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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202589

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202589

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALETTE-BERTHELSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 19 mai 2022, le préfet de l'Hérault demande au tribunal d'annuler la décision tacite en date du 21 juillet 2019 par lequel le maire de la commune de Garrigues ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de division foncière présentée par le GFA Gravegeal.

Il soutient que :

- le maire était tenu de s'opposer à la déclaration préalable en vertu de l'avis conforme défavorable recueilli au titre de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme ;

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle méconnait l'article L.111-3 du code de l'urbanisme compte tenu de la situation des parcelles faisant l'objet de la division en dehors des parties urbanisées de la commune et en l'absence d'accès adapté pour les véhicules d'incendie et de secours et de desserte par les réseaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le GFA Gravegeal, représenté par la SELARL Valette-Berthelsen, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du préfet de l'Hérault une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête est irrecevable car le déféré est tardif et que les moyens soulevés par le préfet de l'Hérault ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- les observations de Mmes B et Wachman, représentant le préfet de l'Hérault, celles de Me Teles, représentant la commune de Garrigues et celles de Me Vidal, représentant le GFA Gravegeal.

Considérant ce qui suit :

1. Le GFA Gravegeal a déposé le 21 juin 2019 une déclaration préalable de division portant sur la division en trois lots de l'ensemble constitué des parcelles cadastrées section B n°s 206, 660 et 662. Le maire de la commune de Garrigues a édicté une décision d'opposition à cette déclaration préalable, valant retrait de la décision tacite née à l'issue du délai d'instruction, annulée par jugement du tribunal de céans en date du 24 mars 2022 au motif du défaut de procédure contradictoire ayant précédé ce retrait. Le préfet de l'Hérault défère au tribunal, en vue de son annulation, la décision de non-opposition à déclaration préalable de division parcellaire née le 21 juillet 2019, sous le n° 034 112 19 M0004.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission () ". Parmi les actes mentionnés par l'article L. 2131-2 de ce code figure, au 6° : " Le permis de construire et les autres autorisations d'utilisation du sol et le certificat d'urbanisme délivrés par le maire ".

3. Par ailleurs, l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme prévoit que, à défaut d'une décision expresse dans le délai d'instruction, le silence gardé par l'autorité compétente vaut notamment décision de non-opposition à la déclaration préalable. Aux termes de l'article L. 424-8 du même code : " Le permis tacite et la décision de non-opposition à une déclaration préalable sont exécutoires à compter de la date à laquelle ils sont acquis. ". Aux termes de l'article R. 423-7 de ce code : " Lorsque l'autorité compétente () est le maire au nom de la commune, celui-ci transmet un exemplaire de la demande ou de la déclaration préalable au préfet dans la semaine qui suit le dépôt. () ".

4. S'il résulte des dispositions de l'article L. 424-8 du code de l'urbanisme rappelées ci-dessus qu'une décision de non opposition à déclaration préalable tacite est exécutoire dès qu'elle est acquise, sans qu'il y ait lieu de rechercher si elle a été transmise au représentant de l'État, les dispositions de cet article ne dérogent pas à celles de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, en vertu desquelles le préfet défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. Figurent au nombre de ces actes les décisions de non-opposition à déclaration préalable, expresses et tacites. Une commune doit être réputée avoir satisfait à l'obligation de transmission, dans le cas d'une décision tacite, si elle a transmis au préfet l'entier dossier de déclaration préalable, en application de l'article R. 423-7 du code de l'urbanisme. Le délai du déféré court alors à compter de la date à laquelle l'autorisation est acquise ou, dans l'hypothèse où la commune ne satisfait à l'obligation de transmission que postérieurement à cette date, à compter de la date de cette transmission.

5. S'il est constant que la décision de non opposition à déclaration préalable de division parcellaire a été délivrée tacitement le 21 juillet 2019 au GFA Gravegeal, il n'est ni établi, ni même allégué, que le dossier de déclaration préalable aurait été transmis au préfet dans les conditions prévues par l'article R. 423-7 du code de l'urbanisme. L'information au préfet de la revendication par le GFA Gravegeal de la naissance de cette décision tacite, du fait de sa mise en cause dans les instances précitées, ne saurait dès lors constituer le point de départ du délai du déféré, lequel, introduit le 19 mai 2022, n'est pas tardif. La fin de non-recevoir opposée en défense doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Le GFA Gravegeal fait valoir que le maire n'était pas tenu de suivre l'avis conforme du préfet en raison de son illégalité. Le préfet a motivé son avis, défavorable au projet, par la situation des terrains d'assiette " dans une zone d'habitat diffus (formant) avec les parcelles limitrophes un compartiment distinct d'une zone urbanisée, donc un espace naturel homogène en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune ".

7. Aux termes de l'article L. 174-1 du code de l'urbanisme : " Les plans d'occupation des sols qui n'ont pas été mis en forme de plan local d'urbanisme, en application du titre V du présent livre, au plus tard le 31 décembre 2015 sont caducs à compter de cette date, sous réserve des dispositions des articles L. 174-2 à L. 174-5. La caducité du plan d'occupation des sols ne remet pas en vigueur le document d'urbanisme antérieur. A compter du 1er janvier 2016, le règlement national d'urbanisme mentionné aux articles L. 111-1 et L. 422-6 s'applique sur le territoire communal dont le plan d'occupation des sols est caduc. ". Aux termes de l'article L. 111-3 du même code : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Aux termes de l'article L. 422-5 du même code : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu. () ".

8. D'une part, ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées " en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte, pour l'application de ces dispositions, de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.

9. Il ressort des pièces du dossier que la division parcellaire en litige, opérée en vue de construire, porte sur une parcelle située dans des parties de la commune non bâtie. Le projet porte sur la division en trois lots d'une superficie respective de 750, 770 et 800 m2 de l'unité foncière cadastrée section B, nos 206, 660 et 662. Toutefois, cette unité foncière est située dans un compartiment non urbanisé, distinct de la partie voisine, qui ne supporte elle-même qu'une urbanisation diffuse et dont il est séparé par une route qui forme coupure d'urbanisation. Il ouvre par trois cotés sur une zone naturelle et agricole. Ainsi, alors même que les parcelles issues de la division en litige seraient desservies par les réseaux et la route, et que la surface dédiée aux constructions est réduite, cette division en vue de construire aurait pour effet d'étendre les parties actuellement urbanisées de la commune.

10. Dès lors, c'est par une exacte application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme que le préfet a considéré que cette division parcellaire aurait pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, et a émis un avis défavorable.

11. Il résulte de ce qui vient d'être exposé que l'avis émis par le préfet au titre de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, fondé sur ce seul motif, n'est pas illégal. Le maire était lié par cet avis conforme et il en résulte que la décision tacite de non opposition à déclaration préalable, acquise le 21 juillet 2019, est illégale et que le préfet de l'Hérault est fondé à demander son annulation.

12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par le préfet de l'Hérault ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la décision déférée.

13. Il résulte de ce qui précède que le préfet de l'Hérault est fondé à demander l'annulation de la décision de non-opposition à déclaration préalable de division en vue de construire née le 21 juillet 2019 sous le n° 034 112 19 M0004.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet de l'Hérault, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, quelque somme que ce soit, au titre des frais exposés par le GFA Gravegeal et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision tacite de non-opposition à déclaration préalable de division en vue de construire née le 21 juillet 2019 sous le n° 034 112 1 9M0004 est annulée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le GFA Gravegeal sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à au préfet de l'Hérault, à la commune de Garrigues et au GFA Gravegeal.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rigaud, présidente,

Mme Crampe, première conseillère,

M. Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure

S. Crampe La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 mai 2023.

La greffière,

M. A

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