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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203210

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203210

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCOUPARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2022, Mme B, représentée par Me Coupard, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par le préfet de l'Hérault ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un certificat de résidence, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans les huit jours.

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

La décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

La décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle eu égard à la circonstance de son isolement dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Coupard, représentant Mme B.

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 24 janvier 1977, est entrée clandestinement en France le 5 février 2018 selon ses déclarations. Elle a épousé le 13 novembre 2021 un compatriote, né le 25 octobre 1973, titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 28 avril 2024. Par arrêté du 29 mars 2022, dont il est demandé l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions tendant à la communication de l'entier dossier :

2. En application de l'article R. 611-10 du code de justice administrative, le rapporteur fixe, eu égard aux circonstances de l'affaire, le délai accordé aux parties pour produire leurs mémoires. Il peut demander aux parties, pour être jointes à la procédure contradictoire, toutes pièces ou tous documents utiles à la solution du litige.

3. En l'espèce, le préfet a produit des pièces dont il était en possession, relatives à la situation administrative de Mme B. Celles-ci ont été communiquées dans le respect du contradictoire. Il n'apparaît pas nécessaire d'ordonner la communication d'autres pièces détenues par l'administration. Par suite, les présentes conclusions doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En vertu de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 aux termes duquel: " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5. au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. En premier lieu, en se fondant à la fois sur la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sur l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 et sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en retenant, pour justifier la décision de refus de sa demande, que Mme B ne démontre pas être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et ne démontre pas être isolée le temps nécessaire à la mise en œuvre par son époux de la procédure de regroupement familial prévu par l'article 4 du même accord, le préfet a suffisamment motivé en droit et en fait la décision attaquée et, nonobstant la question du bien-fondé de cette motivation, le moyen tiré de son insuffisance doit donc être écarté.

6. En second lieu, pour contester la décision attaquée, Mme B fait valoir être arrivée sur le territoire national en 2018 et y avoir toute sa famille en situation régulière ainsi que son époux, soit l'ensemble de ses intérêts familiaux. Toutefois, il n'est pas contesté qu'elle est arrivée clandestinement à une date dont elle ne justifie pas. Si elle expose être restée en Algérie pour s'occuper de son frère ainé handicapé, celui-ci est décédé en 2014, soit 4 ans avant la date déclarée de son arrivée, et elle ne justifie pas ne plus avoir d'autres frères et sœurs en Algérie. Elle ne démontre aucune insertion sur le territoire français depuis son arrivée, s'étant domiciliée au centre communal d'action sociale jusqu'en février 2020, et ayant demandé le bénéfice de l'aide médicale de l'Etat en janvier 2021 L' intéressé a sollicité le titre de séjour litigieux quatre mois après son mariage avec un compatriote avec lequel elle ne vivait pas avant le mariage et seul le fait qu'elle soit désormais co-titulaire du bail dont bénéficiait son mari ne suffit pas à démontrer la réalité et la stabilité des liens avec celui-ci. Dans ces conditions, le refus de séjour n' a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard de ses motifs. Mme B n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet de l'Hérault a méconnu les stipulations citées point 4 ou commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. La décision portant refus de séjour n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachée d'illégalité, cette exception d' illégalité sera écartée.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

10. Contrairement à ce que soutient Mme B, et pour les motifs indiqués au point 6, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision, et ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de qui précède que les conclusions de Mme B aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 29 mars 2022 doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et de celles tendant à l'application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative, et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Coupard, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

La rapporteure,

B A

Le président

V. Rabaté

Le greffier,

S. SANGARE

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 3 octobre 2022,

Le greffier,

S. Sangare

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