mercredi 2 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203064 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | COHEN-DRAI ARMAND |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n° 211576 du 14 juin 2022, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par Mme A C.
Par cette requête enregistrée le 19 mars 2021, Mme A C, représentée par Me Cohen Drai, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de délivrance d'un passeport déposée le 18 juin 2020 et d'une carte nationale d'identité déposée le 14 janvier 2021 concernant son enfant mineur B, née le 23 mars 2020 à Toulouse ;
2°) d'ordonner à la préfecture de l'Hérault de lui délivrer le passeport et la carte nationale d'identité au nom de son enfant mineur ;
3°) de statuer ce que de droit sur les dépens.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, certains motifs étant sans rapport avec la filiation de l'enfant, dont la nationalité est établie au regard de sa filiation, le préfet n'apportant en outre aucune preuve ni démonstration à l'appui de ses allégations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2021, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante gabonaise, a donné naissance le 23 mars 2020 à Toulouse à une fille, que M. , de nationalité française, a reconnue le 27 mars 2020 à la mairie de Saint-Etienne. Le 18 juin 2020, Mme C a déposé auprès de la mairie de Montauban une demande de délivrance de passeport pour sa fille et, le 14 janvier 2021, auprès de la mairie de Toulouse une demande de carte nationale d'identité. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté ses demandes.
2. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité.
3. Il ressort des termes de la décision contestée qu'elle est fondée sur le caractère frauduleux de la reconnaissance de l'enfant dans le but de faire obtenir à la requérante un droit de séjour en qualité de parent d'enfant français. Pour estimer qu'il existait un doute suffisant sur la nationalité française par filiation de l'enfant de la requérante, le préfet fait valoir l'entrée de celle-ci sur le territoire le 23 octobre 2013 et la délivrance d'un titre en qualité d'étudiant-élève puis l'absence de titre de séjour ainsi que l'obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée le 7 février 2017 et confirmée par le jugement du Tribunal administratif de Toulouse le 14 février 2018, l'absence de communauté de vie avec le père de l'enfant, M. , qui demeure avec son épouse à Saint-Etienne, ainsi que la reconnaissance par le père de 9 enfants nés de 3 mères différentes en situation irrégulière ou régularisées par la suite, en qualité de parent d'enfant français.
4. Il ressort effectivement des pièces du dossier que Mme C se maintient en situation irrégulière en France malgré une obligation de quitter le territoire français, et qu'elle n'a pas de vie commune avec le père de l'enfant. Toutefois, il résulte également des auditions effectuées par les services préfectoraux que les deux intéressés ont déclaré de manière concordante une relation épisodique, à partir de janvier 2019, qui a pris fin après l'annonce de la grossesse de la requérante et que M. a indiqué vivre maritalement à Saint-Etienne avec une femme avec laquelle il a eu quatre enfants. Le préfet se borne à faire valoir que M. aurait reconnu 9 enfants nés de 3 mères différentes en situation irrégulière ou régularisées par la suite, sans apporter aucun élément au soutien de cette information et sans justifier d'une saisine du procureur de la République ou de l'existence de suites judiciaires qui auraient établi le caractère frauduleux de ces reconnaissances. Dans ces conditions et alors qu'en outre les éléments ignorés par Mme C lors de son audition, que le préfet invoque pour la première fois dans son mémoire en défense, n'apparaissent pas de nature à révéler une quelconque " incohérence ", Mme C est fondée à soutenir qu'il n'existait pas de doutes suffisamment sérieux sur la filiation et la nationalité française de son enfant et que la décision du préfet est entachée d'une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à l'enfant Bdoit être annulée.
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Le présent jugement, qui annule le refus opposé à la demande de Mme C, implique nécessairement, eu égard à son motif, que l'Etat procède à la délivrance de la carte nationale d'identité et du passeport sollicités pour l'enfant B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Hérault d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
7. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, il n'y a pas lieu de statuer sur la charge desdits dépens.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 25 janvier 2021 du préfet de l'Hérault est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de procéder à la délivrance de la carte nationale d'identité et du passeport sollicitée par Mme C pour l'enfant B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Hervé Verguet, premier conseiller,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.
La rapporteure,
M. Couégnat
Le président,
J. Charvin
La greffière,
A. Lacaze
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 novembre 2022.
La greffière,
A. Lacaze
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026