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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203092

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203092

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 16 juin 2022 et le 8 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2022 pris par le préfet de l'Hérault portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de l'admettre au séjour au titre de sa vie privée et familiale ou en qualité de salarié à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- en refusant d'examiner sa demande de titre de séjour faute de détention d'un visa long séjour, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché la décision en litige d'un défaut d'examen ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa date d'entrée en France, de son intégration sociale et professionnelle et de la situation de l'emploi en Occitanie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- M. B ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisque l'accord franco-marocain trouve seul à s'appliquer ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55%, par décision du 18 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère ;

- les observations de Me Barbaroux, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 29 mars 2022 le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à M. B, ressortissant marocain né le 28 juillet 1983, un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". L'article L. 435-1 du même code prévoit que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". L'article L. 412-2 précise enfin que : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'étranger est exempté de la production du visa de long séjour mentionné au même article pour la première délivrance des cartes de séjour suivantes : () 6° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " délivrée sur le fondement des articles L. 435-1 ou L. 435-2 () ".

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". En vertu du premier alinéa de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ".

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire français s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet, après avoir opposé l'absence de détention de visa long séjour par M. B, a décidé de ne pas statuer sur la demande d'autorisation de travail. Il a ensuite refusé de déroger aux dispositions exigeant la présentation d'un tel visa après avoir estimé que le contrat de travail à durée indéterminée présenté par l'intéressé ne constituait pas un motif exceptionnel d'admission au séjour.

6. Si M. B fait valoir que le préfet a commis une erreur de droit en exigeant la détention d'un visa long séjour alors qu'il sollicitait un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte du principe énoncé au point 4 du présent jugement qu'il ne peut utilement se prévaloir de l'application de ces dispositions. Par ailleurs, alors que M. B faisait valoir, dans sa demande de titre de séjour, sa qualité de salarié, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en relevant qu'il était démuni de visa long séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avant d'écarter la possibilité d'une régularisation. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le préfet a statué au vu de l'ensemble des éléments qu'il détenait, notamment du contrat de travail à durée indéterminée en qualité de maçon dont se prévaut l'intéressé. Les circonstances qu'il n'ait pas mentionné la production de pièces relatives au statut de la société employeur et que le métier de maçon soit en tension en Occitanie ne suffisent pas à établir que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la demande présentée par M. B. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché la décision en litige d'un défaut d'examen de la situation de M. B.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B établit sa présence en France depuis septembre 2015 compte tenu notamment des baux à usage d'habitation, des factures d'électricité et des assurances habitation qu'il produit. Par ailleurs, il a déclaré de 2017 à 2020, la perception de revenus et présente désormais un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de maçon en faisant valoir qu'il s'agit d'un métier actuellement en tension en Occitanie. Toutefois, divorcé depuis 2016, il ne fait pas état de liens familiaux ou sociaux d'une particulière intensité sur le territoire français alors que ses parents, ses quatre frères et sœurs et son enfant, âgé de près de 9 ans, résident au Maroc où il a lui-même vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, s'il fait état de la possibilité de bénéficier d'un contrat de travail à durée indéterminée en France, il n'a pas produit de bulletins de salaire depuis mai 2020, malgré une demande en ce sens des services de la préfecture, et il n'allègue pas être dépourvu de perspectives professionnelles au Maroc où il a travaillé en qualité de maçon pendant 3 ans. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation de la situation professionnelle et personnelle de l'intéressé ni méconnaître les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet a pu prendre la décision en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de M. B. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonctions ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 septembre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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