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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202707

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202707

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantDELORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 25 mai 2022, la présidente du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal administratif de Montpellier le dossier de la requête de M. B.

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2022, M. C B, représenté par Me Delort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays pour lequel il établit être légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour de 10 ans portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens.

Il soutient que :

- à défaut de production d'une délégation de signature, la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision contestée méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il bénéficie toujours de l'autorité parentale sur ses enfants et qu'il s'en est occupé ;

- la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle ainsi que de ses attaches familiales en France et méconnait les stipulation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 15 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête dans toutes ses conclusions.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Delort, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 10 avril 1988 à Sidi Ali Bourakba (Maroc), demande l'annulation de l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours en fixant le pays de renvoi.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français en 2002, à l'âge de 14 ans, afin de rejoindre son père, qu'il a été inscrit au collège Ampère à Arles dès l'année 2002/2003, où il a poursuivi sa formation et obtenu le brevet des collèges. A la suite de sa formation au sein du lycée professionnel Charles Privat à Arles, M. B a obtenu un diplôme d'artisan. Il ressort également des pièces du dossier que M. B, qui a été titulaire d'une autorisation provisoire de séjour valable du 29 juin au 28 septembre 2007 puis de cartes de séjour temporaires en qualité de conjoint français, toutes d'une durée d'un an, dont la dernière a expiré le 15 mars 2016, puis d'un titre de séjour " parent d'enfant français " valable du 16 mars 2017 au 15 mars 2018, a conclu plusieurs contrats de travail à durée déterminée pour les années 2012, 2016, 2018, 2019 et 2020, puis un contrat à durée indéterminé en 2019 et un autre en 2021. Il ressort aussi des pièces du dossier que son père, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 12 septembre 2029, ses frères, dont l'un est titulaire d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable jusqu'au 28 juin 2023 et l'autre d'une carte d'identité française délivrée en 2018, et sa belle-sœur, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 15 juin 2031, résident en situation régulière sur le territoire français. Enfin, si les trois enfants de M. B ont été placés à l'aide sociale à l'enfance depuis le 8 mars 2021, ceux-ci résident sur le territoire français, où vit également leur mère, de nationalité française. Dans ces conditions, la décision portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français porte une atteinte excessive au droit de M. B de mener une vie privée normale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur ses autres moyens, est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 mars 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, des décisions du même préfet du même jour qui l'obligent à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixent le pays de destination.

5. Le présent jugement, eu égard à ses motifs, n'implique pas qu'un titre de séjour valable 10 ans soit délivré à l'intéressé. Dès lors, les conclusions à cette fin doivent être rejetées. Il convient cependant d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer au requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ".

6. En l'absence de frais exposés au titre des dépens, les conclusions relatives aux dépens doivent être rejetées.

7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 mars 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ".

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. B au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions du recours est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 5 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

V. A

L'assesseur le plus ancien,

B. Pater

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 septembre 2022.

Le greffier,

S. Sangaréfb

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