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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202657

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202657

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202657
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Brulé représentant Mme B épouse A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, épouse A, ressortissante marocaine née le 3 août 1990, entrée pour la dernière fois en France le 24 juin 2019, munie d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes valable jusqu'au 17 septembre 2020, s'est mariée, au Maroc, le 17 février 2017, avec M. A, compatriote titulaire d'une carte de résident en cours de validité, avec lequel elle a eu un enfant né à Montpellier le 17 septembre 2017. Par un arrêté du 4 novembre 2019, dont la légalité a été confirmé par le Tribunal le 22 avril 2021, le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour. Le 5 octobre 2021, Mme B a présenté une nouvelle demande d'admission au séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 23 novembre 2021, dont Mme B demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande.

Sur la légalité du refus de séjour :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. En application des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte qu'un refus d'admission au séjour porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français et de la fixation de sa vie privée et familiale sur le territoire français, s'est mariée le 17 février 2017 avec M. A, ressortissant marocain titulaire d'une carte de résident en cours de validité, jusqu'en 2029. Elle précise à cet égard avoir quitté le Maroc en 2014 pour rejoindre l'Italie puis la France en 2017. Si, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, les pièces produites par Mme A ne permettent pas d'établir une présence continue auprès de son époux avant le 24 juin 2019, l'autorité préfectorale ne conteste toutefois pas la réalité de cette vie commune depuis lors et alors que Mme B, qui a accueilli un premier enfant le 18 septembre 2017 avec son époux, est actuellement enceinte du second. Par ailleurs, l'époux de Mme B est père de trois enfants, nées d'une précédente union avec une ressortissante française, sur lesquels il exerce l'autorité parentale et dispose d'un droit de visite et d'hébergement. Par suite, Mme B justifie avoir durablement fixé en France le centre de sa vie privée et familiale à la date de l'arrêté attaqué. Eu égard à la durée et aux conditions de séjour de Mme B, à la date de la décision en litige, et alors qu'il n'est pas établi que le comportement de l'intéressée constituerait une menace à l'ordre public, Mme B est fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant l'admission au séjour eu égard aux buts poursuivis par cette mesure et à ses effets.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme B un titre de séjour d'une année au regard de sa vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle en défense et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du portant refus de séjour à l'encontre de Mme B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer un titre de séjour à Mme B d'un an au titre de sa vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B épouse A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024

La rapporteure,

A. C Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 février 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

N°2202657

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