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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202617

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202617

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantBALESTIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Balestié, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé de l'interdire de retour sur le territoire français durant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", " étranger malade " ou " admission exceptionnelle au séjour " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation quant aux différents titres de séjour sollicités, sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de 24 heures suivant la notification du jugement au besoin sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'ordonner la transmission de l'avis de l'OFII du 18 mai 2021 et de la commission du titre de séjour du 28 octobre 2021 ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le préfet ne lui a pas communiqué l'avis du médecin de l'agence régionale de santé (ARS) ou du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) afin qu'elle puisse présenter ses observations ;

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins alors qu'il n'est pas établi que le système de santé du Nigéria puisse prendre sa pathologie cardiaque en charge ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle vit depuis plus de 16 ans en France, qu'elle s'est insérée professionnellement et socialement et entretient une relation suivie et stable, depuis 2016, avec un ressortissant nigérian, étranger malade, en situation régulière ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit en violation des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en dépit du temps passé à instruire sa demande, le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa demande entachant ainsi sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré le 27 juin 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, pour Mme A, il n'a pas été communiqué.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Misslin, substituant Me Balestié, pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 5 mars 1985, dont les différentes demandes d'asile qu'elles a présentées en 2007, 2008, 2009 et 2011 ont toutes été définitivement rejetées, s'est vu opposer, les 2 novembre 2009, 17 août 2011, 20 mars 2014, trois refus de séjour respectivement assortis d'une obligation de quitter le territoire français. Par la suite, compte tenu de son état de santé, elle a obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", valable six mois du 15 octobre 2015 au 14 avril 2016, dont le refus de renouvellement le 18 septembre 2018 par le préfet de l'Hérault a été confirmé le 27 juin 2019 par le Tribunal puis le 29 septembre 2020 par la Cour administrative d'appel de Marseille. Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande d'admission au séjour présentée le 12 mars 2020 au titre de la vie privée et familiale et en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé de l'interdire de retour sur le territoire français durant un an.

Sur les conclusions tendant à ce que le préfet produise l'avis de l'OFII du 18 mai 2021 et de la commission du titre de séjour du 28 octobre 2021 :

2. Il n'y pas lieu de statuer sur ces conclusions dès lors qu'à l'appui du mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, le préfet de l'Hérault a produit, en pièces annexes n° 16 et 17, les avis dont Mme A demande qu'il soit fait injonction au préfet de transmettre.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault, a reçu délégation pour " la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision, faute d'une délégation régulière, doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".

5. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire que l'avis du collège des médecins de l'OFII doit être communiqué à l'intéressée dont il est établi qu'elle a bien été convoquée pour examen par l'OFII. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En quatrième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, la décision en litige est motivée tant en droit qu'en fait et elle a, du reste, permis en l'espèce à Mme A d'en critiquer le bien-fondé. Et il ne ressort pas de cette décision que le préfet de l'Hérault n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation.

7. En cinquième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision en litige que le préfet, qui a relevé qu'aucune des pièces versées au dossier ne permet de contredire l'avis exprimé le 18 mai 2021 par le collège des médecins, se serait estimé lié par cet avis dans lequel le collège des médecins a considéré que le défaut de soins ne devrait pas avoir pour Mme A des conséquences d'une exceptionnelle gravité et ne s'est donc pas prononcé sur la prise en charge de l'intéressée dans son pays d'origine.

8. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme A soutient qu'elle vit habituellement depuis 2006 en France, qu'elle est insérée professionnellement au bénéfice de contrats de travail à durée déterminée qui lui ont été délivrés en continu et socialement, qu'elle entretient une relation suivie et stable depuis 6 ans avec un compatriote nigérian, étranger malade, en situation régulière. Toutefois, les trois demandes d'asile qu'elle a présentées ont été rejetées par l'OFPRA et l'intéressée a fait l'objet de quatre refus de titre de séjour assortis d'une obligation de quitter le territoire français non exécutées, ainsi qu'il est rappelé au point 1. Les périodes d'activité professionnelle dont elle se prévaut, qui ont été exercées en dehors de la période pendant laquelle elle disposait du titre de séjour dont elle demande le renouvellement, l'ont été de manière irrégulière. Mme A, qui est célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale ou privée au Nigéria, pays qu'elle a quitté à l'âge de 21 ans. Si elle se prévaut d'une relation stable avec un ressortissant nigérian en situation régulière sur le territoire français, elle n'établit pas la communauté de vie ni la stabilité ou l'intensité de cette relation. Compte tenu de ces éléments, et de ce que l'intéressée peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la requérante n'est pas fondée à soutenir, nonobstant l'avis émis par la commission du titre de séjour, que le préfet de l'Hérault a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'il aurait porté une appréciation manifestement erronée sur sa situation personnelle en lui refusant les titres de séjour sollicités. Aucun des éléments, dont la requérante fait état à l'appui de sa requête, n'est constitutif, en l'espèce, d'une circonstance humanitaire ou d'un motif exceptionnel susceptible de justifier son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire sous trente jours :

10. En l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen, soulevé par la voie de l'exception, tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privé de base légale doit être écarté.

11. Si Mme A bénéficie d'un traitement médical à raison de problèmes cardiaques, elle n'établit pas que ce traitement ne serait pas disponible au Nigéria.

12. Les trois demandes d'asile que Mme A a présentées ont été rejetées par l'OFPRA, et par les pièces qu'elle apporte, la requérante n'établit pas qu'en l'obligeant à quitter le territoire, notamment vers le Nigéria, pays où elle serait réadmissible puisqu'elle en a la nationalité, le préfet de l'Hérault a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En obligeant Mme A, qui est célibataire et sans charge de famille, à quitter le territoire sous trente jours, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A au préfet de l'Hérault et à Me Balestié.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président-rapporteur,

M. Rousseau, premier conseiller,

M. Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseur le plus ancien,

M. C La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 13 juillet 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

N°2202617

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