lundi 3 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203211 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SUMMERFIELD GABRIELLE |
Vu la procédure suivante :
Par requête et mémoire, enregistrés les 21 juin et 10 août 2022, Mme A C, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ", l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au Préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour " membre de famille d'un citoyen de l'union européenne " ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour elle de renoncer à l'aide juridictionnelle conformément à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme C soutient que :
-La décision de refus de titre de séjour méconnaît les articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-La décision portant obligation de quitter le territoire est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour. Le préfet a commis une erreur d'appréciation de l'absence de menace pour l'ordre public et de l'abus de droit. Le préfet n'a pas tenu compte de l'âge du couple en application de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
-La décision fixant le pays de renvoi ne saurait être le Maroc, pays dont elle a la nationalité, car elle dispose d'un titre de séjour espagnol et son époux est espagnol :
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par Me Joubes, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
- à titre principal, que la requête est irrecevable pour être tardive ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du n°2022/004934 du 18 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les s observations de Me Agier, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.
1. Mme C, ressortissante marocaine, née en 1963, est entrée dans l'espace Schengen par l'Espagne le 31 janvier 2020 . Le 15 février 2022, elle a sollicité de l'Etat français la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ". Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de céans d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022, par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ; Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. (). ". Aux termes de l'article L. 200-4 du même code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne (). (). Aux termes de l'article R. 233-15 du même code : " Les membres de famille ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 233-2 présentent dans les trois mois de leur entrée en France leur demande de titre de séjour avec leur passeport en cours de validité ainsi que les justificatifs établissant leur lien familial et garantissant le droit au séjour du citoyen de l'Union européenne accompagné ou rejoint () Ils reçoivent une carte de séjour portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union/ EEE/ Suisse-Toutes activités professionnelles ". Sa durée de validité est fixée à cinq ans, sauf si le citoyen de l'Union européenne qu'ils accompagnent ou rejoignent déclare vouloir séjourner pendant une durée inférieure à cinq ans () ".
3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le conjoint d'un ressortissant de l'Union européenne résidant en France peut bénéficier d'une carte de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, à condition que ledit ressortissant exerce une activité professionnelle ou dispose, pour lui et les membres de sa famille, de ressources suffisantes, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, et d'une assurance maladie, ces deux conditions relatives à l'activité professionnelle et aux ressources étant alternatives et non cumulatives.
4. Il est constant que Mme C est conjointe d'un citoyen de l'Union européenne. Par l'arrêté attaqué, le préfet des Pyrénées orientales a rejeté sa demande faite le 15 février 2022 de titre de séjour en qualité de " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne " en se fondant sur le fait que les conditions de l'article L.233-2 précité ne sont pas remplies, faute de ressources suffisantes pour les membres de sa famille et d'assurance maladie à titre onéreux.
5. Mme C fait, d'une part, valoir que le droit au séjour de son époux a été reconnu par la CARSAT. Cette circonstance est toutefois sans incidence. Il n'est en l'espèce pas contesté que pour toute ressource, l' époux de la requérante dispose mensuellement d'une somme de 8,63 euros au titre d'une retraite d'activité salariée, et d'une allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) versée par la CARSAT d' un montant de 876 euros, soit 906,81 euros compte tenu de la majoration du minimum contributif et de la majoration pour enfants. Mme C ne dispose d'aucun revenu.
6. Mme C fait, d'autre part, valoir, sans d'ailleurs le justifier, que son époux dispose d'une assurance maladie à laquelle elle pourra également prétendre lorsque son droit au séjour aura été reconnu et qu'elle bénéficie déjà depuis le 19 janvier 2021, à titre personnel, de l'aide médicale de l'Etat. Une telle couverture prévue par le code de l'action sociale et des familles n'est toutefois pas une assurance maladie dès lors qu'aucune cotisation n'est exigée des étrangers sans ressources auxquels elle est accordée et démontre que son bénéficiaire est à la charge de l'Etat, et ne saurait ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, être prise en considération au titre des dispositions précitées. Dès lors, Mme C ne justifie pas que son époux dispose, pour lui-même et les membres de sa famille, de ressources suffisantes pour éviter qu'ils ne deviennent, pendant leur séjour, une charge pour le système d'assistance sociale et d'une assurance maladie couvrant l'ensemble des risques en France, Etat d'accueil.
7. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir, qu'en rejetant sa demande, le préfet des Pyrénées-Orientales a commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
8. Il ressort des énonciations de l'arrêté attaqué que le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé, pour édicter une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de Mme C, sur les alinéas 1er et 3 de l'article L. 251-1, en retenant qu'elle ne disposait d'aucun droit au séjour et que son séjour était constitutif d'un abus de droit.
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".
10. La décision portant refus de séjour n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachée d'illégalité, Mme C n'est pas fondée à soutenir, en premier lieu, que la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée par voie de conséquence de cette illégalité.
11. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D qui a vécu en Espagne, a eu une activité professionnelle effective très limitée dans le temps, et dont l'essentiel de ses revenus est constitué d'une allocation de solidarité aux personnes âgées, ne remplit pas les conditions prévues à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un droit au séjour. Mme C, qui ne justifie d'aucune activité professionnelle et d'aucun revenu personnel, arrivée récemment dans l'espace Schengen en 2020, dispose d'un titre de séjour espagnol délivré le 23 novembre 2021 valable jusqu'au 23 décembre 2025, et ne justifie pas de sa date d'entrée en France. Dans ces circonstances, l'abus de droit est caractérisé. Il ne résulte en outre pas des pièces du dossier, et en particulier des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas tenu compte de l'âge du couple ou aurait estimé que la présence de Mme C serait une menace pour l'ordre public. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des 1er et 3° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités point 9 et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés. ;
Sur le pays de renvoi :
12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. ().
13. Mme C demande l'annulation de la décision désignant le pays de renvoi, en tant qu'elle prévoit en premier lieu un éloignement dans le pays dont elle a la nationalité alors que son époux est espagnol et qu'elle dispose également dans ce pays d'un titre de séjour. Toutefois, par son article 3 fixant le pays de renvoi, l'arrêté litigieux pris par le préfet des Pyrénées-Orientales ne fait que reprendre, dans l'ordre, les dispositions de l'article cité au point 12 sans émettre une quelconque priorité.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, que les conclusions de Mme C aux fins d'annulation doivent être rejetées. Il en sera de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et de celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
15. Il ne sera pas fait droit, dans les circonstances particulières de l'espèce, à la demande de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du préfet des Pyrénées-Orientales présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Summerfield, et au préfet des Pyrénées orientales.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Rabate, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.
La rapporteure,
B B
Le président,
V Rabaté
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 octobre 2022,
Le greffier,
S. Sangaré
N°2203211
sa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026