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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202542

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202542

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP DESSALCES & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022, Mme E A D, représentée par la SCP DESSALCES, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet de l'Hérault du 28 avril 2022 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- il appartient au préfet de justifier que, conformément aux dispositions de l'article

R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- eu égard à son état de santé qui nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une gravité exceptionnelle, le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante marocaine née le 1er avril 1949, entrée en France le 17 septembre 2018 selon ses déclarations, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités néerlandaises, a sollicité le 26 septembre 2019 la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Le préfet de l'Hérault lui a opposé un refus, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, par un arrêté du 24 février 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Montpellier n° 2002303 du 29 septembre 2020 et par une ordonnance du président de la première chambre de la Cour administrative d'appel de Marseille du 27 avril 2021. Le 27 janvier 2022, Mme A D a sollicité à nouveau la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Elle demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 28 avril 2022 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté fait référence aux dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Il mentionne qu'aucune pièce versée au dossier ne permet de contredire l'avis émis le 22 avril 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a estimé que l'état de santé de Mme A D ne nécessite pas son maintien sur le territoire français dès lors qu'elle peut bénéficier des soins appropriés au Maroc, pays dont elle est originaire. Ces indications ont permis à la requérante de comprendre et de contester la décision portant refus de séjour. La régularité de cette motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs exposés. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ () ". Selon l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () / Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Selon l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A D, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'avis émis le 22 avril 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, indiquant que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de prise en charge médicale peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Il ressort des mentions portées sur cet avis que celui-ci a été émis par le collège de médecins, composé des docteurs Theis, Baril et Candillier, sur la base du rapport préalable élaboré par le docteur C, qui n'a pas siégé au sein du collège médical. Ainsi cet avis a été établi conformément aux dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen, tiré de ce que la décision refusant à Mme A D la carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, doit être écarté.

5. D'autre part, si Mme A D produit des documents médicaux indiquant qu'elle bénéfice en France d'une prise en charge des pathologies dont elle est atteinte, telles qu'un diabète de type 2, une rétinopathie diabétique, un paragangliome cervical et un rétrécissement aortique, ces éléments ne sont pas de nature à infirmer l'avis du collège de médecins de l'office quant à la possibilité pour elle de bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Maroc, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans ce pays. A cet égard, Mme A D se borne à faire valoir en des termes généraux le coût des soins au Maroc, le fait qu'elle ne dispose pas de revenus et l'absence d'un système de remboursement des frais de santé au Maroc. Toutefois, alors qu'il n'est pas établi qu'elle ne pourrait bénéficier du régime d'assistance médicale prévu pour les plus démunis (RAMED), ses seules allégations ne permettent pas d'établir qu'elle ne pourrait bénéficier effectivement des soins nécessaires à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, eu égard aux éléments relatifs à l'état de santé de la requérante exposés au point 5 et à la possibilité pour elle de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé du point 2 au point 6 que le moyen, tiré par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Si la requérante se prévaut de la durée de son séjour en France depuis l'année 2018 et de la présence de sa fille, titulaire d'une carte de résident, qui l'héberge, il ressort des pièces du dossier qu'elle a vécu au Maroc jusqu'à l'âge de soixante-neuf ans et qu'elle s'est maintenue sur le territoire national en dépit de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 24 février 2020. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels le refus de séjour a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 28 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de Mme A D à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou de réexamen de sa demande de titre de séjour, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A D, au préfet de l'Hérault et à la SCP DESSALCES.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Besle, président,

- M. Verguet, premier conseiller,

- Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé :

H. BLe président,

Signé :

D. Besle

Le greffier,

Signé :

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 juillet 2022.

Le greffier,

F. Balicki

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