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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202379

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202379

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBLAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 mai 2022 et 24 juin 2022, M. F B G, représenté par Me Blazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 7 avril 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat pour l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivés ;

- le refus de séjour n'a pas été précédé de l'examen réel et complet de sa demande ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-1 du L. 423-7, L. 423-8 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.

Par ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord entre la France et le Cameroun relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au développement solidaire, signé à Yaoundé le 21 mai 2009 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique:

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Ferrier substituant Me Blazy, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 3 janvier 1986, de nationalité camerounaise, est entré en France en mai 2019 selon ses dires, sans être muni d'un visa. De sa relation avec une ressortissante de nationalité française, dont il est séparé, est né leur fils D le 3 septembre 2020 à Montpellier. Le 7 octobre 2021, M. B a déposé une demande d'admission exceptionnelle en qualité de " parent d'enfant français ". Par arrêté en date du 7 avril 2022, le préfet de l'Hérault a pris à son encontre un arrêté du portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-I-809 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 106 du 19 juillet 2021, le préfet de l'Hérault a accordé à M. E C, sous-préfet, nommé secrétaire général de la préfecture de l'Hérault par décret du 27 mai 2020, une délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault (), à l'exception, d'une part des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation en temps de guerre, d'autre part de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique./ A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature, qui, compte tenu des exceptions qu'elle prévoit, n'est pas d'une portée trop générale, habilitait ainsi M. C à signer l'arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord entre la France et le Cameroun signé le 21 mai 2009 et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, précise que M. B ressortissant camerounais, déclare être entré en France le 29 mai 2019 sans toutefois prouver être en possession d'un visa, que les pièces figurant au dossier et complétées à la demande du service ne permettent pas de justifier de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son fils français né le 3 septembre 2020, qu'il n'établit pas se trouver dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine où il a vécu une grande partie de sa vie et où il ne serait pas isolé puisqu'y réside sa fille. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivés doit être écarté, et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le refus de séjour n'a pas été précédé de l'examen réel et complet de sa demande.

4. En troisième lieu, l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : ()5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans. ".

5. Pour justifier de la réalité de sa contribution à l'éducation et à l'entretien de son enfant, M. B soutient avoir reconnu son fils le 4 septembre 2020, soit dès le lendemain de sa naissance. Il ne produit toutefois, à l'appui de ses allégations, que quelques tickets de caisse pour des achats de vêtements ne faisant pas mention de son identité et l'attestation établie par son-ex compagne ne permet pas d'établir qu'il a effectivement acheté une poussette et un lit pour enfant en septembre 2020. Il ne justifie pas par ailleurs de l'intensité du lien tissé avec son fils, ni ne conteste résider en Allemagne à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, le contrat d'accueil en crèche et l'attestation délivrée le 17 juin 2022 par la directrice de cet établissement, soit postérieurement à la décision attaquée, n'indiquent pas qu'il amenait régulièrement son enfant à cette date. Enfin, l'absence de décision de justice fixant la nature de la contribution à l'entretien de son fils et ses droits de visite ne permet pas de déterminer ses obligations depuis la naissance de l'enfant et les photographies produites par le requérant ne permettent pas non plus d'établir que le requérant contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils. Il est enfin constant que le requérant, séparé de la mère de son enfant français, est le père d'un autre enfant né en 2010 au Cameroun où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des L. 423-7, L. 423-8 et L. 611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet quant à la participation du requérant à l'entretien de son enfant doivent être écartés.

6. Au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation en France de M. B, telle que rappelée au point 5, justifierait son admission exceptionnelle au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait méconnu ces dispositions doit être écarté.

8. Il résulte de tout qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 7 avril 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B G, au préfet de l'Hérault et à Me Blazy.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. A La présidente,

S. Encontre

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juillet 2022.

La greffière,

C. Arce

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