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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202456

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202456

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSUMMERFIELD GABRIELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai et 1er juin 2022, M. B A, représenté par Me Summerfield, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen ; le préfet n'a pas envisagé qu'il puisse obtenir un droit au séjour sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ; il est dénommé " X se disant " alors qu'il s'est identifié au moyen de son passeport ; des erreurs matérielles entachent l'arrêté ;

- résidant en France depuis 23 ans, il peut prétendre à l'attribution de plein droit d'un titre de séjour en application de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- la décision attaquée méconnaît les articles 6-5 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la directive " retour " prévoit que le refus de délai de départ volontaire doit demeurer l'exception ; il ne pouvait faire l'objet d'un tel refus dès lors qu'il est identifié et réside depuis plusieurs années à la même adresse ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- son retour en Algérie, pays qu'il a fui en raison des exactions dont il a été victime, l'exposerait à des risques pour son intégrité physique ;

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français :

- la circonstance qu'il n'a pas produit de billet de transport vers son pays d'origine n'est pas un critère permettant de fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français et les liens qu'il entretient en France s'opposent à ce que lui soit opposée une interdiction de retour.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Crampe, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 24 juillet 1954, a été interpellé le 9 mai 2022 par les services de la police aux frontières à Perpignan et, n'ayant pas été en mesure de justifier de sa situation régulière sur le territoire français étant démuni de tout document d'identité ou de voyage, il a été placé en retenue pour vérification de ses conditions de séjour en France. Les recherches effectuées par les services de police ont permis d'établir que M. A a bénéficié d'un récépissé portant la mention " vie privée et familiale, valable du 23 novembre 2010 au 2 février 2011 et a fait l'objet, le 31 août 2011, d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal de céans le 23 décembre 2011 puis la cour administrative d'appel de Marseille le 19 décembre 2013. Le 10 mai 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a pris un arrêté faisant obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à la frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois.

Sur les conclusions tendant à ce que soit accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué fait mention des considérations de droit qui le fondent ainsi que des éléments de la situation du requérant justifiant qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français. Il est ainsi suffisamment motivé. Les erreurs, purement matérielles, dont fait état le requérant dans ses écritures sont sans incidence sur la motivation en droit et en fait de l'acte attaqué qui répond aux exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne sauraient révéler un défaut d'examen spécifique de la situation du requérant, d'autant qu'il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet des Pyrénées-Orientales a recherché si M. A pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour à un titre quelconque.

5. M. A soutient qu'il peut prétendre à un titre de séjour de plein droit sur le fondement des 1 et 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en faisant valoir qu'il réside en France depuis 1999 où résident ses neveux et nièces.

6. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1. au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant. () / 5. au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

7. D'une part, si M. A justifie d'une entrée régulière sur le territoire français en 1999 sous couvert d'un visa Schengen de court séjour valable du 6 octobre 1999 au 5 avril 2000, les nombreuses pièces qu'il produit au dossier, à compter de 2001, ne permettent pas d'établir le caractère habituel de sa résidence en France depuis plus de dix ans à la date de la décision querellée, en l'absence de justificatifs probants pour l'année 2012 à partir du mois de février, pour l'année 2013 et pour la quasi-totalité de l'année 2014, ainsi qu'entre juin 2015 et février 2016, puis mars et septembre 2016, et la seule circonstance que le passeport qu'il présente, dont au demeurant la validité a expiré le 12 août 2000, ne comporte pas de tampon d'entrée en l'Algérie ne saurait permettre de démontrer la réalité du séjour continu en France dont il se prévaut. Par suite, le requérant ne justifie pas remplir la condition de durée de séjour pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-1° de l'accord franco-algérien.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A, ses enfants, sa mère et 11 de ses frères et sœurs résident en Algérie, qu'il est sans ressources et qu'étant domicilié administrativement auprès de la Croix Rouge à Perpignan, il est dépourvu de domicile. Par suite et à supposer même qu'une de ses sœurs et ses nièces résideraient en France, le requérant ne justifie pas avoir établi sa vie privée et familiale sur le territoire français et ne peut, par suite, prétendre à bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Dès lors que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et qu'il admet, dans ses écritures, n'entrer dans aucun des cas visés par les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux protections des étrangers contre une mesure d'éloignement, il se trouvait dans la situation où l'autorité préfectorale pouvait l'obliger à quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration () du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est sans domicile fixe et que son adresse déclarée est une adresse de domiciliation administrative auprès de la Croix-Rouge. Il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée. Il a déclaré ne pas vouloir retourner en Algérie en cas de décision d'éloignement prise à son encontre et vouloir se maintenir en France. Eu égard à l'absence de toute garantie de représentation en France et au risque que M. A, qui a ménagé volontairement sa clandestinité au regard du droit au séjour, se soustraie à la décision d'éloignement, le préfet des Pyrénées-Orientales a, à bon droit, refusé d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

13. Ainsi qu'exposé au point 5, M. A ne justifie pas de la durée du séjour en France dont il se prévaut et ne démontre pas qu'il n'aurait plus de liens avec sa famille, notamment nucléaire, qui réside en Algérie. S'il fait état d'exactions dont il aurait été victime en Algérie, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations et ne justifie pas, en tout état de cause, que son retour dans son pays d'origine l'exposerait à des risques personnels et actuels pour sa liberté et son intégrité physique ou à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-19 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français faite à M. A, le préfet a pris en compte la durée et les conditions de son séjour sur le territoire français, les liens qu'il entretient avec la France, la mesure d'éloignement non exécutée dont il a fait précédemment l'objet, sans retenir que sa présence sur le territoire présenterait une menace pour l'ordre public. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales, qui a examiné sa situation au regard de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait fait une inexacte application de ces dispositions, la mention, superfétatoire, de ce que le requérant ne dispose pas d'un billet de transport vers son pays d'origine restant sans incidence sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. En outre, au regard des éléments sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à 18 mois la durée de cette interdiction.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Summerfield

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 202La rapporteure,

S. Crampe

La présidente,

S. EncontreLa greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 juillet 202La greffière,

C. Arce

cb

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