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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202553

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202553

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUMEL JULIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 mai 2022 et le 17 juin 2022, M. B A, représenté par Me Baumel-Julien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de condamner l'Etat à l'indemniser à hauteur d'une somme de 1 000 euros ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce versement emportant renonciation de son conseil à la rétribution obtenue au titre de la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet de l'Hérault n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa demande ;

- les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- compte tenu de l'illégalité du refus de titre de séjour, la mesure d'éloignement est dépourvue de fondement juridique ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors que son éloignement en Côte d'Ivoire, qui ne peut être regardée comme un pays sûr, lui ferait courir des risques pour sa vie et l'exposerait aussi à un risque de détention arbitraire ou de traitement inhumains et dégradants.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

- le préfet de l'Hérault est de mauvaise foi dans ses écritures et cela lui occasionne un préjudice moral.

Par un mémoire, enregistré le 15 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Baumel-Julien, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 6 mai 2001, est entré en France irrégulièrement, selon ses déclarations, le 10 juin 2017. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Hérault au titre du dispositif des mineurs non accompagnés à compter de cette date et jusqu'au 19 octobre 2017. Une enquête de police a été diligentée pour vérifier l'authenticité des documents d'identité qu'il a présentés. Le tribunal correctionnel de Montpellier a condamné M. A, par jugement rendu le 18 octobre 2017, à une peine de quatre mois d'emprisonnement et une interdiction de territoire d'une durée de dix ans pour des faits d'escroquerie et de détention frauduleuse de documents administratifs. Le 7 septembre 2021, invoquant les conditions de son séjour et la demande de révision du jugement correctionnel présentée le 16 juillet 2019, il a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il conteste l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" ". Selon l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. Lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation.

4. Pour retenir la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de M. A, le préfet de l'Hérault se borne à indiquer que ce dernier est connu sous une autre identité, notamment avec une date de naissance du 4 avril 1999, et a été condamné par jugement rendu, le 18 octobre 2017, et devenu définitif, à une peine de quatre mois d'emprisonnement et une interdiction du territoire d'une durée de dix ans pour des faits d'escroquerie et de détention frauduleuse de documents administratifs. Or, il ressort des pièces du dossier que, saisie le 19 juillet 2019, la Cour de révision et de réexamen a, par une décision du 10 février 2022, annulé le jugement correctionnel, le rendant nul et non avenu à titre rétroactif, et a renvoyé la cause et les parties devant le tribunal correctionnel de Nîmes. En outre, la juridiction a, dans ses motifs qui viennent au soutien du dispositif, retenu que M. A avait notamment produit des actes de l'état-civil de Yamoussoukro portant déclaration de naissance de M. D A, le 6 mai 2002, par l'effet de la transcription d'un jugement supplétif d'acte de naissance du 20 décembre 2007 du tribunal de Toumodi, dans les formes, par les autorités de la Côte d'Ivoire et en a déduit un doute sur la culpabilité de l'intéressé. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault, qui n'a procédé à aucune vérification complémentaire et, au demeurant, avait été informé de la procédure de révision et de réexamen, ayant initialement indiqué, par mail, le 21 décembre 2021, à M. A qu'il attendait la décision de la juridiction avant de statuer, ne pouvait, sans entacher sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux, se fonder sur les seuls faits tirés de l'absence d'authenticité du document d'état-civil produit et sa condamnation pénale, au surplus, matériellement inexacts, compte tenu de l'effet rétroactif de la décision de la cour de révision.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation, que M. A est fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour qui lui a été opposé et, par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi qui se trouvent dépourvues de fondement juridique.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

6. Si M. A fait valoir qu'il a subi un préjudice moral lié à la mauvaise foi du préfet dans ses écritures, il n'établit ni la réalité de ce préjudice, ni son lien de causalité avec l'arrêté contesté. Ses conclusions à fin d'indemnisation, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Le présent jugement n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour au requérant, mais implique que le préfet de l'Hérault procède au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, lui délivre, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Baumel-Julien, avocate de M. A, sous réserve de la renonciation de cette dernière à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à l'encontre de M. A un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Baumel-Julien, avocate de M. A, une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Baumel-Julien.

Délibéré à l'issue de l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

M. Verguet, premier conseiller,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

D. C

Le greffier,

F. Balicki

Le président,

D. Besle

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 19 juillet 2022.

Le greffier,

F. Balicki

N°2202553fb

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