à compter du jugement à intervenir et au besoin sous astreinte ;

3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à payer une somme de 1 000 euros à verser à Me Rosé, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ; la transposition par l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de cette directive est incomplète car elle ignore la notion de " perception indue " des conditions matérielles d'accueil dont les conditions sont fixées par l'article D 744-20 du même code, et elle ne transpose pas la notion de garantie d'un niveau de vie digne à tous les demandeurs ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il n'a pas été recherché si elle a indûment bénéficié des conditions matérielles d'accueil, par application directe de l'article 20 précité incomplètement transposé ; l'absence de déclaration de ses ressources ne saurait être qualifié de dissimulation puisque n'étant pas des ressources stables et supérieures au montant prévu à l'article D. 744-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne s'opposait pas à ce qu'elle perçoive les conditions matérielles d'accueil ;

- la décision est disproportionnée au regard du principe de proportionnalité fixé par l'article 20 de la directive ;

- sa situation de vulnérabilité n'a pas été examinée alors qu'elle était parent isolé accompagnée d'un mineur, et l'OFII s'est cru en situation de compétence liée ;

- la décision porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant ;

- la décision méconnaît le droit d'asile dont les conditions matérielles d'accueil sont le corollaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont mal dirigées et que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe, première conseillère,

- les observations de Me Rosé, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante burundaise née le 26 mai 1993, entrée en France le 4 février 2021 sous couvert d'un visa " étudiant " a présenté une demande d'asile en France enregistrée le 16 avril 2021 et a été admise le 7 juillet 2021 au bénéfice des conditions matérielles d'accueil par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par un courrier daté du 15 mars 2022, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé Mme A de son intention de mettre fin définitivement aux conditions matérielles d'accueil. Mme A s'est vu reconnaître le statut de réfugiée par décision du 25 mars 2022, notifiée par un courrier daté du 25 avril 2022. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision du 15 mars 2022 par laquelle l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil.

2. Pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que Mme A avait dissimulé tout ou partie des ressources de sa famille, en précisant que ce motif justifiait, en application des dispositions visées, soit les articles L. 551-16 et R. 551-18 anciennement L.744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, comprenant l'allocation pour demandeurs d'asile et une place d'hébergement, le cas échéant puis en précisant que compte tenu des faits reprochés, et après examen de ses besoins et de sa situation personnelle, il était mis fin totalement à ses conditions matérielles d'accueil.

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. / Lorsque la décision est motivée par la circonstance que le demandeur a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères sur sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, elle entraîne la restitution des montants indûment versés au titulaire de l'allocation. ".

4. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de la note sociale circonstanciée signée du coordinateur de l'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile de l'association ISSUE, que la décision attaquée aboutit à priver d'hébergement et de ressources Mme A, jeune mère isolée élevant un très jeune enfant. Si l'OFII fait valoir qu'elle a travaillé sans y être autorisée, Mme A n'avait perçu que trois versements de salaires entre juillet et août 2021, d'un montant de 744,15, 855,42 et 82,65 euros, et cette circonstance n'était pas de nature à réduire sa vulnérabilité à la date de la décision en litige. C'est ainsi par une erreur manifeste d'appréciation que l'office a décidé la cessation de verser les conditions matérielles d'accueil.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 15 mars 2022 portant refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Pour les personnes qui se sont vu reconnaître la qualité de réfugié prévue à l'article L. 511-1 ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 512-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. "

7. Il résulte de l'instruction que Mme A a obtenu le statut de réfugiée le 25 mars 2022. Par suite, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que l'Office français de l'intégration et de l'immigration accorde le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A en tenant compte de la présence à ses côtés de son enfant mineure, pour la période du 15 mars 2022 jusqu'à la fin du mois de la notification d'une décision définitive sur sa demande d'asile le 25 mars 2022. Il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'intégration et de l'immigration d'y procéder dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rosé, son avocate, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rosé de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 mars 2022 par laquelle l'Office français de l'intégration et de l'immigration a refusé d'accorder les conditions matérielles d'accueil à Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'intégration et de l'immigration d'accorder les conditions matérielles d'accueil à Mme A et son enfant mineure à compter du 15 mars 2022 jusqu'à la fin du mois suivant la notification de la décision lui reconnaissant le statut de réfugié le 25 mars 2022, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'intégration et de l'immigration versera la somme de 1 000 euros à Me Rosé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rosé renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme C A, à Me Rosé et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2022.

La rapporteure,

S. Crampe

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 mai 2024.

La greffière,

M. B 00

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