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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203212

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203212

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUDARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2022, Mme C B épouse A représentée par Me Baudard, demande au tribunal:

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la commission du titre de séjour n'a pas été consultée en violation des dispositions des articles L. 432-13 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet a commis une erreur de droit car la délivrance d'un visa de long séjour était de plein droit et elle remplit les conditions d'octroi d'une carte de séjour mention " vie privée et familiale " en vertu des articles L. 423-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle pouvait prétendre de plein droit à un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne née en 1973, déclare être entrée en France le 5 janvier 2019 démunie de visa. Le 6 novembre 2021, elle a épousé un ressortissant fançais. Par arrêté du 6 avril 2022 dont Mme B demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjointe de français et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme B. Dès lors, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1°ou 2°de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 423-1 de ce même code: " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies :1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Enfin, l'article L. 423-2 de ce code dispose que: " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. Pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour en qualité de conjointe de français, le préfet s'est fondé sur la circonstance que d'une part, l'intéressée ne disposait pas d'un visa de long séjour et, d'autre part, qu'elle ne pouvait pas bénéficier de la dérogation prévue par l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne justifiait pas de son entrée régulière en France. La requérante, qui ne conteste pas être dépourvue d'un visa de long séjour depuis son entrée en France en 2019, n'est donc pas fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a déposé sa demande de titre de séjour sur un fondement distinct de celui édicté par l'article L. 435-1, et que le préfet, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, a relevé qu'elle ne remplissait pas les conditions d'admission exceptionnelle au séjour. Ce faisant, et alors que Mme B n'apporte aucun élément permettant de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1 (..) et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée récemment en France, en 2019 selon ses déclarations, et si elle se prévaut de son mariage le 6 novembre 2021 avec un ressortissant français, père de cinq enfants français dont deux mineurs, cette union était récente à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs Mme B ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle en France. En outre, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales en Côte d'Ivoire où résident ses deux enfants majeurs et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 45 ans. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui a pris en compte la situation d'ensemble de l'intéressée, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative: 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1 (..), L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. " Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 ci-dessus renvoient.

11. Eu égard aux développements qui précèdent, Mme B ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de l'Hérault n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Ce moyen doit donc être écarté.

Sur les conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3 L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () " et aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

13. La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français de Mme B a été prise concomitamment à celle refusant de lui délivrer un titre de séjour. Cette dernière étant, ainsi qu'il a été dit au point 2, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En deuxième lieu, eu égard à ce qui précède, le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité du refus de délivrer un titre de séjour doit être écarté.

15. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit, que Mme B ne répondait pas aux conditions d'attribution d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en l'obligeant à quitter le territoire français.

16. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, l'atteinte à la vie privée et familiale invoquée par la requérante n'est pas établie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors, être écarté, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

DECIDE:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de l'Hérault.

Copie en sera transmise à Me Baudard.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 octobre 2022,

Le greffier,

S. Sangaré

N°220321sa

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