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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202927

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202927

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202927
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCYRIELLE BONOMO FAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2022 M. A B, représenté par Me Bonomo-Fay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'a plus de contact avec sa famille restée au Pérou ; il a de nombreuses attaches amicales et courtoises en France et vit auprès de son frère ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'admission exceptionnelle au séjour ; le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- viole les dispositions de la directive 2008/115/CE ; l'article L. 511-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est contraire à la directive ; le préfet n'a pas pris en compte sa situation particulière ;

- le préfet s'est, à tort, cru en situation de compétence liée en édictant cette mesure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pastor, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant péruvien né en 1983, a sollicité le 23 février 2022 la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de la présence de son frère en France ainsi que d'une promesse d'embauche sur un poste d'ouvrier d'exécution établie par la société CESA énergie. Par arrêté du 13 mai 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la légalité du refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions du code du travail et mentionne que M. B, ressortissant péruvien né en 1983, est entré en France irrégulièrement selon ses déclarations en octobre 2021, et en se prévalant de son désir de travailler sur le territoire national où réside son frère. Le préfet précise qu'il ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour salarié, en l'absence de visa long séjour, et ne démontre pas davantage détenir sa vie privée et familiale en France. Dans ces conditions, la décision qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité son admission au séjour notamment en qualité de salarié. Si le préfet de l'Hérault a relevé à bon droit que l'intéressé ne disposait pas du visa long séjour prévu par l'article L. 412-1 pour la délivrance d'un titre de séjour " salarié ", l'autorité administrative a également examiné la possibilité d'exercer son pouvoir de régularisation. En relevant que l'intéressé, entré récemment en France et sans attaches familiales autres que celle de son frère, ne justifiait pas de motifs exceptionnels d'admission au séjour, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle d'ensemble.

4. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. B, arrivé en France, selon ses déclarations, en octobre 2021 se prévaut de la présence de son frère sur le territoire national. Toutefois, alors qu'il est arrivé très récemment en France, il est célibataire sans charge de famille et ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales au Pérou où il a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans et où résident ses parents. Par suite, le préfet de l'Hérault a pu sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale refuser de l'admettre au séjour.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire national :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Aux termes de l'article 12 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " 1. Les décisions de retour () ainsi que les décisions d'éloignement sont rendues par écrit, indiquent leurs motifs de fait et de droit () ".

8. Lorsqu'une obligation de quitter le territoire français assortit un refus de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences de l'article 12 de la directive précitée. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que les dispositions susmentionnées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne seraient pas compatibles avec celles de l'article 12 de ladite directive.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 et 6 le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle d'ensemble doit être écarté.

10. Enfin, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué, ni d'aucune pièce du dossier, que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée pour édicter à l'encontre du requérant l'obligation de quitter le territoire français contestée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mai 2022. Par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Bonomo-Fay.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

I. Pastor

La présidente,

L. Rigaud La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 septembre 2022.

La greffière,

A. Junon

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