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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203164

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203164

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantVARLET-ANGOVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 juin 2022 et le 25 janvier 2023, l'association intercommunale de chasse agréée (AICA) de Fosse-Vira demande au tribunal :

1°) d'annuler le bail de chasse concédé de gré à gré le 1er avril 2016 par l'office national des forêts (ONF) avec l'association Chasse et loisirs P.O. sur le lot BOH4 sur la commune de Vira ;

2°) d'annuler les décisions du 11 février 2022 et du 9 mai 2022 par lesquelles le directeur de l'ONF a refusé, d'une part, de résilier ledit bail à la date de son sixième anniversaire le 1er avril 2022 et, d'autre part, de conclure avec elle un nouveau bail ;

3°) d'enjoindre à l'ONF de conclure avec elle un bail de chasse de gré à gré sur cette parcelle.

Elle soutient que :

- le Tribunal est compétent pour statuer sur ce litige qui porte sur un acte administratif détachable d'un contrat privé pris dans le cadre d'une mission de service public grâce à l'exercice de prérogatives de puissance publique ;

- son recours est recevable car il tend à l'annulation d'actes créateurs de droit et, faute de publication ou de notification du bail en litige, sa requête n'est pas tardive ;

- le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de conclure le bail est recevable faute de publication ou de notification ;

- elle a qualité pour agir depuis sa création et intérêt à agir, au regard de son objet, car elle remplit les conditions du code forestier pour se voir attribuer un bail de chasse de gré à gré ;

- elle a demandé l'attribution de ce bail et les dispositions de l'article R. 213-52 du code forestier imposaient que l'ONF résilie le bail conclu le 1er avril 2016 ;

- le bail était irrégulier ce qui justifie sa résiliation car :

* l'attributaire ne bénéficiait pas du privilège d'antériorité puisqu'il n'était pas locataire sortant au sens de l'article R. 213-51 du code forestier et il ne bénéficiait pas de l'application d'un autre critère de priorité ;

* le fait que le lot en litige soit adjacent à un lot donné à bail à l'attributaire ne suffit pas à justifier l'attribution du bail en litige car le lot BOH4, n'est pas enclavé et est d'une superficie suffisante au sens des dispositions de l'article R. 213-51 du code forestier ;

* il n'est pas établi que la bonne gestion cynégétique justifiait la sélection de l'attributaire choisi ;

* la rétrocession du bail à une association est illégale car cette association ne respectait pas les critères fixés par l'article R. 213-52 du code forestier ;

* la conclusion et le transfert de ce bail constituent un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2022, l'office national des forêts (ONF), représenté par Me Varlet-Angove, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association intercommunale de chasse agréée de Fosse-Vira une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le juge administratif est incompétent pour statuer car les décisions en litige relèvent de ses missions industrielles et commerciales er se rapportent à la gestion du domaine privé sans mise en œuvre de prérogatives de puissance publique et sans que n'ait été menée une procédure d'adjudication ;

- l'association requérante n'a pas intérêt à agir car elle n'existait pas lorsque le bail fut conclu et il n'a donc pas été porté atteinte à ses intérêts et elle n'a pas de droit à bénéficier d'un bail conclu de gré à gré ;

- le bail conclu le 1er avril 2016 est régulier au regard des dispositions des articles

R. 213-51 et R. 213-52 du code forestier ;

- ce même article R. 213-52 n'ouvre qu'une possibilité de résiliation du bail en cas de création d'une association communale de chasse agréée et pas une obligation, de sorte que son refus de conclure un bail avec la requérante n'est pas irrégulier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;

- et les observations de M. A, représentant l'association intercommunale de chasse agréée de Fosse-Vira.

Une note en délibéré a été enregistrée le 15 septembre 2023 pour l'association intercommunale de chasse agréée de Fosse-Vira.

Considérant ce qui suit :

1. L'office national des forêts (ONF) a conclu le 1er avril 2016 un bail de gré à gré avec l'association Chasse et loisirs P.O. sur le lot BOH4 situé dans la commune de Vira. Par deux courriers notifiés le 28 janvier 2022 et le 9 mars 2022, l'association intercommunale de chasse agréée de Fosse-Vira a demandé la résiliation de ce bail et la conclusion, avec elle, d'un nouveau bail de gré à gré. Par courrier du 11 février 2022, l'ONF a rejeté sa demande. Par la présente requête, elle demande l'annulation du dit bail, ainsi que celle de la décision expresse du 11 février 2022 et de la décision implicite née le 9 mai 2022 par lesquelles l'ONF a refusé de procéder à la résiliation de ce bail et de conclure avec elle un nouveau bail. Elle demande enfin qu'il soit enjoint à l'ONF de conclure avec elle un nouveau bail de chasse, de gré à gré, sur ce lot.

2. D'une part, lorsqu'un établissement public tient de la loi la qualité d'établissement public industriel et commercial, les litiges nés de ses activités relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire, à l'exception de ceux relatifs à celles de ses activités qui, telles la réglementation, la police ou le contrôle, ressortissent par leur nature de prérogatives de puissance publique et ne peuvent donc être exercées que par un service public administratif.

3. Aux termes de l'article L. 221-1 du code forestier : " L'Office national des forêts est un établissement public national à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle de l'Etat ". En vertu des dispositions de l'article L. 221-2 du même code il est chargé de la mise en œuvre du régime forestier ainsi que de la gestion et de l'équipement des bois et forêts qui appartiennent à l'Etat, ou sur lesquels l'Etat a des droits de propriété indivis. Afin d'exercer ces missions, l'article D. 221-2 du même code lui confie " tous pouvoirs techniques et financiers d'administration, notamment en matière d'exploitation des droits de chasse et de pêche ". S'agissant de l'exploitation des droits de chasse, l'article R. 213-45 du code forestier prévoit que l'ONF détermine les parties des bois et forêts de l'Etat sur lesquelles le droit de chasse sera exploité, il en arrête le lotissement et en détermine son mode d'exploitation. Dans ces conditions, lorsque l'ONF conclut ou s'abstient de conclure une location de gré à gré avec une personne privée autorisant le droit de chasse sur les terrains dont il a la gestion, l'établissement public n'accomplit aucun acte distinct de la gestion des forêts de l'Etat qui lui est confiée, dont il appartient au juge judiciaire de connaître.

4. D'autre part, la contestation par une personne privée de l'acte par lequel une personne morale de droit public ou son représentant, gestionnaire du domaine privé, initie avec cette personne privée, conduit ou termine une relation contractuelle, quelle qu'en soit la forme, dont l'objet est la valorisation ou la protection de ce domaine et qui n'affecte ni son périmètre ni sa consistance, ne met en cause que des rapports de droit privé et relève, à ce titre, de la compétence du juge judiciaire.

5. En revanche, la juridiction administrative est compétente pour connaître de la demande formée par un tiers tendant à l'annulation de la délibération d'un conseil municipal autorisant la conclusion d'une convention ayant pour objet la mise à disposition d'une dépendance du domaine privé communal et de la décision du maire de la signer. Plus généralement, le juge administratif est compétent pour statuer sur les litiges formés par les tiers contre les décisions administratives détachables des contrats de droit privé.

6. Par ailleurs, la juridiction administrative est compétente pour connaître de la contestation par l'intéressé de l'acte administratif par lequel une personne morale de droit public refuse d'engager avec lui une relation contractuelle ayant un tel objet.

7. Dans ces conditions, la détermination de l'ordre compétent pour statuer, d'une part, sur la contestation, par l'association requérante, de la décision par laquelle l'office national des forêts a conclu, avec un tiers, un bail de chasse de gré à gré et refuse de le résilier et, d'autre part, sur la décision par laquelle l'office national des forêts refuse de conclure avec elle un bail de chasse de gré à gré, pose une difficulté sérieuse.

8. Aux termes de l'article 35 du décret du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles : " Lorsqu'une juridiction est saisie d'un litige qui présente à juger, soit sur l'action introduite, soit sur une exception, une question de compétence soulevant une difficulté sérieuse et mettant en jeu la séparation des ordres de juridiction, elle peut, par une décision motivée qui n'est susceptible d'aucun recours, renvoyer au Tribunal des conflits le soin de décider sur cette question de compétence. La juridiction saisie transmet sa décision et les mémoires ou conclusions des parties au Tribunal des conflits. L'instance est suspendue jusqu'à la décision du Tribunal des conflits ".

9. Il y a lieu de faire application de ces dispositions et de renvoyer au Tribunal des conflits le soin de décider sur les questions de compétence posées par le litige et de surseoir à statuer jusqu'à ce que le Tribunal des conflits ait tranché la question de savoir si les litiges relèvent ou non de la compétence de la juridiction administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'affaire est renvoyée au Tribunal des conflits.

Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête de l'association intercommunale de chasse agréée de Fosse-Vira jusqu'à ce que le Tribunal des conflits ait tranché les questions de compétence exposées au point 7 de la présente décision.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à l'association intercommunale de chasse agréée de Fosse-Vira, à l'office national des forêts, à l'association Chasse et loisirs P.O. et au Tribunal des conflits.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 septembre 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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