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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202952

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202952

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP BEDEL DE BUZAREINGUES - BOILLOT - BLAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 10 juin, 1er septembre et 7 octobre 2022, M. B E et Mme A C, représentés par Me Avallone, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Lattes a délivré à la SCCV Les Platanes un permis de construire pour la réalisation d'un programme de 9 logements en R+3, d'un local à aménager et de 20 places de stationnement sur un terrain situé au 1366 avenue des platanes, ensemble la décision du 29 juillet 2022 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lattes une somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils détiennent un intérêt à agir contre l'arrêté en ce qu'ils sont voisins immédiats du projet, par la démolition d'un mur situé en mitoyenneté, l'imperméabilisation des sols et l'ampleur de l'immeuble avec de nombreuses vues à venir ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le projet ne précise pas les moyens pour sécuriser les abords de la résidence et rien ne

permet de s'assurer qu'un tel projet permettra une insertion normale de ses résidents notamment

en termes de circulation automobile ; de même le projet prévoit la démolition d'un mur mitoyen et aucun dispositif de sécurisation n'a été prévu ni même organisé de sorte que la réalisation du projet pourrait entrainer l'effondrement de leur propriété ;

- l'arrêté méconnait les prescriptions de l'article UI-4 du règlement du plan local d'urbanisme en ce que le projet ne prévoit pas de dispositifs visant à retenir et récupérer les eaux pluviales et rien ne permet de s'assurer du respect des prescriptions émises par le permis ;

- l'arrêté méconnait les prescriptions de l'article UI-6 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que rien dans le dossier ne permet de calculer la distance entre le projet et la route départementale D21E6 et l'ancienne maison qui va être démolie se situe à moins de 15 mètres ; également le local à vélo se situe à moins de 5 mètres également ;

- l'arrêté méconnait les prescriptions de la zone Z2 du plan de prévention des risques d'inondation en ce qu'il ne prévoit pas de compensation liée à l'imperméabilisation créée de 404 m².

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 juillet et 23 septembre 2022, la SCCV Les Platanes, représentée par Me Boillot, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire au sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ; les requérants n'ont pas d'intérêt à agir contre le projet de construction qui a pour effet de supprimer la mitoyenneté existante, et donc de réduire les troubles de jouissance et de perte d'intimité existants, et ne prévoit la réalisation que de 9 logements avec plantation de nombreux arbres ; en outre, les requérants ne rapportent pas la preuve de ce qu'ils auraient respecté les formalités prévues à l'article R 600-1 du code de l'urbanisme pour leur recours gracieux ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2022, la commune de Lattes, représentée par la SCP VPNG Avocats Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- les observations de Me Avallone, représentant M. E et Mme C, celles Me Bezard, représentant la commune de Lattes et celles de Me Boillot, représentant la SCCV Les Platanes.

Des notes en délibéré présentées par la SCCV Les Platanes, la commune de Lattes et M. E et Mme C ont été enregistrées le 26 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 mai 2021 la SCCV Les Platanes a déposé une demande de permis de construire en mairie de Lattes à l'effet de réaliser une construction de 9 logements en R+3, d'un local à aménager et de 20 places de stationnement sur un terrain situé au 1366 avenue des Platanes. Par arrêté du 12 janvier 2022, le maire de Lattes lui a délivré le permis de construire sollicité. Elle a ensuite sollicité et obtenu, par arrêté du 1er juillet 2022, un permis de construire modifiant l'emplacement initial du local à vélo. Par la présente requête, M. E et Mme C sollicitent l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2022 portant délivrance d'un permis de construire initial à la SCCV Les Platanes ainsi que la décision du 29 avril 2022 rejetant leur recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision de non opposition à déclaration préalable, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. Il ressort des pièces du dossier que les requérants, voisins immédiats du projet de construction, font valoir que ce projet d'immeuble collectif de trois étages comporte la réalisation de six terrasses entrainant des vues directes sur leur maison d'habitation. Compte tenu de l'ampleur du projet, en lieu et place d'une maison individuelle, et alors même que le projet va mettre fin à une mitoyenneté existante, les requérants doivent être regardés comme justifiant suffisamment de leur intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté de permis de construire en litige. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la société pétitionnaire doit être écartée.

4. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de () recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire, () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt () du recours. () ". Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'oppose la société pétitionnaire, les requérants lui ont, conformément aux dispositions précitées, notifié le 11 mars 2022 le recours gracieux formé contre le permis de construire initial et adressé par courrier du 9 mars 2022 au maire de la commune de Lattes. Dans ces conditions, le recours gracieux, également régulièrement notifié à la commune par courrier du même jour, selon les mêmes formalités, a été de nature à proroger le délai de recours contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce qu'en l'absence de notification du recours gracieux les délais de recours contentieux n'ont pas pu être prorogés de sorte que la saisine du tribunal le 10 juin 2022 serait tardive doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. L'article UI-6 du règlement du plan local d'urbanisme de Lattes dispose que : " Les constructions doivent être édifiées au minimum à : -100 m de l'axe de la future autoroute A9b ; - 40 m de l'axe de l'actuelle autoroute A9 (future A9a) ; - 35 m de l'axe de la RD21 ; - 15 m de l'axe des autres routes départementales et de l'ancienne ligne de chemin de fer Montpellier-Palavas ; - 5 m par rapport à l'emprise des autres voies publiques ou à usage collectif () ".

6. Les requérants font valoir que le projet de construction porté par la SCCV Les Platanes s'implante à moins de 15 mètres de l'avenue de Platanes, route départementale, en méconnaissance de ces dispositions. En défense tant la société pétitionnaire que la commune de Lattes font valoir que cette voie fait désormais partie, depuis une délibération du conseil métropolitain du 22 décembre 2016, du domaine public de la Montpellier Méditerranée Métropole de sorte qu'elle n'est plus une route départementale au sens et pour l'application de ces dispositions.

7. Toutefois, les règles relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques qui poursuivent, notamment, un objectif de sécurité publique, de lutte contre les nuisances dues au trafic et de protection du domaine public, ne peuvent être regardées comme ayant été fixées en raison du gestionnaire de la voie, anciennement le département, aujourd'hui la métropole, mais en raison des caractéristiques mêmes de cette voie. Dans ces conditions, alors que les caractéristiques de l'avenue des Platanes, son tracé, sa fréquentation, sa localisation n'ont pas été modifiées, la seule circonstance qu'elle fasse désormais parti du domaine public métropolitain n'est pas de nature à exclure l'application de la règle précitée tendant au respect d'une distance de 15 mètres entre la construction projetée et l'axe de cette voie. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté du 12 janvier 2022, non régularisé sur ce point par l'arrêté de permis de construire modificatif du 1er juillet 2022, qui autorise l'implantation de la construction projetée à 5 mètres depuis l'axe de l'avenue des Platanes, ancienne route départementale, RD2 E6, désormais gérée par la métropole, a été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UI6.

8. Aux termes de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme aucun des autres moyens soulevés dans la requête n'est susceptible d'entrainer l'annulation du permis de construire attaqué.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1du code de l'urbanisme :

9. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". L'article L. 600-5-1 du même code dispose que : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600 5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

10. Il ressort des pièces du dossier notamment du plan de masse du projet de construction que l'implantation du projet se situe, à l'arrière du bâtiment, en limite séparative de sorte que le respect des dispositions précitées de l'article UI6, entrainant un recul supplémentaire de 10 mètres suivant l'axe de l'avenue des Platanes, n'est pas, en l'état, régularisable. Par suite, eu égard à sa nature et à sa portée, l'illégalité constatée au point 7 du présent jugement ne peut être regardée ni comme affectant une partie seulement du projet de la société Les Platanes, ni comme susceptible d'être régularisée par l'intervention d'un permis de construire modificatif sans que la nature même du projet n'en soit changée. Dès lors, il n'y a lieu ni de prononcer une annulation partielle en application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, ni de surseoir à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 de ce même code. Par voie de conséquence, les conclusions subsidiaires présentées par la SCCV Les Platanes en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. E et Mme C sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2022 ainsi que la décision du 29 juillet 2022 rejetant leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, les sommes demandées par la commune de Lattes et la SCCV Les Platanes, au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Lattes une somme de 1500 euros à verser aux requérants sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 janvier 2022 du maire de la commune de Lattes et la décision du 29 juillet 2022 sont annulés.

Article 2 : La commune de Lattes versera à M. E et Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, Mme A C, à la commune de Lattes et à la SCCV Les Platanes.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Sophie Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La rapporteure

I. Pastor La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 février 2023.

Le greffier,

M. D.

2

aj

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