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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202327

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202327

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire enregistrés les 6 et 11 mai 2022 et le 27 juin 2022, Mme C D, représentée par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 2 mars 2022, portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ; subsidiairement, de lui enjoindre de réexaminer sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour elle de renoncer à la part contributive de l'Etat pour l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivés ;

- le refus de titre de séjour n'a pas été précédé d'un examen réel et sérieux de sa demande ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête ;

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 juin 2022.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 6 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Mazas, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante marocaine née en 1980, est entrée sur le territoire français le 24 avril 2014 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités italiennes. De son union avec M. E D, ressortissant français dont elle a divorcé en 2004, est né un enfant le 14 décembre 2001. Mme D a sollicité, le 10 août 2020, le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision du 2 mars 2022, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application. Il fait également état des éléments propres à la situation personnelle et familiale de Mme D, en mentionnant notamment la date de son entrée sur le territoire et les éléments tenant à la durée et aux conditions de sa présence, et qu'en dépit de la présence sur le territoire de sa fille, de nationalité française, elle ne démontre pas se trouver dans l'impossibilité de retourner dans son pays d'origine. Dès lors, et alors même qu'il ne vise pas l'article L 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté attaqué comporte les circonstances de droit et de fait fondant chacune des décisions attaquées et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. La requérante soutient avoir établi le centre de ses intérêts en France et qu'elle vit habituellement en France depuis 2014, chez son père, ressortissant français, qu'elle est membre active du comité de Lodève du Secours populaire français, de l'Association Footballistique Lodève, Lecaylar (AFLC) depuis son arrivée, que son engagement est salué et reconnu par les responsables de ces associations, qu'elle suit des cours de français et apprend également la langue grâce à sa fille qui est bilingue, que son père, deux de ses frères et une de ses sœurs vivent en France et ont été naturalisés après avoir obtenu le bénéfice du regroupement familial. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme D n'établit pas la régularité de son entrée en France en 2014 et ne justifie pas avoir obtenu un visa de long séjour. Si elle produit des avis de non-imposition établis à compter de l'année 2016, des cartes d'aide médicale de l'Etat, des pièces médicales ainsi que des attestations d'hébergement récentes, ces documents ne permettent pas d'établir la continuité de son séjour en France alors qu'elle a demandé pour la première fois un titre de séjour le 10 février 2022 et que la garde de sa fille B a été confiée à ses grands-parents maternels par jugement de Kafala en date du 20 décembre 2005. Il s'ensuit, alors même qu'une partie de sa fratrie et son père ont acquis la nationalité française, et en dépit de ses efforts louables d'insertion sociale, que Mme D n'est pas fondée à soutenir que le refus de séjour attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, eu égard à la situation de la requérante exposée dans les points précédents, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault aurait entaché sa décision portant refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation en n'admettant pas l'intéressée au séjour de façon exceptionnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions présentées par Mme D, tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 2 mars 2022, portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixant le pays de renvoi, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. A La présidente,

S. Encontre

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juillet 2022.

La greffière,

C. Arce

2

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