mardi 26 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202434 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BAZIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, Mme E A B, représentée par Me Bazin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a retiré le titre de séjour qu'elle détenait et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Bazin, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant retrait du titre de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée, en l'absence de mention de son séjour en France entre 2012 et 2018 et des éléments relatifs à sa vie privée et familiale et à son emploi ;
- la décision n'a pas été précédée d'un examen réel et complet, et elle est entachée d'un vice de procédure car elle n'a pas été destinataire du courrier mettant en œuvre la procédure contradictoire ; le préfet ne peut lui reprocher de n'avoir pas répondu à sa demande d'observations alors qu'il a adressé celle-ci à l'adresse conjugale en sachant pourtant qu'elle avait quitté ce domicile ; (L. 122-1)
- en se fondant sur les articles L. 423-1 et L. 432-5 alors que c'est l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoit le retrait du titre de séjour, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit ;
- le préfet a méconnu les articles L. 423-1, L. 423-2, L. 423-3 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la particularité de sa situation, tenant à l'attitude de son époux ; une séparation ponctuelle n'entraîne pas nécessairement un divorce ; elle aurait dû pouvoir faire valoir son insertion professionnelle et le développement de sa vie privée depuis 2012 ; elle envisage de déposer plainte contre son époux ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'auteur de la mesure d'éloignement est incompétent faute d'une délégation ad hoc ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard au développement de sa vie en France depuis 2012 ; elle travaille en qualité d'agent d'entretien depuis 2018 ;
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Crampe, rapporteure ;
- et les observations de Me Bazin, représentant Mme E A B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 2 mars 1974, s'est mariée le 7 décembre 2013 à Montpellier avec un ressortissant français. Elle est entrée pour la dernière fois sur le territoire français le 22 octobre 2018 munie d'un visa de long séjour " conjoint de français " et s'est vu délivrer un titre de séjour en cette qualité, renouvelé jusqu'au 1er octobre 2023. Informé par le conjoint de Mme A B de la rupture de la vie commune, le préfet de l'Hérault a décidé, par arrêté du 22 février 2022, de retirer le titre de séjour et de faire obligation à Mme A B de quitter le territoire français. Elle demande au tribunal l'annulation des décisions du 22 février 2022 par lesquelles le préfet de l'Hérault a retiré son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant retrait du titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an" lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; () ". L'article L. 423-3 du même code dispose que : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée.
Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ". L'article L. 432-5 de ce code dispose que : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B ne remplissait plus la condition de communauté de vie, exigée pour la délivrance de la carte de séjour dont elle est titulaire. Ainsi, alors même que le préfet ne s'est pas fondé sur les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a pu, à bon droit, se fonder sur les dispositions de l'article L. 432-5, qui n'excluent pas de leur champ les étrangers mariés avec un ressortissant français, pour retirer le titre de séjour délivré à Mme A B.
4. Pour refuser l'admission au séjour de la requérante et assortir ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault, qui n'est pas tenu de rappeler l'ensemble des circonstances de fait mais uniquement les motifs qui constituent le fondement de sa décision conformément aux dispositions sus rappelées, a visé les textes applicables et fait mention des éléments de sa situation qui en constituaient la motivation. Il a ainsi relaté les conditions d'entrée sur le territoire de Mme A B, la situation familiale de l'intéressée, adressé à cette dernière un courrier l'invitant à présenter des observations ainsi que les raisons pour lesquelles il retirait le titre de séjour. Alors même qu'il n'a pas mentionné le précédent séjour de l'intéressée en France ni son emploi, le préfet de l'Hérault a suffisamment motivé la décision attaquée.
5. Il ressort des pièces du dossier que conformément à l'exigence de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Hérault a adressé à Mme A B un courrier par lequel il l'informait que le retrait de son titre de séjour était envisagé et l'invitait à présenter ses observations. Si la requérante, qui n'a pas présenté d'observations, fait valoir qu'elle ne se trouvait pas à son domicile et que le préfet en était informé dès lors que son époux avait indiqué qu'elle avait quitté le domicile conjugal, il lui appartenait d'informer les services de l'État de sa nouvelle domiciliation et/ou de faire assurer le suivi de son courrier par les services postaux. Elle ne saurait invoquer la possibilité pour le préfet de lui adresser un message téléphonique les nécessités de la procédure contradictoire impliquant l'envoi d'un courrier recommandé avec accusé de réception. Dès lors, c'est à l'issue d'un examen complet et eu égard aux élément qu'il détenait et d'une procédure contradictoire conforme aux dispositions précitées que le préfet de l'Hérault a procédé au retrait du titre de séjour.
6. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A B évoque des comportements de la part de son époux pouvant s'assimiler à des violences conjugales, elle n'en justifie pas par son seul récit, non étayé, et en se bornant à soutenir qu'elle envisage de déposer plainte. Elle a mandaté un avocat afin de poursuivre la procédure de divorce initiée par son époux et il n'est pas justifié d'une possible réconciliation du couple. Elle ne justifie pas comme elle l'allègue avoir vécu avec son époux à Montpellier entre son mariage en 2013 et sa dernière entrée sur le territoire en 2018. Si elle dispose d'un contrat à durée indéterminée, en qualité d'agent d'entretien, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait développé une vie privée en dehors de son mariage. C'est ainsi sans méconnaître les dispositions précitées, ni erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante que le préfet de l'Hérault a décidé le retrait du titre de séjour délivré en qualité de conjointe de français.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Par un arrêté n° 2021-I-809 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 106 du 19 juillet 2021, le préfet de l'Hérault a accordé à M. D C, nommé secrétaire général de la préfecture de l'Hérault, une délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'État dans le département de l'Hérault (), à l'exception, d'une part des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation en temps de guerre, d'autre part de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique./ A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature habilitait ainsi M. C à signer l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris à l'encontre de Mme A B.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Mme A B ne justifie par aucun élément le transfert en France de sa vie privée et familiale en dehors de la communauté de vie qu'elle entretenait avec son époux qui est rompue. Elle n'établit pas davantage la durée de séjour en France dont elle se prévaut, antérieure à 2018. Elle est entrée en France en octobre 2018 à l'âge de 44 ans, munie d'un visa de long séjour obtenu au Maroc, pays dont elle a la nationalité. C'est ainsi sans porter une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale que le préfet de l'Hérault a décidé son éloignement du territoire français.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a retiré le titre de séjour qu'elle détenait et lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation présentées par Mme A B, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A B, au préfet de l'Hérault et à Me Bazin.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
M. Myara, premier conseiller,
Mme Crampe, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.
La rapporteure,
S. Crampe
La présidente,
S. EncontreLa greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 26 juillet 202La greffière,
C. Arce
cb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026