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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202232

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202232

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2022, M. A B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande selon les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit et en fait et révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de droit en lui opposant la nécessité de recourir à la procédure de regroupement familial ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller,

- et les observations de Me Brulé, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 11 août 1997, déclare être entré en France en 2015. L'intéressé a vu ses demandes de titre de séjour successives présentées au titre de l'asile rejetées par arrêtés en date des 14 octobre 2016 et 19 novembre 2018 et a fait l'objet de deux mesures d'éloignement. M. B s'est toutefois maintenu en situation irrégulière sur le territoire national et a sollicité le 26 octobre 2021 la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par arrêté du 27 janvier 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Il mentionne en particulier les éléments pertinents relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B, notamment son parcours de demandeur d'asile, son mariage avec le 25 mars 2021 avec une compatriote en situation régulière et la naissance de leur enfant le 8 juin 2021. En dépit de la circonstance qu'il ne vise pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant, cet arrêté énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation du refus de séjour contesté que le préfet de l'Hérault se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de M. B.

4. En troisième lieu, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de l'Hérault s'est notamment fondé sur la circonstance que M. B n'établissait pas être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine où il avait vécu la majeure partie de sa vie, le temps nécessaire à la mise en œuvre du regroupement familial par son épouse en sa faveur. Le préfet s'est ainsi borné à relever que dans le cas où M. B retournerait en Albanie il serait susceptible de bénéficier, à la demande de son épouse, du regroupement familial. Ce faisant il n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ", ni commis d'erreur de droit. La circonstance alléguée par M. B qu'à la date de son entrée régulière sur le territoire français en 2015 il n'était pas encore marié et n'entrait donc pas dans le champ de ces dispositions est sans incidence, dès lors que le préfet a apprécié sa situation non pas à la date de sa venue en France mais à la date de l'arrêté en litige. Est tout aussi inopérante la circonstance qu'eu égard aux faibles ressources de son épouse, qui perçoit l'aide au retour à l'emploi, la demande de regroupement familial présentée par cette dernière serait en tout état de cause assurément rejetée, dès lors que le préfet, lorsqu'il statue sur une demande de regroupement familial, n'est pas tenu, par les dispositions de l'article L. 434-2 précité, de rejeter cette demande dans le cas où le demandeur ne justifie pas de ressources suffisantes.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. M. B fait valoir qu'il réside habituellement depuis 2015 en France et se prévaut de son mariage le 25 mars 2021 avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de la naissance le 8 juin 2021 de leur enfant sur le territoire national. Toutefois, alors que le requérant ne justifie pas de sa présence continue en France depuis 2015, notamment pour l'année 2019 pour laquelle il ne produit qu'une photocopie de sa carte d'aide médicale d'Etat, ses années de présence sur le territoire national depuis la fin de l'année 2016 ne sont dues qu'à son maintien en situation irrégulière alors qu'il a déjà fait l'objet en 2016 et 2018 de deux mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré. Par ailleurs, le requérant n'établit pas l'existence d'une communauté de vie avec son épouse antérieure à la date du mariage qui est très récent à la date de la décision attaquée. Enfin, M. B ne se prévaut d'aucun élément d'intégration sociale ou professionnelle particulière alors par ailleurs qu'il a été condamné le 22 juin 2017 à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de voyage habituel dans un moyen de transport public de personnes payant sans titre de transport valable. Dans ces circonstances, le requérant ne justifie pas du transfert de ses intérêts personnels et familiaux en France tandis qu'il ne soutient ni même n'allègue être dépourvu de toute attache personnelle et familiale en Albanie où il a vécu jusqu'à sa majorité. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, aucune circonstance, compte tenu de la nationalité de l'épouse du requérant et de l'âge de leur enfant, n'empêche que la cellule familiale puisse se reconstruire hors de France, et notamment en Albanie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées ainsi que celles présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Denis Chabert, président,

Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. Goursaud

Le président,

D. Chabert

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 juillet 2022.

La greffière,

A. Junon00

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