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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202352

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202352

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202352
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 mai 2022 et le 24 juin 2022, M. C A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 27 décembre 2021 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ; très subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français n'ont pas été précédés d'un examen réel et sérieux de sa demande notamment en ce qui concerne son état de santé ; leur motivation est insuffisante dès lors que ses problèmes de santé sont les mêmes que ceux lui ayant permis de bénéficier d'une précédente autorisation provisoire ; il est étonnant que, dans un délai si court, le système de santé de la Guinée se soit tant amélioré que la prise en charge médicale appropriée soit désormais possible ; le préfet de l'Hérault ne s'est pas prononcé dans le cadre d'une première demande de titre de séjour mais dans le cadre d'un renouvellement de droit au séjour ;

- le médecin ayant établi le rapport médical ne peut siéger au sein du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; cet avis doit mentionner la durée prévisible du traitement et les éléments de procédure ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de son état de santé ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête de M A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B a été entendu.

- les observations de Me Ruffel, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 28 août 1975 déclare être entré en France le 3 novembre 2012, sans toutefois justifier d'aucun document de circulation. Au regard de son état de santé, il s'est vu remettre une autorisation provisoire de séjour valable du 6 avril au 5 octobre 2021. Ayant renouvelé sa demande d'admission au séjour pour raisons de santé le 23 septembre 2021, le préfet de l'Hérault a, par un arrêté du 27 décembre 2021, rejeté sa demande de titre de séjour et assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté qui lui a été notifié le 5 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault en vertu d'une délégation qui lui a été consentie à cet effet par l'arrêté du préfet de l'Hérault n° 2021-I-809 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Cet arrêté lui donne délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, à l'exception des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation pour temps de guerre et de la réquisition des comptables publics. Le second alinéa de l'article 1er de cet arrêté précise en outre que cette délégation comprend les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision et des exceptions qu'elle prévoit, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, pour refuser l'admission au séjour de M. A au titre de son état de santé, le préfet de l'Hérault, qui n'est pas tenu de rappeler l'ensemble des circonstances de fait mais uniquement les motifs qui constituent le fondement de sa décision, a fait mention des éléments de la situation du requérant qui en constituent la motivation en fait. Il a ainsi, notamment, relaté les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire de M. A, la teneur de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 6 décembre 2021 et l'absence d'éléments permettant de contredire cet avis, la situation familiale de l'intéressé, ainsi que les raisons pour lesquelles il a considéré que sa décision ne portait pas atteinte à ses intérêts privés et familiaux. La seule circonstance que la demande de M. A tendait au renouvellement d'un précèdent titre de séjour accordé au titre de problèmes de santé identiques ne saurait, par elle-même, remettre en cause l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII sur l'accessibilité des soins nécessaires à son état de santé en Guinée. En outre, l'arrêté précise que M. A n'établit pas se trouver dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine où il a vécu une grande partie de sa vie et où il ne serait pas isolé dans la mesure où y résident son épouse, sa fille et sa sœur. Dès lors, la motivation de l'arrêté attaqué révèle un examen suffisant de la demande présentée par le requérant, qui ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il a reçu une autorisation provisoire de séjour plutôt qu'un titre de séjour lors de sa précédente demande. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

4. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que l'avis du collège des médecins de l'OFII doit mentionner la durée prévisible du traitement et les éléments de procédure, le requérant n'établit pas l'irrégularité de cet avis. En outre, il ressort dudit avis que le médecin rapporteur n'était pas au nombre des trois médecins ayant émis cet avis.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du premier avis du collège des médecins de l'OFII rendu le 1er avril 2021, M. A a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour pour lui permettre de recevoir les soins appropriés à son état. Toutefois, l'avis du collègue des médecins de l'OFII rendu le 6 décembre 2021 constate que l'état de santé de M. A nécessite toujours une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Le certificat établi le 27 janvier 2022 par un médecin du centre hospitalier universitaire de Conakry indique seulement que la pathologie de M. A ne peut être prise en charge en Guinée " par manque de service spécialisé et donc de traitement ", le certificat produit à l'appui de la demande de titre de séjour par le médecin traitant de M. A indique que sa pathologie nécessite " une prise en charge et un suivi médical et biologique rapproché au long cours" et le requérant ne peut utilement se prévaloir d'un certificat médical datant du 25 janvier 2021. La circonstance que les injections de Nordimet, dont le requérant bénéficie depuis décembre 2020 permettant un équilibrage de sa polyarthrite rhumatoïde, n'est pas davantage de nature remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII. Le préfet de l'Hérault a ainsi fait une exacte application des dispositions précitées en refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour au titre de son état de santé.

7. En cinquième lieu, au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.".

8. M. A soutient être entré en France le 3 novembre 2012 et y avoir établi sa résidence habituelle depuis cette date. Il se prévaut en outre de l'autorisation provisoire de santé dont il a bénéficié du 6 avril au 5 octobre 2021 et de son aptitude à travailler lorsque son état le lui permet, à temps partiel en tant qu'employé polyvalent. Il ne ressort toutefois d'aucune des pièces du dossier que la situation en France de M. A, telle que rappelée ci-dessus, justifierait son admission exceptionnelle au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait méconnu cet article doit donc être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Les circonstances invoquées par le requérant au point 8 ne suffisent pas à caractériser une atteinte disproportionnée portée au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale sur le territoire, alors que, par ailleurs, résident dans son pays d'origine son épouse et sa fille. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

11. Il résulte de tout qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 27 décembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. B La présidente,

S. Encontre

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juillet 202La greffière,

C. Arce

cb

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