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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203133

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203133

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 juin 2022 et 3 août 2022, M. B A, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans ce même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de la circulaire du 12 juillet 2021 intitulée " travailleurs étrangers et autorisation de travail - modalités d'application des dispositions du code du travail " qui est venue préciser les critères fixés par la circulaire du 28 novembre 2012 dite " circulaire Valls " ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public et de l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bazin pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 19 août 1982 à Tafacirga (Mali), déclare être entré en France le 15 août 2018 afin d'y déposer une demande d'asile. Sa demande ayant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dans une décision du 12 avril 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 septembre 2019, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement par un arrêté du 5 décembre 2019 auquel l'intéressé n'a pas déféré. Le 3 janvier 2022, M. A a demandé son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 avril 2022, dont il demande l'annulation, le sous-préfet de Béziers a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour, qui n'a pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à la vie personnelle du requérant, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est donc suffisamment motivée au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle ne mentionnerait pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", () sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié en se prévalant des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le préfet de l'Hérault a relevé à bon droit que l'intéressé ne disposait pas du visa long séjour prévu par l'article L. 412-1 du même code, il a néanmoins examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé en qualité de " salarié ", en relevant qu'il ne justifiait pas, au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée pour avoir opposé l'absence de visa de long séjour et de l'absence d'examen réel et complet de la situation professionnelle de M. A doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-14 du même code : " Peut faire l'objet de la demande prévue à l'article R. 5221-11 () l'étranger résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour ".

6. Si M. A soutient que le préfet de l'Hérault a entaché sa décision d'une erreur de droit en s'abstenant de statuer sur la demande d'autorisation de travail introduite le 14 octobre 2021, il est toutefois constant que l'intéressé ne disposait pas d'un droit au séjour sur le territoire national à la date de sa demande d'admission au séjour. L'autorité administrative n'était ainsi pas tenue de statuer sur la demande d'autorisation de travail présentée conformément aux dispositions des articles R. 5221-14 et R. 5221-15 du code du travail. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault était fondé à lui opposer la circonstance que seule la procédure d'introduction d'un salarié en France prévue par l'article L. 5221-2 du code de travail précité était applicable. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée sur ce point doit être écartée.

7. Un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Au soutien du moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A se prévaut, d'une part, d'une demande d'autorisation de travail du 14 octobre 2021 et d'un contrat de travail à durée indéterminée signé le 5 octobre 2020 en qualité d'ouvrier d'exécution avec la SAS Habitat Concept Pro, société pour laquelle il travaillait sous couvert de contrats à durée déterminée depuis le 16 avril 2019 et, d'autre part, de son insertion sur le territoire français où il réside depuis trois ans. Toutefois, de tels éléments ne permettent pas de faire regarder le requérant comme justifiant d'une intégration professionnelle stable sur le territoire français, alors d'ailleurs que la profession qu'il exerce ne présente aucune spécificité. En outre, et à supposer même que M. A réside en France de manière continue depuis l'année 2018, il ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 5 décembre 2019, qu'il n'a pas exécutée. Enfin, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son père, les membres de sa fratrie, son épouse ainsi que leurs deux enfants. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur de droit, estimer qu'au regard de son expérience et de ses qualifications professionnelles ainsi que de l'ancienneté de son séjour et de sa vie privée et familiale, M. A ne justifiait, ni d'une situation exceptionnelle, ni d'un motif humanitaire, susceptibles de justifier son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Enfin, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur qui ne contient que de simples orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire d'appréciation dont ils disposent et ne comporte aucune interprétation du droit positif ni aucune description des procédures administratives au sens de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, si la note n° INTV2121684J du ministère de l'intérieur du 12 juillet 2021 renvoie aux critères définis par cette circulaire, elle ne peut pas pour autant en modifier la nature juridique. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de cette circulaire doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, l'arrêté du 6 avril 2022 a été signé par M. D, sous-préfet de l'arrondissement de Béziers, qui bénéficiait d'une délégation en vertu de l'arrêté n° 2022-03-DRCL du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 39 du 10 mars 2022, le préfet de l'Hérault, à l'effet de signer, notamment " les refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. En se bornant à faire état de sa présence en France depuis le mois d'août 2018 et de la circonstance qu'il a été embauché dès 2019 en qualité d'ouvrier d'exécution auprès de la SAS Concept Habitat Pro sur des contrats à durée déterminée puis sur un contrat à durée indéterminée, M. A, dont la demande d'admission au statut de réfugié a été définitivement rejetée, n'établit ni même n'allègue être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans et où résident notamment son épouse et leurs deux enfants, nés respectivement en 2015 et 2017. Ce faisant, le requérant ne démontre pas qu'il aurait établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que le protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur le surplus des conclusions :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées. Il en est de même des conclusions de Me Bazin tendant au bénéfice des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Bayada, première conseillère,

- Mme Gavalda, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La rapporteure,

A. CLe président,

J-P. GayrardLa greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 septembre 2022.

La greffière,

I. Laffargue

il

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