vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202526 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | BOURRET MENDEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mai et 24 juin 2022, M. H A B, représenté par Me Bourret-Mendel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 14 mai 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté émane d'une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière accordée à son signataire ;
- la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation ;
- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant une obligation de quitter le territoire français sans délai à son encontre ;
- compte tenu de l'existence de circonstances humanitaires, le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-6 en édictant une interdiction de retour ;
- la durée de l'interdiction de retour est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F ;
- et les observations de Me Bourret-Mendel, représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 21 novembre 1983, entré irrégulièrement sur le territoire français, en 2019 selon ses déclarations, demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 14 mai 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
3. Par un arrêté du 6 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture N°13-2022-134 BIS du même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a accordé à M. C G, sous-préfet de l'arrondissement d'Aix-en-Provence, une délégation à l'effet de signer, lorsqu'il assure la permanence des services de la préfecture, " les décisions préfectorales suivantes pour l'ensemble du département ()/ - obligations à quitter le territoire/
- décisions relatives au délai de départ volontaire/ ()/ - interdictions de retour () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G n'assurait pas la permanence des services de la préfecture le samedi 14 mai 2022. M. G était ainsi habilité à signer l'arrêté contesté, pris pendant sa permanence. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté émane d'une autorité incompétente doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté fait référence au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et mentionne que M. A B n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. En outre, le préfet a relevé la présence en France des deux sœurs de M. A B, célibataire sans enfant, et mentionné que l'intéressé ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine. L'arrêté énonce ainsi les éléments pertinents de la situation personnelle du requérant, par des mentions qui ne présentent pas un caractère stéréotypé. La régularité de cette motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs exposés. Ces indications ont permis au requérant de comprendre et de contester la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français. Cette décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté et des pièces du dossier qu'avant de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M.El B, le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé, qui s'est borné à alléguer avoir subi une opération en raison " de problèmes au niveau des reins ", sans produire aucun document relatif à son état de santé, de nature à établir qu'il est atteint d'une pathologie nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;/ () ".
7. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. A B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, où il se maintenait depuis l'année 2019 sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il entrait ainsi dans le cas où le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions du procès-verbal d'audition dressé le 14 mai 2022, que M. A B a déclaré être entré et séjourner en France depuis l'année 2019. Toutefois il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Le requérant, célibataire sans enfant, a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans au Maroc, où il n'est pas dépourvu d'attaches familiales. Il s'est maintenu irrégulièrement en France sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, compte tenu notamment de la durée et des conditions de son séjour en France, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit de M. A B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, alors même que ses deux sœurs résident sur le territoire français. Dès lors, le moyen, tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
10. Eu égard aux éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A B exposés au point précédent, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant une obligation de quitter le territoire français à son encontre.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision./ () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que si M. A B est en possession d'un passeport délivré par les autorités marocaines en cours de validité, il ne justifie pas que celui-ci est revêtu d'un visa. Ainsi il ne peut se prévaloir d'une entrée régulière sur le territoire français. Lors de son audition du 14 mai 2022, le requérant a expressément déclaré ne pas avoir effectué de démarches administratives en vue de l'obtention d'un titre de séjour. Pour ce seul motif, le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français est établi, alors en outre que le requérant a déclaré ne pas vouloir retourner au Maroc. Cette circonstance était de nature à justifier le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Dès lors, le préfet de l'Hérault n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
14. Lors de son audition, M. A B s'est borné à alléguer avoir des " problèmes de santé au niveau des reins " et à faire état de la présence de ses deux sœurs en France. Il ne justifie ainsi d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen, tiré de ce qu'en prenant une telle décision, le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
15. M. A B a déclaré être présent sur le territoire national depuis l'année 2019, sans pouvoir l'établir de manière probante. L'intéressé est célibataire sans enfant. Ses attaches familiales en France sont limitées à ses deux sœurs. L'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée, alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen, tiré de l'inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H A B et au préfet des Bouches-du- Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
Le magistrat désigné,
Signé :
H. FLa greffière,
é :
M. E
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er juillet 202La greffière,
M. E
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026