mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 29 avril 2022 et le 25 juin 2022, M. B A, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'ordonner au préfet de lui délivrer un titre de séjour salarié ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivé dès lors que sont visées des dispositions du code du travail qui ne sont plus en vigueur et qui ont été modifiées dans le fond et dans la forme ; il n'est pas davantage fait mention de son licenciement consécutif au refus initial de 2019 qui était illégal ;
- l'avis défavorable émis par les services de l'Etat sur la demande d'autorisation de travail n'a pas pris en compte sa situation qui ne relève pas des dispositions spécifiques applicables aux étudiants et la procédure au terme de laquelle a été pris l'arrêté en litige est entaché d'un vice substantiel qui l'a privé d'une garantie et a exercé une influence sur le sens de la décision ; si le poste proposé n'impose aucun diplôme, il justifie d'une expérience professionnelle depuis le 27 octobre 2021 ;
- le préfet de l'Hérault a commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article 2 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 qui rend inopposable la situation de l'emploi à sa demande de titre de séjour salarié ; il dispose des qualités pour occuper l'emploi proposé ; le refus de séjour est illégal et la mesure d'éloignement se trouve dépourvue de base légale ;
- en raison de l'ancienneté et des conditions de son séjour en France, le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français prononcés à son encontre sont entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
- en outre, le préfet de l'Hérault a commis une erreur de droit en se prononçant sur sa demande de titre de séjour au regard du 5° de l'article R. 5221-20 du code du travail qui n'est pas applicable à sa situation ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en ne prenant pas en compte son expérience professionnelle d'une durée de trois mois alors que le poste proposé ne nécessite pas d'expérience ;
- alors que le refus initial de changement de statut était entaché d'illégalité, le préfet de l'Hérault lui a fait perdre une chance de conserver son contrat de travail à durée indéterminée avec des perspectives d'évolution dans la société.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes ;
- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre la France et le Sénégal et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chabert, président,
- et les observations de Me Mazas, représentant M. A.
Une note en délibéré présentée par M. A, représenté par Me Mazas, a été enregistrée le 30 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité sénégalaise né le 16 septembre 1992, est entré en France en octobre 2016 pour suivre des études supérieures. Après avoir obtenu au cours de l'année universitaire 2017-2018 un diplôme de manager d'unité opérationnelle délivré par le collège de Paris ISE, il a validé l'année suivante un diplôme universitaire intitulé " l'Europe Economique et Sociale " auprès de la faculté d'économie de l'Université de Montpellier. Alors titulaire d'un titre de séjour " étudiant ", il a présenté le 5 février 2019 une demande de changement de statut pour obtenir un titre " salarié " en produisant un contrat de travail à durée indéterminée auprès de la société Cristal-Net Montpellier en qualité d'agent qualifié de service. L'arrêté du 30 septembre 2019 rejetant sa demande et obligeant l'intéressé à quitter le territoire français a été annulé par un arrêt n° 20MA02444 du 14 décembre 2021 de la cour administrative d'appel de Marseille ordonnant également au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation. Par un nouvel arrêté en date du 21 février 2022, le préfet de l'Hérault a rejeté la demande de M. A et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il a été fait application, en particulier l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le code du travail. S'il est vrai que l'arrêté cite les anciennes dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail, qui étaient celles en vigueur à la date du précédent refus de séjour et qui ont été modifiées depuis, cette circonstance ne suffit pas à faire regarder cet arrêté comme n'étant pas motivé en droit. Par ailleurs, l'autorité administrative, qui a examiné la demande du requérant sur la base d'un nouveau contrat à durée indéterminée avec la société Saint Jean pour un poste de vendeur, n'avait pas à faire état du licenciement de l'intéressé après le refus précédemment opposé à sa demande de changement de statut. Par suite, l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivé en droit et en fait au regard des exigences posées par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 110-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile. ". Aux termes du sous-paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, modifié par l'avenant signé le 25 février 2008 : " () La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", d'une durée de douze mois renouvelable, ou celle portant la mention " travailleur temporaire " sont délivrées, sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, au ressortissant sénégalais titulaire d'un contrat de travail visé par l'Autorité française compétente, pour exercer une activité salariée dans l'un des métiers énumérés à l'annexe IV () ". L'annexe IV à cet accord mentionne notamment l'emploi de vendeur.
4. D'autre part, l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".
5. Enfin, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". L'article R. 5221-20 du même code, dans sa version en vigueur à compter du 1er mai 2021, applicable en l'espèce dès lors que l'accord franco sénégalais ne prévoit rien à cet égard, dispose que : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / () 5° Lorsque l'étranger est titulaire d'une carte de séjour portant les mentions "étudiant" ou "étudiant-programme de mobilité" prévue à l'article L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5, L. 422-26 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a achevé son cursus en France ou lorsqu'il est titulaire de la carte de séjour portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" prévue à l'article L. 422-14 du même code, l'emploi proposé est en adéquation avec les diplômes et l'expérience acquise en France ou à l'étranger. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a séjourné en France en qualité d'étudiant avant de solliciter un changement de statut pour obtenir un titre de séjour " salarié ". Si l'emploi de vendeur pour lequel il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée auprès de la société Saint Jean figure à l'annexe IV de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, faisant obstacle à ce que soit opposée la situation de l'emploi, l'autorité administrative était fondée à faire application des dispositions du 5° de l'article R. 5221-20 du code du travail pour apprécier si l'emploi proposé est en adéquation avec les diplômes et l'expérience acquise en France par le requérant qui était titulaire d'une carte de séjour étudiant. Il ressort également des pièces du dossier et ainsi qu'il a été exposé au point 1 ci-dessus, que M. A est titulaire d'un diplôme de manager d'unité opérationnelle, titre de niveau I en France et de niveau 7 dans l'Union européenne, et qu'il a validé un diplôme universitaire intitulé " l'Europe Economique et Sociale " avec un enseignement en anglais consacré à la concurrence dans l'Union européenne et un enseignement en espagnol sur les aides communautaires aux entreprises. Alors que la fiche de poste versée au débat rappelle que le rôle d'un vendeur est " d'accueillir, de proposer et de vendre les produits de la boulangerie ", le préfet de l'Hérault, qui s'est fondé sur l'avis défavorable émis par la plateforme inter-régionale de main d'œuvre étrangère sur la demande d'autorisation de travail de la société Saint Jean, n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation en relevant que cet emploi de vendeur n'était pas en adéquation avec les diplômes et l'expérience acquise en France par M. A.
7. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'avis de la plateforme inter-régionale de main d'œuvre étrangère sur la demande d'autorisation de travail de la société Saint Jean sur lequel s'est fondé le préfet de l'Hérault n'a pas pour conséquence, compte tenu de ce qui vient d'être exposé, d'entacher d'irrégularité la procédure au terme de laquelle a été pris l'arrêté en litige.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a vécu en France à compter de 2016 sous couvert d'un titre de séjour étudiant qui ne lui donne pas vocation à rester sur le territoire national. S'il fait état d'une vie maritale avec une ressortissante malienne, titulaire d'un titre de séjour étudiant valable jusqu'au 23 octobre 2022 avec qui il a eu un enfant né en France le 13 août 2020, le caractère récent de cette relation et le titre de séjour dont bénéficie sa compagne ne permettent pas de caractériser une atteinte excessive portée par l'arrêté en litige au droit au requérant au respect de sa vie privée et familiale en France compte tenu des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
10. En dernier lieu, si M. A reproche au préfet de l'Hérault d'être à l'origine de son licenciement par la société Crystal-net faisant suite au premier refus de changement de statut qui lui a été opposé et de ne pas avoir mentionné ce licenciement dans le corps de sa décision, cette circonstance ne caractérise pas une erreur de fait commise par l'autorité administrative et la rupture de son précédent contrat de travail demeure par elle-même sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Denis Chabert, président,
Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,
M. François Goursaud, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
D. Chabert
L'assesseur le plus ancien,
D. Teuly-DesportesLa greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 13 juillet 202La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026