mardi 26 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202371 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BAUTES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, Mme D A B, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte si nécessaire ;
3°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa demande de titre dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte si nécessaire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de la somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur le refus de séjour :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en ce que le refus est fondé sur l'absence de visa long séjour, alors que le préfet aurait dû prendre en compte la réalité et le sérieux de ses études et de sa progression dans le cadre de son pouvoir de régularisation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale car fondée sur un refus de séjour lui-même illégal ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 12 avril 2022, Mme A B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
La présidente de la formation du jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Encontre, Présidente-rapporteure,
- les observations de Me Misslin substituant Me Bautes, représentant Mme A B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 17 septembre 1996, a déclaré être entrée en France le 1er août 2020 sous couvert d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles, valable jusqu'au 31 juillet 2020. Le 3 août 2021, elle a sollicité son admission au séjour en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 8 septembre 2021, le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme A B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le refus de titre de séjour :
2. l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, mentionne les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de Mme A B et indique avec précision les raisons pour lesquelles le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme A B, a ainsi suffisamment motivé sa décision, dont la rédaction ne présente pas un caractère stéréotypé. Par ailleurs, la circonstance que le préfet de l'Hérault ne mentionne pas la présence en France du frère de la requérante n'est pas de nature à établir qu'il n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de la requérante pour apprécier son droit au séjour. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation du refus de séjour et de l'absence d'examen complet de la situation de la requérante doivent être écartés.
3. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Il appartient au préfet, lorsqu'il est saisi par un étranger d'une demande tendant à la délivrance ou au renouvellement d'un titre de séjour délivré sur le fondement de ces dispositions, de s'assurer du caractère réel et sérieux des études poursuivies par l'intéressé.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B a obtenu en 2019 un diplôme de troisième cycle en marketing numérique à l'INESDI Digital Business School de Barcelone et a poursuivi ses études en suivant un master en commerce et marketing international à l'université de Barcelone. Au titre de l'année 2021-2022, elle s'est inscrite en master 1 " ingénieur d'affaires en technologies de l'information (IATI) à l'Université de Montpellier et produit au dossier son résultat d'admission au 1er semestre avec une note de 10,624/20. Si Mme A B fait état du cursus universitaire qu'elle a suivi en Espagne et de son sérieux dans la poursuite de ses études, il ressort des pièces du dossier qu'elle est entrée en France après l'expiration de la validité de son titre de séjour espagnol et ne peut donc se prévaloir d'une entrée régulière en France. Elle n'entre donc pas dans les cas d'exemption du visa de long séjour visés à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en retenant que l'intéressée ne justifiait pas, au vu de la lettre d'acceptation de sa candidature de l'Ecole universitaire de management de Montpellier au titre de l'année 2021/ 2022, d'un visa de long séjour tel que prévu par l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en refusant, pour ce motif, de lui accorder le titre de séjour demandé, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). ". Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
6. Mme A B se prévaut de la poursuite, à distance, de ses études universitaires en Espagne en raison du contexte de crise sanitaire lié à la pandémie de covid-19 et de son installation en France auprès de son frère pour ne pas être isolée ainsi que de sa participation aux activités de la vie étudiante, évènements associatifs, professionnels, conférences et loisirs. Toutefois, ces seuls éléments, de même que la poursuite de ses études supérieures, ne peuvent révéler l'existence de motifs exceptionnels qui auraient manifestement dû conduire le préfet de l'Hérault à lui délivrer un titre de séjour. Par suite, en estimant que l'intéressée ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en refusant son admission exceptionnelle au séjour sur ce fondement, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. En l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale doit être écarté.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Si Mme A B, célibataire et sans charge de famille, se prévaut de la présence en France de son frère, le caractère très récent de son arrivée en France ne permet pas de regarder l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français comme ayant porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou comme étant entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et la poursuite de ses études. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A B, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911- 1 et suivants du code de justice administrative. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme A B au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A B, au préfet de l'Hérault et à Me Bautes.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
M. Myara, premier conseiller,
Mme Crampe, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.
La présidente-rapporteure,
S. ENCONTRE
L'assesseur le plus ancien,
M. C
La greffière,
C. ARCE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 26 juillet 2022.
La greffière,
C. ARCE
cb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026