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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202650

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202650

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2022, M. C A B, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2022 pris par le préfet de l'Hérault portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de l'admettre au séjour en qualité de " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ou sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation au regard de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable et n'est notamment pas tardive ;

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation faute notamment de mention de son parcours professionnel en France ;

- en s'abstenant de se prononcer sur la possibilité de régulariser sa situation sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en écartant sa régularisation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère ;

- les observations de Me Badji-ouali, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 1er mars 2022 le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à M. A B, ressortissant tunisien né le 24 septembre 1997, un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. M. A B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :

2. En premier lieu, il est fait état des considérations de droit et de faits sur lesquelles le préfet a fondé sa décision. S'agissant de la situation personnelle du requérant, le préfet a notamment précisé sa date d'entrée en France, l'expiration de son visa long séjour et la promesse d'embauche dont il se prévaut. Si le préfet a visé cette seule promesse et s'est abstenu de faire état de ce que l'intéressé avait auparavant exercé une activité professionnelle en France sur une durée de près de huit mois, il n'était pas tenu de relever l'ensemble des circonstances propres à la situation personnelle de l'intéressé mais uniquement celles qui fondent utilement le sens de sa décision. Par ailleurs, cette seule omission ne permet pas de conclure que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné la demande présentée par M. A B. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision et du défaut d'examen sérieux de la demande présentée doivent être écartés.

3. En second lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" ". En vertu de l'article 11 du même accord, les dispositions de cet accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. Enfin, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. D'une part, il résulte de ce qui précède que M. A B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. D'autre part, contrairement à ce que soutient M. A B, il résulte de la décision en litige que le préfet a étudié la possibilité d'une régularisation de son séjour au regard de sa situation professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son entrée en France, en août 2019, M. A B n'a travaillé que près de huit mois sous couvert de contrats à durée déterminée auprès de deux sociétés. Par ailleurs, si M. A B se prévaut de la cohérence de son parcours professionnel dans le secteur du bâtiment, rien ne s'oppose à la poursuite de celui-ci dans son pays d'origine où il a suivi sa formation initiale et effectué un stage d'un an. Enfin, alors même que le requérant n'établit pas qu'il exerce un métier rencontrant des difficultés de recrutement dans la région Languedoc-Roussillon, cette seule circonstance ne suffit pas à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation exceptionnelle au vu de sa situation professionnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A B tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B ne peut se prévaloir de l'irrégularité de la décision portant refus de séjour au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, la décision en litige expose les considérations de droit et de faits sur lesquelles elle se fonde. Il est notamment fait état de la date d'entrée en France de l'intéressé ainsi que de sa situation personnelle et professionnelle. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit donc être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. A B, célibataire et sans enfant à charge, a vécu la majeure partie de sa vie en Tunisie, où il a suivi ses études ainsi qu'un stage professionnel d'un an et où il n'allègue pas être isolé. Dans ces conditions, le fait qu'il fasse état d'une volonté d'intégration, qu'il maitrise la langue française et qu'il ait pu bénéficier d'expériences professionnelles ne permet pas de conclure qu'il aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, eu égard à la durée limitée de son séjour sur le territoire et aux caractéristiques de son activité professionnelle. Dès lors, c'est sans méconnaître les dispositions précitées ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu obliger M. A B à quitter le territoire français.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A B tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de M. A B. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonctions ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 15 septembre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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