lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202486 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MOULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 10 mai 2022, enregistrée le 16 mai 2022 au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal la requête présentée par M. B A.
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal de Marseille le 28 avril 2022, M. B A, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet de l'Hérault du 6 février 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié " ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente de ce réexamen, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) subsidiairement, d'abroger l'arrêté du préfet de l'Hérault du 6 février 2022 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 440 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;
- dès lors qu'il justifie de motifs exceptionnels d'admission au séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;
- eu égard aux risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant le Niger comme pays de destination ;
- l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français prive de base légale l'interdiction de retour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 6 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- et les observations de Me Moulin, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian né le 1er janvier 1965, serait entré en France le 10 mai 2015 selon ses déclarations, en étant en possession d'un titre de séjour " protection subsidiaire ", délivré le 26 février 2015 par les autorités italiennes. Il a obtenu le 24 septembre 2019 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Le préfet de l'Hérault en a refusé le renouvellement par un arrêté du 12 octobre 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 2005777 du tribunal administratif de Montpellier du 4 février 2021. Le 3 août 2021, M. A a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Il demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 6 février 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté fait référence aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Il mentionne qu'en dépit du contrat de travail conclu le 2 novembre 2020 avec l'entreprise FC Consulting et de l'activité qu'il a exercée pendant plus de trois ans au sein de l'organisme d'accueil communautaire " Communauté d'Emmaüs ", M. A ne peut être regardé comme justifiant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. En outre, le préfet a relevé que l'intéressé, ayant quitté l'organisme d'accueil communautaire en juillet 2020, ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces indications ont permis au requérant de comprendre et de contester la décision portant refus de séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ () ". Il incombe à l'autorité administrative d'examiner, notamment, la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule pour déterminer si l'ensemble de ces éléments, joints à ceux relatifs à sa situation personnelle dont l'intéressé fait état, peuvent constituer, dans son cas, des motifs exceptionnels de nature à le faire admettre au séjour.
4. Si M. A fait valoir qu'il a été accueilli au sein de la communauté Emmaüs de Béziers du 10 mai 2015 au 13 juillet 2020, il n'apporte toutefois aucun élément concernant la qualification et l'expérience acquises au sein de cet organisme. Il n'est pas établi, notamment en l'absence de production de bulletins de salaire, que le contrat de travail à durée indéterminée, signé le 8 novembre 2020 avec la société FC Consulting, prévoyant une période d'essai de deux mois renouvelable, était devenu définitif à la date de l'arrêté contesté. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, marié et père de trois enfants mineurs, dispose d'importantes attaches familiales dans son pays d'origine. M. A, qui se borne à alléguer les risques qu'il encourt en cas de retour dans ce pays, sans en préciser la nature, n'apporte en tout état de cause aucun élément permettant d'établir l'existence d'une menace actuelle grave, directe et individuelle contre sa vie ou sa personne. Dans ces conditions, en l'absence de motifs exceptionnels, au sens des dispositions précitées, justifiant l'admission exceptionnelle au séjour du requérant, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même qu'il séjourne en France depuis plus de six ans.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il résulte des termes mêmes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, laquelle mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
6. En second lieu, eu égard aux éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A exposés au point 4, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, il appartient à l'autorité administrative de s'assurer que la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger ne l'expose pas à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. M. A se borne à faire valoir, en des termes généraux, le risque de subir des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois il n'apporte aucun élément démontrant, en cas de retour au Niger dans sa région d'origine, la réalité et le caractère actuel d'un tel risque. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées ne peut être accueilli.
En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour :
9. Il résulte de ce qui a été exposé du point 2 au point 6 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 6 février 2022.
Sur les conclusions subsidiaires à fin d'abrogation de l'arrêté contesté :
11. Aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ (). ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A a quitté le 13 juillet 2020 la communauté Emmaüs de Béziers, où il était accueilli en qualité de compagnon depuis le 10 mai 2015. S'il est à nouveau accueilli dans une autre communauté Emmaüs depuis le 1er avril 2022, il ne peut se prévaloir de trois années d'activité ininterrompue au sein de cet organisme d'accueil communautaire et d'activité solidaire, à la date du présent jugement. En outre, il ne justifie pas de ses perspectives d'intégration en se bornant à produire le contrat de travail à durée indéterminée qui avait été conclu le 8 novembre 2020, soit il y a près de deux ans. Ainsi, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ses conclusions subsidiaires, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à demander l'abrogation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 6 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation ou d'abrogation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. A à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié " ou, subsidiairement, de réexamen de sa situation, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Besle, président,
- M. Verguet, premier conseiller,
- Mme Teuly-Desportes, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé :
H. CLe président,
Signé :
D. Besle
Le greffier,
Signé :
F. Balicki
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 19 juillet 2022.
Le greffier,
F. Balickifb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026