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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203197

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203197

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBILLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 juin 2022, le magistrat désigné du tribunal administratif de Toulouse a transmis au tribunal, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A.

Par une requête enregistrée le 18 juin 2022, M. E A, représenté par Me Billa, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le fait de refuser d'accorder un délai de départ volontaire est une simple faculté ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huchot, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1984 et de nationalité algérienne, déclare être présent sur le territoire français depuis 2018. Dans le cadre d'une surveillance d'une zone industrielle impactée par des vols de carburants, les services de la police nationale ont interpellé M. A le 16 juin 2022. Par un arrêté du 17 juin 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de Vaucluse a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. D C, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet de Vaucluse, qui bénéficie, en vertu d'un arrêté préfectoral du 23 février 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de Vaucluse le 25 février 2022, d'une délégation consentie à l'effet de signer les décisions attaquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne produit aucun document quant à sa présence alléguée pour les années 2018, 2019 et 2020. Par ailleurs, il ne justifie que d'une présence très ponctuelle à compter d'août 2021 par la production d'une attestation Engie à son nom et à celui de sa compagne alléguée, contredite d'ailleurs par une attestation de celle-ci qui indique que leur union libre a seulement débuté en novembre 2021 et que la vie commune existerait depuis décembre 2021. Par ailleurs, l'intéressé est célibataire et sans charge de famille. Enfin, l'intéressé n'est pas isolé dans son pays d'origine ou vivent encore ses parents et ses huit frères et sœurs, et où il a lui-même vécu à minima jusqu'à l'âge de 34 ans à la date de son entrée déclarée sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme doit être écarté.

7. En troisième lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire serait privée de base légale doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet de Vaucluse se serait estimé tenu de refuser d'accorder un délai de départ volontaire, mais a contraire tenu compte de l'ensemble de la situation de l'intéressé telle qu'elle lui a été présentée à la date de la décision attaquée. Par suite le moyen qui doit être regardé comme tiré de l'erreur de droit en ce que le refus d'accorder un délai de départ volontaire constitue une simple faculté, doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Il résulte de ces dispositions que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour lorsque l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que la durée de cette interdiction doit alors être fixée en prenant en compte la durée de présence en France, les liens tissés, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et la menace à l'ordre public. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, cette circonstance n'est pas retenue au nombre des motifs justifiant la durée de l'interdiction, l'autorité administrative n'est pas tenue, sous peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué mentionne expressément les éléments de droit et de fait pris en considération pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et indique notamment qu'il ne dispose d'aucun membre de sa famille sur le territoire français et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Si la décision ne mentionne pas la relation sentimentale alléguée, l'intéressé lui-même n'en fait pas état dans le cadre de ses auditions par les services de police. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

12. En dernier lieu, M. A qui s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre et qui ne se prévaut pas de circonstances humanitaires entre dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visé par l'arrêté en litige. Par ailleurs, eu égard à la situation de l'intéressé telle que rappelée au point 6 et aux circonstances de son interpellation, le moyen tiré ce que le préfet du Vaucluse aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, laquelle n'est pas disproportionnée, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. E A, à Me Billa et au préfet de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

N. B

Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 27 juillet 202Le greffier,

D. Martinier

N°2203197

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